Témoignage : il découvre que son locataire a le syndrome de Diogène dans la déchèterie

Sophie Lambert

Une propriété acquise comme un rêve devenu cauchemar

Pour Bruno, l’achat de sa résidence représentait l’accomplissement d’un rêve. En 2015, il a puisé dans ses économies et a contracté un prêt pour devenir propriétaire dans la ville de Lure, située en Haute-Saône. Son projet consistait à remettre à neuf la maison entièrement, du sol au plafond. Il imaginait déjà y emménager pour commencer une nouvelle étape de sa vie. Cependant, peu de temps après avoir achevé la rénovation, un imprévu de taille s’est produit : sa mère a été frappée par une maladie grave. Sur un coup de tête, pour lui venir en aide, Bruno quitte son emploi et part rejoindre sa mère, située à 450 kilomètres de chez lui, laissant derrière lui tout ce qu’il avait construit.

La location provisoire en attendant une nouvelle installation

En 2017, après avoir été contraint de quitter la maison pour des raisons personnelles, Bruno décide de la louer en attendant de pouvoir s’y réinstaller. Son choix se porte rapidement sur un collègue de travail, employé dans la même société de nettoyage que lui. Bruno se rappelle de ce jeune homme, dans la vingtaine, qui avait dix ans de moins que lui et avec qui il avait tissé des liens de confiance. À l’époque, ce locataire vivait encore chez ses parents, une situation que Bruno connaissait déjà puisque l’avait déjà croisé lors d’occasions précédentes. Confiant en lui, Bruno lui confie la gestion de sa maison en location, pensant qu’elle sera en de bonnes mains.

Une inquiétante dégradation du logement

Bruno, quitte la région pour aller soutenir sa mère, mais il part rassuré, pensant laisser la maison en bon état. Cependant, il apprend rapidement que des complications surgissent. Deux ans plus tard, il est contacté par la sœur de son locataire, avec qui il conserve de bonnes relations et avec qui il échange encore sporadiquement. Elle lui signale que l’état du logement a subitement changé : l’extérieur, notamment la terrasse, serait encombré de poubelles et de déchets. Elle dépeint également un intérieur dans un délabrement avancé, ce qui commence à inquiéter Bruno, surtout qu’il envisage désormais de revenir dans la région pour s’installer définitivement dans cette maison qu’il avait autrefois rénovée.

Un départ précipité avec des surprises désolantes

Lorsque le bail arrive à son terme, Bruno se rend personnellement à la maison pour remettre en main propre un avis de congé à son locataire. Il n’entre pas dans la propriété, mais constate visuellement que, hors de toute attente, la terrasse a été nettoyée. Il sera cependant informé ultérieurement que les déchets initiaux n’ont pas été vraiment évacués, mais simplement déplacés dans le garage. Concernant le départ du locataire, celui-ci la quitte avec un retard d’un mois et ne suit pas toujours la procédure classique. Même si Bruno comprend que se reloger peut prendre du temps, il déplore le fait qu’il n’ait pas été averti de son départ définitif, ce qui complique encore la gestion de la maison.

Une menace dissimulée derrière la façade

Ce qui choque le plus Bruno, c’est que les clés de la maison ne lui ont pas été remises lors du départ. Il doit donc effectuer un déplacement à la nouvelle adresse de son ancien locataire pour récupérer son précieux double. Ce dernier lui confie qu’il a laissé les clés dans une voiture abandonnée dans la cour de la propriété, et il l’accompagne même sur place pour qu’il puisse les récupérer. En pénétrant enfin dans la maison, Bruno découvre une scène insoutenable : des sacs-poubelle débordant de détritus, d’objets en tout genre, jusqu’au plafond, des meubles cassés, des morceaux de voitures abandonnées, ainsi que des excréments d’animaux. Le spectacle est au-delà de toute limite de dégradation et de négligence.

Une réalité encore plus choquante : l’intérieur vaut un désastre total

La situation va encore empirer à la vue des dégâts visibles. Bruno, abasourdi, raconte qu’il n’arrivait pas à croire ce qu’il voyait : le sol est entièrement infiltré d’urine, des rats ont envahi la maison, les radiateurs et la chaudière sont hors d’usage, la salle de bains ainsi que les toilettes sont laissées dans un état de délabrement avancé, la cuisine est cassée, et des fuites d’eau s’entendent partout. La crasse a envahi toutes les surfaces visibles, les fenêtres sont noircie, et le sanibroyeur laissé sur la terrasse témoigne du délabrement général. La pièce maîtresse de l’horreur : le sous-sol, qui est jonché d’excréments humains, témoignant d’un trouble très probablement lié au syndrome de Diogène, diagnostiqué chez le père du locataire selon Bruno. Ce trouble du comportement se manifeste par une négligence extrême de l’habitat, un déni de la réalité, une hygiène corporelle déficiente ainsi qu’un isolement social radical.

Une lutte désespérée contre une situation insurmontable

Face à cette réalité abominable, Bruno confie qu’il a d’abord cru vivre un cauchemar, pensant qu’il allait se réveiller. Il précise qu’il a refermé la porte derrière lui et est vite rentré chez sa compagne, cherchant à fuir cette vision insupportable. Son ancien locataire, lui, quitte la maison sans ménagement, tête baissée, laissant Bruno face à cette horreur. La maison qu’il voulait habiter et transmettre à ses enfants est devenue un refuge pour toutes sortes de détritus et débris, une décharge sauvage qu’il doit maintenant tenter de faire nettoyer, ou à défaut, de faire condamner en justice.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.