Les idées reçues sur le VIH chez les jeunes nuisent à la prévention et au dépistage

Sophie Lambert

Les jeunes face aux enjeux du VIH : perceptions, pratiques et idées reçues

Dans le cadre du Sidaction, qui se déroule du 27 au 29 mars, l’association éponyme a publié les résultats d’une étude menée par OpinionWay auprès d’un échantillon de 1 516 jeunes âgés de 15 à 24 ans. Ces données appellent à la réflexion sur les comportements et les connaissances des jeunes concernant leur vie sexuelle, les risques liés au VIH, ainsi que les préjugés encore présents. Selon cette enquête, une majorité significative de cette population a eu au moins un partenaire au cours de l’année écoulée, avec 60 % d’entre eux déclarant une ou plusieurs relations sexuelles dans cette période. Cependant, un peu plus de la moitié des jeunes, soit 62 %, avouent ne pas avoir toujours utilisé un préservatif lors de leurs rapports, ce qui soulève des préoccupations quant à la prévention.

Une partie des jeunes expose ses risques par méconnaissance ou négligence

Parmi ceux qui ont des partenaires sexuels hors de leur couple, 27 % déclarent qu’ils n’ont pas recours au préservatif lors de ces rencontres. Cette attitude accroît leur vulnérabilité face aux infections sexuellement transmissibles. Pourtant, seul un peu plus de 38 % des jeunes actifs sexuellement ont effectué un test de dépistage du VIH durant l’année précédente, ce qui limite la connaissance de leur statut et favorise la propagation du virus si une contamination survient. Pour Florence Thune, la directrice générale de Sidaction, la confiance joue un rôle central dans cette situation : “La confiance, évoquée par une majorité écrasante de jeunes (68 %), constitue la première raison pour ne pas se faire dépister lorsqu’on a un nouveau partenaire. Cela témoigne aussi d’une perception encore largement mal calibrée du risque, renforçant cette sensation de sécurité fausse.”

Les idées reçues alimentent encore des comportements à risque et des stigmatisations

L’enquête met en lumière un élément préoccupant : de nombreuses idées fausses circulent toujours chez la jeunesse, alimentant ainsi des attitudes dangereuses et un rejet encore trop rampant envers les personnes vivant avec le VIH. Parmi ces croyances erronées, 39 % des jeunes pensent qu’il existerait un vaccin empêchant la transmission du VIH, alors qu’à ce jour, aucun vaccin de ce type n’a été développé. De même, beaucoup croient à tort qu’il existe un traitement pouvant guérir du virus, 39 % des 15-24 ans en étant convaincus, alors qu’aucun traitement ne permet d’éliminer totalement le VIH du corps. Seuls les traitements antirétroviraux permettent de contrôler la maladie en empêchant le virus de se multiplier, ce qui aide à préserver une bonne fonction immunitaire.

Plus encore, une majorité de jeunes (77 %) estiment à tort qu’un rapport sexuel non protégé avec une personne séropositive sous traitement pourrait conduire à une transmission du virus. En réalité, avec un traitement efficace, la charge virale peut devenir indétectable, rendant la transmission du VIH impossible. Par ailleurs, 39 % des jeunes pensent à tort que le virus du sida peut se transmettre par la salive, notamment à travers la parole ou le baiser, alors que c’est impossible, car le VIH ne se transmet pas par la salive ou les sécrétions courantes telles que la sueur, les larmes ou l’urine. La transmission ne peut se produire qu’à partir de liquides biologiques comme le sang, le sperme, le lait maternel ou les sécrétions vaginales lors de rapports non protégés.

Les idées fausses ne s’arrêtent pas là. Beaucoup pensent à tort que le VIH peut être contracté en utilisant des toilettes publiques ou en mangeant dans la même assiette qu’une personne séropositive. Ces croyances infondées portent préjudice à une meilleure compréhension de la maladie et favorisent la stigmatisation. D’ailleurs, 27 % des jeunes croient encore que l’on peut tomber malade en touchant le même objet que quelqu’un de séropositif ou en serrant la main de cette personne. Ces notions erronées créent une barrière à la prévention et à la solidarité.

Les préjugés persistent et nourrissent la stigmatisation

Une autre erreur majeure concerne la perception du mode de contamination. Environ 21 % des jeunes pensent que le VIH ne toucherait que certains groupes spécifiques, comme les homosexuels ou les usagers de drogues, ce qui est totalement faussé. Selon les chiffres de Santé publique France, les modes de transmission les plus fréquents en 2024 concernent principalement les rapports hétérosexuels (53 %) et les relations sexuelles entre hommes (42 %). Une majorité de jeunes (20 %) considère à tort que l’on peut deviner si quelqu’un a le sida simplement en le regardant, ce qui témoigne d’un manque de connaissance sur la nature silencieuse de la maladie. De plus, 19 % pensent que le VIH circule surtout en Afrique, alors qu’il s’agit d’un mal qui peut toucher tout le monde, partout dans le monde.

Ces idées fausses alimentent une méfiance croissante à l’égard des personnes vivant avec le VIH. Selon cette étude, 56 % des jeunes déclarent qu’ils ressentiraient de la honte s’ils apprenaient leur propre séropositivité, une statistique en hausse par rapport à une précédente enquête. La stigmatisation s’étend également aux personnes sous traitement, que 39 % des sondés jugent encore potentiellement dangereuses pour leur entourage, une augmentation de 11 points en deux ans. Florence Thune insiste sur la gravité de cette situation : “La séropositivité reste lourdement stigmatisée, ce qui alimente la honte et l’auto-stigmatisation. Tant que ces préjugés perdureront, la prévention ne pourra atteindre pleinement ses objectifs. Combattre le VIH, c’est aussi œuvrer contre la sérophobie.”

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.