La vitamine C peut-elle réellement prévenir le rhume ?

Sophie Lambert

Les compléments de vitamine C, un phénomène après l’été

À la fin de la saison estivale, on observe une véritable ruée vers les compléments alimentaires à base de vitamine C. Ces produits, que l’on trouve en masse dans les pharmacies ou les rayons des supermarchés, sont généralement présentés comme des solutions naturelles permettant de renforcer le système immunitaire. Leur but principal est de prévenir l’apparition du rhume ou d’autres infections hivernales en soutenant l’organisme à travers la consommation de doses souvent élevées de vitamine C.

L’influence de Linus Pauling dans la popularisation de la vitamine C

Le renouveau d’intérêt pour la vitamine C repose en grande partie sur les travaux de Linus Pauling, un chimiste états-unien doublement récompensé par un prix Nobel (en chimie en 1954 puis en paix en 1962). En 1970, il publie un ouvrage dans lequel il met en avant la vitamine C comme un remède précieux contre le rhume. Il recommande alors des doses considérables, comprises entre 1 000 et 2 000 milligrammes par jour, en estimant qu’une telle prise pouvait contribuer à maintenir une bonne santé générale.

Les analyses critiques des recommandations de Linus Pauling

Les conseils prodigués par Pauling ont largement contribué à la popularité des compléments en vitamine C, notamment sous forme de comprimés. Cependant, depuis, la validité de ses conclusions a été fortement remise en question. Certains experts ont pointé du doigt des analyses statistiques contestables, des essais ayant une qualité douteuse, ainsi que des conclusions parfois excessivement générales qui ne se vérifient pas toujours dans la pratique.

Absence de preuves convaincantes pour l’ensemble de la population

Les études menées depuis lors n’ont pas réussi à confirmer que la consommation régulière de vitamine C pouvait empêcher le rhume chez la majorité des personnes. Une revue synthétisant dix essais cliniques, publiée en 2023 et impliquant un total de 2 736 participants — dont des adultes, des enfants ou encore des sportifs — s’est concentrée sur ceux qui prenaient au moins 1 000 mg de vitamine C au quotidien à titre préventif. Les résultats montrent une diminution d’environ 15 % des symptômes graves, notamment en réduisant le nombre de jours où les personnes doivent rester à leur domicile. En revanche, la vitamine C ne semble pas avoir d’effet sur la durée des symptômes bénins ou modérés.

Une efficacité limitée à certains groupes spécifiques

Une autre synthèse d’études, sortie en 2013, aboutissait à une conclusion similaire : la prise quotidienne d’environ 200 mg de vitamine C ne réduisait pas significativement le nombre de rhumes dans la population générale. Toutefois, dans des groupes soumis à des efforts physiques importants ou à des conditions extrêmes — comme les sportifs de haut niveau ou les militaires en mission — certains bénéfices ont été observés, notamment une réduction du risque ou de la gravité de l’infection.

Une modeste amélioration si l’on anticipe

Chez les personnes qui consomment régulièrement de la vitamine C, les recherches indiquent une baisse comprise entre 8 et 14 % de la gravité des symptômes en moyenne, aussi bien chez les adultes que chez les enfants. De même, la durée des symptômes importants pourrait être réduite d’environ 10 %. Concrètement, cela signifierait qu’un épisode de rhume, qui dure en général une dizaine de jours avec des symptômes marqués, pourrait se terminer environ une journée et demie plus tôt. Il s’agit cependant d’un bénéfice modeste, qui ne concerne pas la majorité des symptômes classiques.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.