Le lien avéré entre exposition professionnelle aux UV et cancers de la peau

Sophie Lambert

Les professionnels exposés aux rayons ultraviolets en France : un risque souvent négligé

Dans le contexte professionnel français, de nombreux salariés évoluent dans des secteurs où l’exposition aux rayons ultraviolets (UV) est inévitable. Qu’il s’agisse d’agriculteurs travaillant sous le soleil, de jardiniers, de paysagistes, de livreurs ou encore de travailleurs dans les industries de la restauration, du bâtiment ou des travaux publics, la liste est longue. À cela s’ajoutent également ceux issus du secteur maritime, de la culture, des arts ou du domaine social. Dans toutes ces professions, la présence constante ou régulière aux UV constitue une menace pour la santé des travailleurs concernés, avec des risques que beaucoup sous-estiment ou ignorent.

Une menace pour la santé : quelles sont les recherches et les révélations ?

Une fois confrontés à cette problématique, il apparaît que l’exposition aux UV n’est pas sans danger. Selon une expertise rendue publique le 15 octobre 2026 par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), il existe un lien clairement établi entre cette exposition professionnelle et le développement de cancers de la peau. La recherche scientifique a permis d’identifier des risques précis liés à cette forme d’exposition, mettant en évidence la nécessité de mesures de prévention renforcées.

Les UV, une menace directe pour la santé cutanée

Les UV, danger pour la peau au travail ! Peu importe qu’ils soient d’origine naturelle ou créée par des appareils artificiels, ces rayons ultraviolets peuvent avoir des conséquences graves pour les travailleurs. Après une étude approfondie de la littérature scientifique, l’ANSES confirme que l’exposition prolongée ou répétée aux UV augmente significativement le risque de développer plusieurs types de tumeurs cutanées : notamment, les carcinomes épidermoïdes, les carcinomes basocellulaires et les mélanomes. Ces affections représentent des menaces sérieuses pour la santé, et leur origine liée à l’activité professionnelle doit être sérieusement prise en compte.

Qui sont les principaux concernés ?

Selon une étude menée par la DARES, l’organisme chargé de la recherche, des études et des statistiques, environ 3,5 millions de salariés en France œuvrent en extérieur, que ce soit de façon régulière ou occasionnelle. Parmi eux, environ 150 000 sont exposés à des rayons UV artificiels, souvent lors de manipulations spécifiques ou dans le cadre de leur activité. Cette exposition concerne principalement les professionnels travaillant en plein air, tels que les agriculteurs, les ouvriers agricoles, ou encore les employés de la construction. Elle s’étend aussi à ceux intervenant pour l’entretien des pistes de ski, les surveillants d’enfants dans les écoles ou encore les serveurs en terrasse. Certains professionnels, travaillant en haute altitude ou sur des surfaces naturelles réfléchissant la lumière UV – comme la neige, le sable ou l’eau – risquent même une surexposition, amplifiant leur vulnérabilité aux risques liés à ces rayons.

Les risques liés aux conditions environnementales et artificielles

Il ne faut pas croire que la sensation de chaleur ou d’température rafraîchie atténue le danger. En réalité, le vent ou une température ambiante basse peuvent masquer la sensation de chaleur, donnant souvent une fausse impression que l’exposition aux UV est limitée, voire inexistante. Par ailleurs, les UV artificiels ne se limitent pas aux seules sources naturelles. Ils peuvent également provenir de lampes utilisées dans diverses opérations telles que la désinfection, la stérilisation ou le nettoyage. Leur utilisation dans l’éclairage horticole ou lors de procédés comme le soudage, la découpe ou encore le gravage de matériaux présente d’autres risques pour la santé. L’ANSES souligne également que l’exposition aux UV lors de ces opérations peut entraîner des développements de mélanomes oculaires, une forme agressive de cancer de la peau au niveau de l’œil.

Précisions sur le secteur de la santé et d’autres domaines concernés

Le secteur médical et paramédical n’est pas exempt de ces risques. Des professionnels de la santé, comme les techniciens de laboratoire ou les biologistes, sont exposés aux UV lors de certaines interventions thérapeutiques ou de recherches. La photothérapie en dermatologie, par exemple, utilise des appareils à UV pour traiter diverses affections cutanées, ce qui présente aussi un danger potentiel pour ces praticiens.

Les mesures de dépistage, la reconnaissance et l’indemnisation des maladies dues aux UV

Une étape cruciale dans la prévention consiste à détecter le plus tôt possible l’apparition de cancers cutanés. L’ANSES recommande ainsi la mise en place systématique de dépistages dans les consultations de médecine du travail ou chez les dermatologues, afin d’éviter que ces pathologies ne soient sous-diagnostiquées. En effet, 90 % des cancers de la peau pourraient être guéris si une détection précoce intervenait rapidement.

En matière de prévention, il ne s’agit pas uniquement de fournir aux travailleurs des protections individuelles telles que chapeaux, vêtements couvrants, crèmes solaires ou lunettes de soleil. Les mesures collectives et organisationnelles jouent également un rôle clé. Il est important, selon l’ANSES, d’évaluer régulièrement les risques liés aux UV solaires et de les intégrer dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Des stratégies concrètes comme le report d’activités durant les périodes de forte exposition ou la rotation des postes pour réduire le temps passé au soleil sont essentielles pour limiter ces risques.

Lutte pour la reconnaissance officielle des cancers liés aux UV

Enfin, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire insiste sur la nécessité d’établir un recensement systématique des cancers cutanés professionnels pour mieux comprendre leur chronologie et leur réalité. Elle souhaite également faire de l’exposition aux UV solaires un risque professionnel à part entière, ce qui permettrait une meilleure reconnaissance des cas et leur indemnisation. La création d’un tableau de maladies professionnelles spécifique à ces affections est considérée comme une étape indispensable. Actuellement, en France, entre 2013 et 2024, moins de 0,5 % des demandes de reconnaissance de cancers cutanés en maladie professionnelle ont été acceptées, tandis qu’en Allemagne, en 2018, près de 7 500 cas de cancers de la peau liés aux UV ont été déclarés, plus de la moitié d’entre eux étant officiellement reconnus comme maladies professionnelles.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.