Le boom des produits protéinés dans les supermarchés comme Picard et Carrefour

Sophie Lambert

La protéine s’impose désormais dans une multitude de produits du quotidien

Le terme « protéines » ne se limite plus aux shakes ou aux aliments associés à la musculation tels que le blanc de poulet ou le fromage blanc. Aujourd’hui, en parcourant les allées d’un supermarché, il est évident que la notion de protéine s’est largement démocratisée et s’applique à une grande variété d’aliments du quotidien. On trouve désormais des pâtes enrichies en protéines, des pains, des céréales, des soupes, des salades composées, des sandwiches ou encore des plats préparés spécifiquement formulés pour apporter un supplément en protéines. Les marques, mais aussi les enseignes de distribution, se lancent dans cette tendance. Le lundi 14 septembre, c’est le spécialiste de la surgélation, Picard, qui a lancé une gamme de plats et snacks enrichis en protéines, soulignant ainsi l’intérêt croissant pour cette catégorie de produits.

Une explosion de l’intérêt pour les aliments riches en protéines

La première tendance marquante a été l’essor du skyr, un produit laitière très riche en protéines, qui a rencontré un succès rapide il y a déjà plusieurs années, selon Emily Mayer, experte en tendances de consommation chez Circana. Connu pour ses qualités saines et son apport élevé en protéines, le skyr s’est décliné dans une multitude de saveurs, répondant à une demande croissante. Mais depuis quelques années, et surtout en 2025, la présence de la protéine s’est intensifiée dans un grand nombre de produits. Les chiffres illustrent cette croissance : en 2025, les ventes de produits fortement enrichis en protéines, complétés par des vitamines ou présentés comme des « boosters d’immunité », ont augmenté de 12 % en valeur, et de 15 % en volume selon NielsenIQ. La catégorie des produits ultra-frais hyperprotéinés a connu une hausse spectaculaire de 27 % sur cette période.

Une croissance spectaculaire du marché français des produits hyperprotéinés

Le marché français de ces aliments hyperprotéinés aurait connu une croissance extraordinaire, passant d’environ 70 millions d’euros en 2020 à plus de 380 millions d’euros en 2024, selon les données de Xerfi. Cet essor est en partie dû à la popularité croissante des yaourts et skyrs enrichis en protéines. Cependant, l’offre ne se limite pas exclusivement à ces produits. Emily Mayer constate une multiplication des références dans des catégories très variées, parfois éloignées de l’univers sportif, telles que les barres de céréales, les pâtes, les plats préparés, voire certains fromages ou encore le saucisson. Même si certaines de ces catégories représentent encore un marché de niche, leur potentiel de croissance est évident : entre juillet 2025 et juin 2026, la vente de pâtes protéinées a été multipliée par huit, tandis que celles de céréales protéinées ont progressé de 2,5 fois, témoignant de l’intérêt croissant du public.

Une nouvelle configuration dans l’univers des supermarchés

Ce mouvement se manifeste aussi concrètement dans la configuration des rayons. Au printemps 2024, Carrefour a lancé sa première gamme de produits enrichis en protéines, comprenant notamment trois yaourts aux saveurs de vanille, citron et myrtille. Face à l’engouement croissant, l’enseigne a rapidement étoffé son offre, proposant aujourd’hui quinze références, auxquelles ont été ajoutés cette année un sandwich et des crèmes dessert. Selon Carrefour, tous les produits lancés ces deux dernières années affichent une croissance annuelle de plus de 30 %, reflétant une forte demande.

Une nouvelle approche de la segmentation en rayons

Ce qui est notable, c’est que les produits riches en protéines ne restent plus confinés à une section dédiée à la nutrition sportive. Désormais, ils sont intégrés à leurs catégories respectives, afin d’être mieux visibles et facilement accessibles pour le consommateur quotidien. « L’enjeu est de repositionner ces produits au cœur de la consommation courante. C’est la raison pour laquelle leur placement a été repensé », explique un responsable de Carrefour. La tendance montre que ces aliments ne ciblent plus seulement les sportifs, mais touchent aussi le grand public. Cela traduit une mutation dans la façon dont les consommateurs perçoivent leur alimentation : ils souhaitent manger ou boire avec un objectif précis, non seulement pour satisfaire un besoin vital, mais aussi pour bénéficier de bienfaits pour leur santé, notamment grâce aux apports en protéines.

La montée en puissance des aliments fonctionnels et l’impact des réseaux sociaux

Par ailleurs, l’influence des réseaux sociaux a fortement contribué à cette démocratisation. Longtemps associée à la performance physique et à la musculation, la protéine s’impose aujourd’hui comme un élément intégré à une alimentation quotidienne, apportant satiété, maintien musculaire et vitalité. Sur Instagram ou TikTok, les comptes d’influenceurs spécialisés dans la nutrition ou le sport proposent désormais des recettes protéinées variées. Tibo Inshape, un des youtubeurs les plus suivis en France, a lancé au début de l’année sa propre gamme de produits nutritionnels comprenant des protéines en poudre, des boissons, des barres et des pancakes protéinés. La distribution de ces produits s’est étendue à la majorité des grandes enseignes de distribution, telles que Carrefour, Intermarché, Auchan, U, Casino ou Monoprix.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.