Le créateur des Minions explique pourquoi il ne voulait pas faire de suite dans cet entretien

Sophie Lambert

Les Minions : Des créatures souvent perçues comme des petits monstres bienveillants ?

Il semblerait que cette perception soit de plus en plus reconnue par tous : les Minions, à la base, ne sont pas simplement des personnages comiques ou mignons, mais possèdent une véritable personnalité qui dépasse leur apparence étrange ou leur façon particulière de s’exprimer. Lors de la réalisation des deux premiers films, l’équipe a surtout mis en avant les traits distinctifs de ses trois protagonistes principaux. Kevin se démarque en tant que chef, droit, sérieux, mais porteur d’une grande responsabilité. Stuart, lui, incarne un antihéros qui traverse la vie avec désinvolture, sans vraiment se soucier du reste. Quant à Bob, il représente l’innocence pure, avec un regard naïf sur le monde. L’accent était initialement placé sur leur alchimie – une sorte de magie entre eux, qui leur donne une cohésion unique – sans nécessairement les envisager comme de simples petites créatures à l’aspect bizarre ou à la parole inarticulée. Leur personnalité a ainsi pris le dessus, et leur apparence ne faisait que souligner cette aura mystérieuse qu’ils dégagent.

Le mystère de leur langage universel fait de leur communication une énigme

La façon dont les Minions communiquent, à travers un mélange d’onomatopées, d’emprunts linguistiques divers et de sons inarticulés, intrigue tout le monde. On pourrait penser qu’il est impossible de comprendre ce qu’ils disent, et pourtant, leur langage reste universellement accessible. La clé de cette compréhension réside dans leur ressenti, leur état émotionnel, que l’on capte instinctivement. Personnellement, j’ai appris à maîtriser ce langage particulier, en identifiant des petites intonations mélodiques qui expriment la joie, la colère ou la déception. J’intègre parfois des mots réels dans leurs dialogues pour donner des indices au spectateur, sinon leur discours deviendrait totalement incompréhensible. Nous utilisons aussi d’autres personnages comme des miroirs pour faire comprendre ce que les Minions expriment : dans le film, par exemple, le personnage de Goomi comprend leur langage et reformule leur discours avec ses propres mots, facilitant ainsi la communication et rendant leur univers plus accessible.

Une liberté créative totale accordée par Universal : un tournant dans la carrière du réalisateur

Pour la première fois, j’ai signé l’écriture du scénario d’un film, ce qui représentait pour moi une étape importante vers une réelle autonomie artistique. Lors de mes précédents projets, je n’avais pas le contrôle total sur le processus, et certains choix artistiques m’échappaient, suscitant parfois des réserves. Pourtant, ces films ont connu un succès phénoménal, ce qui indique que mes instincts n’étaient pas forcément erronés. Cette fois, cependant, je savais que si le film ne rencontrait pas le succès, je ne pourrais pas me défausser sur quelqu’un d’autre. Heureusement, Universal m’a offert une liberté totale dans la création du scénario, ce qui m’a permis d’exprimer pleinement ma vision sans compromis.

Plonger dans le Hollywood des années 20 : une réinterprétation cinématographique

Je voulais éviter de faire une simple suite, et plutôt créer une toute nouvelle histoire avec des personnages originaux. L’idée de présenter un Hollywood des années 20 m’est rapidement venue à l’esprit. Je leur ai proposé aux producteurs une intrigue où les Minions souhaitent réaliser leur propre film, mais, accidentellement, ils créent un monstre qui menace de tout détruire. Leur mission devient alors d’empêcher cette créature de détruire la planète. Ce contexte permettait d’évoquer la découverte du cinéma par un Minion, qui, en même temps, voit naître l’industrialisation et la naissance des grands studios de l’époque. La période des années 1920 correspond à l’émergence des premiers grands genres cinématographiques, et cela offrait un décor idéal pour une narration mêlant historiquement la genèse d’Hollywood avec la fantaisie minionnesque. »

Le regard sur l’histoire du cinéma à travers une narration humoristique

Le film ne repose pas sur une volonté de faire référence à des classiques précis, mais raconte plutôt l’histoire de deux Minions qui deviennent amis. Leur relation est mise à l’épreuve quand la passion dévorante de l’un d’eux menace leur amitié, mais, finalement, ils se réconcilient et ensemble, ils sauvent le monde. Ces événements servent de toile de fond à divers clins d’œil cinématographiques, insérés parfois en premier plan, parfois en arrière-plan, afin d’enrichir cette trame narrative. Le but est de souligner si le spectateur pourra percevoir les références ou les symboliques liées à la rupture ou à la réconciliation entre ces deux personnages, tout en exploitant un récit simple et touchant.

Des figures mythiques du cinéma associés à l’univers des Minions

Le scénario s’amuse à croiser des figures emblématiques du grand écran comme les frères Warner ou George Lucas. Leur présence n’est pas anodine, elle sert à évoquer l’ère dorée d’Hollywood, où les grands studios ont été façonnés par des entrepreneurs visionnaires. La référence aux frères Warner incarne cette époque faste, emblématique du cinéma de l’âge d’or américain. C’est aussi un clin d’œil à l’histoire de Hollywood, qui a été bâtie par des immigrés de talent tels qu’Ernst Lubitsch, Michael Curtiz ou Fritz Lang, dont le génie a profondément marqué l’industrie. La figure de George Lucas, quant à elle, représente une hommag. Sa présence dans le film a une grande importance personnelle, car c’est lui qui a véritablement éveillé ma vocation de cinéaste avec La Guerre des étoiles. C’était lors de mon enfance, lorsque mes parents m’emmenaient voir de vieux films, et qu’un jour, en 10 ans, j’ai découvert ce chef-d’œuvre lors d’un voyage aux États-Unis. Malgré la barrière de la langue, le choc visuel a été si puissant que je n’ai cessé de rêver à la création d’univers et de créatures imaginaires.

Un univers bol d’air frais nourri par l’histoire de l’animation américaine et le burlesque

Ce qui m’a énormément influencé dans mon parcours, c’est la culture de l’animation américaine, notamment durant mes études. Au départ, mes inspirations venaient principalement des productions Disney, qui proposaient un humour convivial, pensé pour un jeune public. Cependant, c’est la découverte des œuvres de Tex Avery qui a bouleversé ma vision de l’animation. Son style irrévérencieux, l’humour totalement décalé basé sur le slapstick ou les gags à base de tartes à la crème, ont été une révélation. J’ai également adoré Chuck Jones, pour cette impertinence où les personnages se donnent des coups de marteau dans la tête dans une série de situations absurdes. Ces influences ont marqué mon approche artistique et ont façonné mon regard sur l’humour et la mise en scène burlesque dans mes propres créations.

Les Minions et leurs aventures de Pierre Coffin et Patrick Delage, sortent en salles dès ce mercredi 24 juin. La durée est d’1h26. Le film est destiné à un public dès l’âge de six ans, offrant une expérience à la fois divertissante et adaptée aux plus jeunes.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.