Le témoignage de Maud sur son parcours et la difficulté de mentir face à l’anti-obésité

Sophie Lambert

Un combat constant avec le poids depuis l’enfance

Maud (*), une femme de 46 ans originaire de Haute-Savoie, a toujours eu une relation complexe avec son poids. Depuis sa jeunesse, cette préoccupation a occupé une place centrale dans sa vie. Dès l’adolescence, une prise de poids significative est survenue, bouleversant son rapport au corps. Elle a rapidement expérimenté multiples régimes, oscillant entre périodes de perte de kilos et reprises, tantôt pour retrouver un équilibre, tantôt pour tenter de se sentir mieux dans son corps. “C’est un peu la trame de ma vie : je parviens à perdre des dizaines de kilos, ce qui m’apporte une satisfaction égoïste, mais rapidement, tout revient, comme si je n’avais jamais arrêté,” confie-t-elle en racontant son parcours de lutte incessante contre son poids.

Une prise de conscience après des années de luttes

Ce cycle de pertes et de reprises a duré pendant de longues années, jusqu’à ce qu’elle atteigne un point de rupture l’année précédente. À ce moment-là, Maud commence à réfléchir au fond de son rapport à la nourriture et se rend compte qu’elle est victime de troubles alimentaires qui la gouvernent. Elle se retrouve à douter de ses propres comportements et de leur impact sur sa vie. Face à cette réalité, elle décide d’entreprendre un suivi psychologique avec une spécialiste équipée pour traiter les troubles du comportement alimentaire. Ce processus lui permet enfin de mettre des mots sur ce qu’elle subit depuis plus de trois décennies : l’hyperphagie, un comportement dans lequel une personne peut manger de très grandes quantités de nourriture en une seule fois, souvent en étant partagée entre un soulagement momentané et une culpabilité profonde. Elle accepte alors ses crises, tout en étant accompagnée par un diététicien qui l’aide à revoir ses habitudes alimentaires pour mieux gérer ses assauts de nourriture incontrôlée.

Le regard sur la santé et la difficulté à consulter un médecin

En mai dernier, lorsque la chaleur estivale a commencé à s’intensifier, Maud a éprouvé une souffrance physique liée à son poids. Les professionnels de santé qu’elle consultait pour divers maux, comme ses difficultés à se déplacer ou ses gonflements, lui conseillaient systématiquement de perdre du poids. Cependant, elle se demandait comment y parvenir, étant donné qu’elle avait déjà tout essayé au cours de sa vie. C’est finalement sa psychologue qui l’a orientée vers la prise de médicaments anti-obésité. D’abord réticente, pensant vouloir résoudre ses problèmes seule, elle a finalement pris l’initiative de consulter un médecin sur une plateforme en ligne. “Il y a une certaine honte à aller consulter mon médecin traitant, par crainte du jugement et parce que l’on craint que l’on pense que c’est une solution facile. On entend encore beaucoup de propos grossophobes, ce qui rend la démarche difficile,” confie Maud. Elle explique que sa recherche d’un avis médical externe, anonyme et discret, était essentielle pour elle afin de briser cette barrière psychologique.

Une procédure simplifiée pour obtenir un traitement médical

Après avoir passé une série d’examens, incluant des analyses sanguines, et une consultation en ligne, Maud a reçu son ordonnance en seulement une dixaine de minutes. Elle insiste sur la simplicité de cette démarche : “C’est incroyablement rapide et facile, surtout si l’on ne veut pas engager une prise en charge longue et coûteuse,” précise-t-elle. Cependant, pour accéder à un protocole médical en centre spécialisé, il faut remplir certains critères et espérer une place disponible, ce qui n’est pas toujours évident. La facilité d’accès via Internet suscite chez elle une réflexion sur la facilité avec laquelle on peut obtenir un traitement.

Les effets et résultats du traitement

Au début juillet, Maud a commencé à suivre un traitement nommé Mounjaro (**) administré par injection une fois par semaine. Elle a rapidement ressenti des effets secondaires classiques, tels que des troubles digestifs, notamment de la constipation, ainsi qu’une fatigue passagère après la piqûre. En seulement trois mois, elle constate une perte de 12 kilos, une évolution qu’elle qualifie de spectaculaire. “Ce traitement coupe considérablement la faim. En deux bouchées, mon repas est terminé, et je n’ai simplement plus envie de manger,” raconte-t-elle avec satisfaction. Pour Maud, cette méthode constitue une étape importante dans sa démarche, lui permettant de perdre du poids et surtout, de le stabiliser. Son objectif est à présent de continuer sur cette voie.

La facilité du renouvellement de traitement et ses risques

Pour prolonger son traitement, valable pour une période de trois mois, Maud doit simplement prendre rendez-vous avec son endocrinologue en ligne. Elle souligne la simplicité de cette démarche, mais reste consciente des limites et des risques que cela comporte. “Le suivi reste léger. Je communique uniquement mon poids et ma taille par écrit. Étant proche de 100 kilos, mon IMC correspond aux critères pour ce traitement, mais il est évident que l’on peut facilement mentir ou minimiser si l’on n’a que quelques kilos à perdre,” confie-t-elle avec prudence. Son coût mensuel, de 190 euros pour le traitement, auquel s’ajoutent 35 euros par consultation, représente également un investissement financier non négligeable.

Une démarche personnelle encadrée, mais pas sans critiques

Maud ne regrette pas d’avoir opté pour cette approche, mais elle insiste sur l’importance d’un suivi médical rigoureux, en particulier lorsqu’il s’agit de troubles alimentaires. “Je n’ai pas peur d’arrêter le traitement si je suis bien encadrée psychologiquement, avec un accompagnement sur mon alimentation et un coaching sportif,” précise-t-elle. Elle reconnaît cependant que le recours à ces médicaments comporte certains risques si le suivi médical est insuffisant. La multiplication des témoignages alarmants sur les réseaux sociaux alimente ses inquiétudes, soulignant l’importance d’un encadrement médical sérieux lorsqu’on choisit d’emprunter cette voie.

Remarques finales et précautions

Maud, dont le prénom a été modifié pour préserver sa vie privée, insiste sur le fait que ces médicaments injectables pour traiter l’obésité nécessitent une prescription médicale et doivent s’inscrire dans un cadre de prise en charge médicale adaptée. Elle explique aussi que bien qu’elle ne redoute pas l’arrêt du traitement, elle reste attentive à la nécessité d’un suivi médical régulier afin d’éviter tout danger potentiel ou complication. Enfin, elle souligne que ce parcours n’est pas une solution miracle, mais un outil parmi d’autres dans sa lutte contre son corps et ses troubles.

(*) Prénom modifié pour préserver l’anonymat.
(**) Ces médicaments sont délivrés uniquement sous prescription et dans un cadre médical strict, conformément aux recommandations.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.