Alors que les températures atteignent des niveaux extrêmes, semblables à ceux observés lors de vagues de chaleur ou de canicule, la problématique de l’isolation thermique des bâtiments revient sur le devant de la scène. Une étude récente, menée par le syndicat Ignes, en collaboration avec l’Alliance des fabricants de solutions électriques et numériques pour le bâtiment, ainsi que le cabinet Pouget Consultants, met en évidence que la majorité des habitations françaises ne sont pas suffisamment préparées pour résister aux épisodes de fortes chaleurs. Ces résultats soulignent la nécessité de repenser la conception et la rénovation des logements pour améliorer leur capacité à maintenir une température intérieure agréable face aux températures extérieures excessives.
Une majorité de logements ne parvient pas à assurer un confort thermique acceptable, ce qui soulève de sérieuses inquiétudes. Selon cette étude, près de 90 % des logements ne sont pas adaptés à la chaleur, même parmi ceux qui ont récemment fait l’objet de rénovations énergétiques ou qui affichent une performance énergétique appréciable. En réalité, une maison sur deux peut être qualifiée de « bouilloire thermique », en raison de sa propension à accumuler la chaleur et à la restituer ensuite. Ces données alarmantes indiquent que beaucoup d’habitations, même modernes, ne disposent pas des éléments nécessaires pour limiter l’intérieur à des températures agréables, ce qui pose de lourdes questions quant à leur conception.
Le déficit de protections solaires à l’extérieur des bâtiments
Pour étayer ses constatations, l’étude s’appuie sur près de 9 millions d’indicateurs mesurés dans le cadre du diagnostic de performance énergétique (DPE) depuis 2021, notamment dans le cadre de l’évaluation du confort en été. Ces données révèlent que la majorité des résidences ne bénéficient pas d’un dispositif de protection active contre la chaleur, comme des volets ou des stores extérieurs. Ces équipements jouent un rôle crucial pour limiter le passage de la chaleur à l’intérieur des habitations pendant les périodes de forte chaleur. Leur absence, que ce soit dans le neuf ou la rénovation, contribue à amplifier le problème de l’envolée des températures intérieures.
Les résultats montrent également que cette carence en protections solaires extérieures n’est pas limitée aux constructions récentes ou rénovées, mais concerne aussi un nombre significatif de logements performants. En effet, environ un tiers des logements classés A ou B, souvent considérés comme économes en énergie, sont en réalité des « bouilloires thermiques ». L’étude insiste d’ailleurs sur la nécessité d’améliorer l’indicateur de confort d’été, qui, en l’état, repose sur une méthodologie insuffisante, ne tenant pas compte de facteurs essentiels tels que la localisation géographique du logement ou la performance des matériaux et équipements utilisés lors de la construction ou de la rénovation.
Il est urgent d’agir pour atténuer cette crise thermique
Certaines cités françaises voient une concentration particulièrement élevée de ces logements qui deviennent des véritables fours domestiques, comme c’est le cas pour Lille, Paris, Bordeaux, Reims ou Perpignan. La présence massive de logements mal outillés face à la chaleur pose un défi collectif qui impose de repenser la politique d’urbanisme, de construction et de rénovation, afin de mieux protéger les occupants contre les effets délétères des températures extrêmes.
L’échec à mettre en place des mesures concrètes de manière plus rapide, malgré les alertes répétées de plusieurs acteurs – associations, élus ou professionnels du secteur – constitue une préoccupation majeure pour la santé publique et la qualité de vie. Anne-Sophie Perrissin-Fabert, déléguée générale d’Ignes, insiste sur la nécessité de mobiliser rapidement l’ensemble des acteurs concernés, qu’il s’agisse des autorités, des acteurs du bâtiment ou des collectivités, pour enfin passer à l’action. Elle appelle à une mobilisation collective pour améliorer la situation dès que possible, afin d’éviter des conséquences plus graves lors des prochaines vagues de chaleur.
Les enjeux liés à la résistance thermique des logements restent cruciaux pour faire face au changement climatique et à l’augmentation des épisodes caniculaires. Il est indispensable d’adopter des mesures concrètes, notamment en intégrant des protections solaires efficaces, en améliorant les réglementations et en soutenant financièrement les travaux de rénovation pour que chaque logement puisse offrir un cadre de vie plus sûr et plus confortable face aux défis futurs.






