Pourquoi la maladie de Parkinson touche-t-elle plus les hommes que les femmes ?

Sophie Lambert

Les différences biologiques entre hommes et femmes face à la maladie de Parkinson

La maladie de Parkinson, qui affecte aujourd’hui environ 9,4 millions de personnes à travers le monde, se caractérise par une dégénérescence progressive de plusieurs régions du cerveau. Il est intéressant de noter qu’elle survient environ 1,5 à 2 fois plus fréquemment chez la gent masculine, qui voit aussi l’évolution de ses symptômes se faire plus rapidement. La raison de cette disparité entre les sexes demeure une question qui intrigue depuis de nombreuses années chez les chercheurs. Récemment, lors du Forum 2026 organisé par la Fédération des sociétés européennes de neurosciences (FENS), une nouvelle étude a été présentée pour tenter d’éclaircir ce mystère.

Les pistes biologiques à l’origine de cette différence

Selon Julia Schulze-Hentrich, professeur à l’université de la Sarre en Allemagne, la fréquence plus élevée de la maladie chez les hommes laisserait penser que des facteurs biologiques liés au sexe pourraient jouer un rôle déterminant dans la vulnérabilité à la maladie. Elle explique que l’analyse des différences entre hommes et femmes pourrait aider à identifier certains mécanismes pathologiques spécifiques, ce qui ouvrirait la voie à de nouvelles stratégies de traitement adaptées à chaque sexe.

Les analyses cellulaires mettent en évidence des distinctions selon le sexe

Pour mieux comprendre ces différences, l’équipe de la chercheuse a examiné des échantillons de cerveau post-mortem issus de 73 personnes atteintes de Parkinson, dont 28 femmes et 45 hommes. Ces échantillons ont été comparés à ceux d’un groupe témoin composé de 24 personnes non atteintes, comprenant 9 femmes et 15 hommes. L’objectif était d’observer les variations cellulaire et génétique qui pourraient expliquer l’impact différent de la maladie selon le sexe.

Des réponses communément observées, mais aussi des différences marquantes

Les résultats ont révélé que, lorsque le cerveau est confronté à la maladie, certains mécanismes de réaction sont partagés par tous les individus, comme l’activation de protéines impliquées dans la réparation cellulaire. Toutefois, des divergences notables apparaissent au niveau des cellules et des processus biologiques. Par exemple, dans certains astrocytes, ces cellules de soutien au cerveau, l’expression des gènes liés aux mitochondries — ces organites responsables de la production d’énergie — différait en fonction du sexe. De même, chez les oligodendrocytes, qui jouent un rôle crucial dans la formation de la gaine de myéline entourant les fibres nerveuses, la synthèse et la maintenance de cette gaine variaient également selon le genre.

Des implications pour la compréhension et le traitement de la maladie

Selon la chercheuse, ces découvertes soulignent que, si la maladie déclenche des réponses au stress cellulaire qui sont globalement communes, il existe également des différences intrinsèques à chaque sexe. Ces différences concernent notamment la façon dont les cellules du cerveau gèrent l’énergie ou protègent les connexions nerveuses. Ces observations suggèrent que la biologie de la maladie pourrait varier d’un individu à l’autre selon son sexe, ce qui pourrait avoir des conséquences importantes pour la prise en charge thérapeutique.

Une médecine plus ciblée à l’horizon

La complexité de la maladie de Parkinson réside également dans ses causes, qui combinent environ 90 % de facteurs génétiques, environnementaux et liés au mode de vie. Les chercheurs soulignent que ces interactions sont particulièrement sophistiquées et qu’elles présentent des variations selon le sexe. Comprendre ces différences pourrait expliquer une partie des disparités observées dans la fréquence et la progression de la maladie. Julia Schulze-Hentrich conclut que ces avancées pourraient conduire à une approche plus personnalisée du traitement, en évitant de considérer tous les patients comme étant homogènes d’un point de vue biologique.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.