Le vapotage explose chez les lycéens, avec une hausse significative de l’utilisation de la cigarette électronique

Sophie Lambert

Évolution de la prévalence du vapotage chez les adolescents en dix ans

Au cours de la dernière décennie, la situation concernant l’usage de la cigarette électronique parmi les jeunes a connu un changement notable. En l’espace de dix ans, on observe une augmentation significative de la proportion de lycéens ayant déjà expérimenté la vapoteuse. En 2015, cette part s’élevait à 35 %, tandis qu’en 2024, elle a grimpé à 46 %. Ce phénomène n’est pas uniquement lié à la curiosité ou à une simple volonté d’essayer, car la fréquence d’utilisation quotidienne a elle aussi connu une croissance très marquée. En effet, la proportion d’adolescents vapoteurs quotidiens a plus que doublé en six ans, passant de 2,8 % en 2018 à 6,8 % en 2024. Ce constat souligne une évolution claire vers une consommation plus régulière et profonde chez une partie croissante des jeunes.

Les disparités selon le type d’établissement scolaire

Une analyse des différences selon les établissements scolaires montre que cette tendance n’affecte pas tous les lycéens de manière équivalente. Dans les lycées généralistes et technologiques, le taux de jeunes ayant déjà essayé la cigarette électronique est passé de 34 % à 41 % entre 2015 et 2024. Cependant, la hausse est encore plus impressionnante dans les lycées professionnels, où la proportion a grimpé de 37 % à près de 59 % durant la même période. Ces écarts révèlent des inégalités évidentes en matière d’expérimentation du vapotage, avec une adoption plus répandue dans les établissements orientés vers la voie professionnelle.

Le rôle des cigarettes électroniques jetables coup de pouce à la popularité

L’apparition en 2021 des cigarettes électroniques jetables, souvent appelées « puffs », a été un facteur déterminant dans l’expansion du vapotage chez les jeunes. Ces dispositifs, colorés, sucrés, accessibles à moindre coût et faciles à utiliser, ont séduit une large majorité de lycéens. En 2024, près de 39 % d’entre eux avaient déjà expérimenté ce type de vapoteuse, preuve de leur popularité croissante. Cependant, cette tendance a été stoppée avec l’interdiction de ces produits en France, entrée en vigueur en février 2025. La réglementation récente vise probablement à limiter leur attrait auprès de la jeunesse et à enrayer cette consommation en plein essor.

Le vapotage, un éventuel tremplin vers la cigarette traditionnelle ?

Une interrogation subsiste quant au véritable rôle de la cigarette électronique dans la initiation au tabagisme. S’agit-il seulement d’un substitut au tabac ou d’un véritable point d’entrée vers la consommation de cigarettes classiques ? En 2024, il est constaté que 40 % des lycéens ayant expérimenté les deux produits ont commencé par vapoter, contre seulement 29 % six ans auparavant. Par ailleurs, il n’est que très rare que des jeunes vapotent quotidiennement sans avoir déjà fumé du tabac, avec seulement 4 % de cette catégorie. La question de savoir si la vape sert à détourner ou à encourager la consommation de cigarettes classiques reste cependant ouverte.

Une industrie du vapotage orientée vers les jeunes et ses enjeux sanitaires

Les conclusions de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) et de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) indiquent que la cigarette électronique ne se limite pas à un outil de sevrage, mais devient de plus en plus un produit distinct, souvent consommé en grande quantité. Les stratégies marketing employées par l’industrie du vapotage ciblent spécifiquement la jeunesse : saveurs fruitées, design attractif, communication omniprésente sur les réseaux sociaux. Ces éléments contribuent à la banalisation du vapotage parmi les jeunes, ce qui suscite des inquiétudes.

Il est également important de noter que, selon l’Anses, des substances toxiques appelées aldéHydes ont été retrouvées dans les émissions de certains dispositifs de vapotage. Leur inhalation représente un risque pour la santé des utilisateurs, renforçant la nécessité de vigilance. L’Agence insiste pour éviter toute campagne ou incitation à l’initiation au vapotage, tout particulièrement chez les non-fumeurs et les jeunes. Elle suggère que la cigarette électronique doit surtout être envisagée comme une étape transitoire pour ceux qui rencontrent des difficultés à arrêter de fumer, et non comme une alternative permanente ou un simple moyen de plaisir.

Résumé des perspectives et responsabilités

En somme, le phénomène de l’augmentation du vapotage chez les adolescents soulève des enjeux à la fois sanitaires, éducatifs, et réglementaires. La multiplication des expériences et la banalisation du usage quotidien soulignent la nécessité d’une vigilance accrue, des actions éducatives et de la réglementation pour limiter le risque de dépendance ou de passage au tabac traditionnel. La vigilance reste de mise face à une industrie ciblant activement la jeunesse et à des produits dont la sécurité ne peut être totalement assurée.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.