Malou Khebizi est sacrée meilleur espoir à la Mostra de Venise 2023

Sophie Lambert

Les réalisatrices en lice à la Mostra de Venise mises en lumière par la récompense de Maggie Gyllenhaal

La participation limitée des femmes réalisatrices dans la sélection officielle de la Mostra de Venise avait suscité une vive contestation. Face à cette situation, la présidente du jury, Maggie Gyllenhaal, a décidé de rendre hommage à l’une d’entre elles lors de la cérémonie de remise des prix. C’est ainsi que May el-Toukhy a été honorée pour son film « Woman Unknown », une œuvre qui explore la vie d’une femme au Danemark, sur le contexte de l’après-guerre immédiat. Le film raconte l’histoire de Marie, servante et nourrice, qui se prépare à épouser un veuf fortuné pour lequel elle travaille, mais un secret profondément enfoui dans le passé menace de tout faire échouer. Lors de la cérémonie, Maggie Gyllenhaal a souligné l’importance de cette œuvre en la décrivant comme traitant du corps féminin comme un champ de bataille et un enjeu de portée publique. Elle a également évoqué la place des femmes invisibles dans la société, souvent marginalisées et dépourvues de voix, faisant ainsi résonner un message puissant dans un contexte cinématographique encore marqué par l’inégalité.

Une image visible lors de la cérémonie montrait la réalisatrice May el-Toukhy, prononçant quelques mots à la remise du prix. Elle a déclaré que « Woman Unknown » méritait d’être considéré comme une dénonciation des problématiques liées au corps féminin et à la marginalisation des femmes dans l’histoire. La réalisatrice a insisté sur la dimension politique et sociale de son œuvre, qui s’attaque à des questions fondamentales relatives à l’identité, à la liberté et à la visibilité des femmes dans nos sociétés modernes.

Une récompense pour l’actrice danoise Mathilde Arcel et la dénonciation d’un « problème systémique »

Dans la foulée de cette reconnaissance, c’est l’actrice principale du film, Mathilde Arcel, qui a également été distinguée pour sa performance lors de cette édition du festival. Elle a reçu la prestigieuse coupe Volpi de la meilleure actrice, un exploit qui traduit l’intérêt du jury pour la richesse et la profondeur de cette production. May el-Toukhy a exprimé sa gratitude envers Maggie Gyllenhaal, saluant son engagement en faveur de l’égalité des chances dans l’industrie cinématographique. Elle a également tenu à souligner qu’il s’agissait d’un problème plus vaste, touchant de façon systémique le secteur du cinéma où les femmes ont encore du mal à avoir leur place.

L’actrice et cinéaste américaine avait, dès l’ouverture du festival, mis en lumière le « problème systémique » qui freine la présence des femmes dans les films en compétition à la Mostra. Elle avait dénoncé la faible représentation des femmes réalisatrices, évoquant la nécessité de changements structurels pour assurer une véritable ouverture des portes dans ce secteur encore largement dominé par les hommes. Son discours a renforcé la portée politique de cette édition, qui met en avant la nécessité de revoir les pratiques et les politiques de sélection pour promouvoir une diversité plus juste et équitable.

Le documentaire israélien « Naza » sacré malgré une ovation record

Favori de cette sélection, le film « Naza », un documentaire israélien dirigé par Yuval Abraham et Rachel Szor, a profondément marqué le public lors de sa projection. Après une ovation exceptionnelle de 25 minutes, le film n’a finalement reçu qu’un prix spécial du jury. Ce film choc a suscité un vif débat, notamment parce qu’il donne la parole à des militaires israéliens anonymes pour dénoncer le « massacre de masse » en cours dans la région de Gaza. Lors de la remise du prix, Yuval Abraham a exprimé sa désolation face aux attaques contre le film en Israël, mais aussi sa volonté de faire entendre un message poignant. Il a dénoncé la politique d’État israélien, affirmant que les morts civiles, y compris des enfants, ne sont pas des incidents isolés mais le résultat d’un processus délibéré de déshumanisation des Palestiniens, qui repose sur une large systématisation de la violence.

Abraham a insisté sur l’importance de la projection de ces témoignages et a appelé le public à voir le film pour prendre conscience de cette réalité souvent tue ou ignorée. Le documentaire s’appuie sur les témoignages anonymes de 24 militaires, révélant la face cachée d’un conflit meurtrier. La controverse entourant le film s’est intensifiée dans un contexte où la mémoire du conflit à Gaza, notamment avec la mort d’une jeune fille tuée par l’armée israélienne, reste très vivante dans l’actualité.

Une cérémonie riche en distinctions pour des talents français

Les réalisateurs français ne sont pas en reste cette année, avec plusieurs distinctions qui mettent en valeur leur talent. Stéphane Brizé, connu pour son cinéma engagé, a reçu le prix du meilleur scénario pour « Un Bon Petit Soldat ». Ce film offre une réflexion lucide sur la logique du monde de l’entreprise, où la recherche de performances et de profits prime souvent sur le bien-être des salariés. Dans son discours, Brizé a exprimé sa reconnaissance envers le public, tout en dénonçant la brutalité du système économique qui engendre souffrance et injustices, précisant que cette dynamique favorise parfois l’émergence du fascisme comme réponse à la crise.

De plus, la jeune actrice Malou Khebizi, âgée de seulement 23 ans, a été récompensée en remportant le prix du meilleur espoir pour son rôle d’adolescente atteinte d’un trouble de la personnalité borderline dans le film « 15/18 », réalisé par Cédric Kahn. Sa performance a été saluée comme une représentation authentique des luttes internes de ce personnage complexe, propulsant cette jeune talent à l’attention de la critique et du public.

En somme, cette édition du festival a été marquée par une incontestable diversité de talents et par des prises de parole fortes, autant cinématographiques que sociales, illustrant la volonté d’un secteur culturel toujours en quête de renouvellement et de justice.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.