Quand Jean-François Leroy, le créateur de Visa, évoque dans la préface du programme 2026 ce qui se nomme un « vieux festival », il souhaite souligner la valeur que porte ce qualificatif, qui s’applique aussi aux « vieux médias » tels que le New York Times. Ce terme, souvent associé à une certaine tradition, évoque non seulement la longévité, mais aussi la rigueur, la vérification scrupuleuse des informations, ainsi qu’un succès derrière cette réputation. La version numérique du quotidien américain connaît d’ailleurs une croissance exceptionnelle en abonnements. Par ailleurs, chaque année, à l’approche de septembre, la foule se presse dans les lieux culturels et patrimoniaux de Perpignan, témoignant de l’intérêt soutenu pour cet évènement. Cette affluence témoigne d’un besoin profond de s’accrocher à une once de vérité dans un monde en perpétuel changement, voire en mutation radicale.
Une manifestation culturelle ancrée dans l’histoire et la véracité
Les rassemblements et expositions de ce festival, qui perdurent depuis de nombreuses années, portent en eux une reconnaissance implicite de leur importance. La vitalité des fréquentations, notamment lors de ces rencontres, montre que le public recherche une forme d’authenticité et souhaite se rapprocher de la réalité à travers l’art ou le journalisme. Ce besoin accru de vérité et de fond, face à la prolifération d’informations souvent sensationnalistes ou superficielles, explique en partie le succès rencontré sur le terrain. La présence constante de visiteurs à ces évènements, ainsi que l’engouement pour la culture, témoignent que malgré la rapidité et la superficialité de certains médias modernes, un lectorat fidèle reste attaché à ces œuvres et publications qui ont fait leurs preuves et ont su conserver leur crédibilité.
Une exposition poignante : le sort des filles afghanes face à la sécheresse
Au cœur de cette effervescence culturelle, une photographie retient particulièrement l’attention. Elle montre le destin de jeunes filles afghanes, revendues pour faire face à la sécheresse qui ravage leur région. Cette image, exposée au couvent des Minimes, symbolise la dureté et la complexité des enjeux sociaux et environnementaux qui frappent cette partie du monde. À travers cette photo, la perception de la crise humanitaire devient plus concrète, plus tangible, et provoque une forte émotion chez le spectateur. La puissance d’une telle œuvre réside dans sa capacité à faire dépasser la simple vue pour provoquer un questionnement profond sur la condition de ces jeunes filles et sur la gravité de la situation dans laquelle elles se trouvent.
Le regard sensible de Raymond Depardon, photoreporter engagé
L’évènement met également en lumière le travail de Raymond Depardon, qui fait l’objet cette année d’une rétrospective à l’église des Dominicains organisée par Visa pour l’image. Auteur de nombreux reportages aussi bien photographiques que vidéo, il incarne un engagement sincère pour dépeindre le monde avec authenticité et conscience. Ses reportages, souvent centrés sur des sujets aussi variés que le Liban ou les communautés paysannes à travers le monde, révèlent un style sensible et réfléchi. Son reportage « Water », présenté en 2023, illustre parfaitement cet engagement, car il aborde une problématique essentielle, celle de l’eau, qui se dévoile aujourd’hui comme un enjeu vital pour l’humanité. Ces images portées par Depardon rappellent que la photographie peut être un vecteur puissant pour éveiller les consciences et encourager à la réflexion.
Une conscience environnementale toujours présente
Les préoccupations écologiques restent fortement présentes durant la manifestation. Cette année, l’accent est mis sur la sauvegarde des milieux marins avec des œuvres de Laurent Ballesta, spécialiste des fonds sous-marins, ainsi que sur la zone irradiée de Tchernobyl, étudiée à travers l’objectif de Gerd Ludwig. Au couvent des Minimes, ces paysages aquatiques et ces lieux marqués par la catastrophe nucléaire interpellent et sensibilisent constamment le public à la fragilité de notre planète. La photographie ou le reportage deviennent ainsi des outils de sensibilisation importants, permettant de sensibiliser tout en racontant des histoires qui mettent en lumière la beauté ou la dangerosité de notre environnement.
Les enjeux de l’intelligence artificielle confrontés à la réalité humaine
Ce séjour artistique n’échappe pas à la réflexion sur l’avenir et les défis numériques. En effet, les 27 expositions ainsi que six projections en soirée au Campo Santo abordent à la fois la situation mondiale et les enjeux éthiques qui y sont liés, notamment la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Ces œuvres, qui témoignent du regard citoyen et engagé de la manifestation, sont aussi une réponse ferme à ceux qui tentent de déformer ou de réduire la réalité. Comme l’affirme Jean-François Leroy, il s’agit d’une lutte contre ce qu’il qualifie de « fossoyeurs du réel ». Quand l’éthique prime sur les discours idéologiques ou le business, c’est peut-être cette démarche qui permet d’assurer la crédibilité du journalisme et de l’art engagé dans cette époque troublée. Toutefois, la question se pose : l’intelligence artificielle, qui s’immisce dans la création et la perception de l’image, ne risque-t-elle pas également de brouiller les pistes ou de menacer cette quête de vérité ?
La jeune génération face aux nouveaux défis numériques
Une autre dimension essentielle concerne la nouvelle génération de journalistes et d’artistes. Élise Blanchard, lauréate du prix World Press Photo 2026, intervient dans cette perspective. Elle a mené une enquête sur le destin des jeunes filles afghanes, devenues des objets d’échange pour assurer la survie des familles durant la sécheresse. Passionnée par la compréhension des enjeux complexes liés à cette région, elle a également publié un ouvrage immersif intitulé Dans la maison d’un taliban. Son travail, mêlant photographies poignantes et textes percutants, illustre l’importance de faire entendre des voix souvent invisibilisées et de sensibiliser le public à des réalités difficiles. Grâce à cette démarche, la jeune photoreporter incarne la nouvelle génération qui doit apprendre à composer avec les avancées technologiques et les défis éthiques que celles-ci suscitent.
Informations pratiques pour la visite des expositions
Les expositions sont accessibles à tous, du 29 août au 13 septembre, tous les jours entre 10 heures et 19 heures. L’entrée est gratuite, favorisant ainsi un vaste accès à cet espace de réflexion et de découverte. Par ailleurs, il est possible de visiter virtuellement ces œuvres durant tout le mois de septembre via le site officiel de l’événement, permettant à un public plus large de découvrir ces œuvres d’art et ces reportages engagés, même à distance.





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