La renaissance de la 206 en Tunisie face à Peugeot, une véritable nostalgie automobile

Sophie Lambert

Origines et création de la marque Wallys Cars

La société Wallys Cars a été fondée en 2005, suite à une rencontre effectuée sur l’île de Wallis et Futuna entre deux individus : les frères Guiga et René Boesch, un ancien constructeur automobile originaire de Dallas. Ce dernier s’était spécialisé dans la fabrication de véhicules de plage, une voiture au style inspiré de la Jeep, fabriquée dans les années 1980 à partir d’une Renault 4. Leur collaboration a rapidement débouché sur le projet de création de la toute première marque automobile tunisienne. La rencontre de ces passionnés a marqué le début d’une aventure entrepreneuriale visant à produire des voitures sous la bannière tunisienne, un vrai défi à l’époque sur un marché national peu développé dans ce secteur, mais à fort potentiel selon eux.

Une progression rapide : de la naissance à la production

Trois années après leur lancement, Wallys présente son modèle emblématique : la Wallys Izis, lors du Salon de l’Automobile de Paris en 2008. Cet utilitaire léger se distingue par sa carrosserie réalisée intégralement en fibre de verre et son châssis entièrement galvanisé, assurant une meilleure résistance à la corrosion. Alimentée par une motorisation PSA Powertrain, la Wallys Izis a obtenu une homologation en Europe, ce qui lui a permis d’entrer en production dès 2009. Depuis ses débuts, la société a réussi à produire plus de 2200 véhicules, équipés de moteurs Peugeot. Son équipe compte actuellement une centaine de salariés, ce qui témoigne d’un développement notable pour une entreprise encore jeune. Aujourd’hui, le constructeur tunisien entend accélérer ses efforts pour élargir sa gamme et renforcer sa position dans le marché automobile.

Lancement d’un nouveau modèle : une surprise ou une stratégie ?

Le site de production de Tunis a récemment commencé à commercialiser une nouvelle berline citadine dénommée Wallys 719. Cependant, la surprise réside dans le fait qu’il s’agit en réalité d’une version restylée d’une Peugeot 206 sedan. Cette révélation soulève la question d’une possible implication de Peugeot dans cette initiative. Pourtant, il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un partenariat officiel. La 206, tout comme d’autres modèles européens, a connu une continuation de sa carrière dans des zones en développement, notamment en Iran, où elle a été introduite en 2001. La Peugeot 206 a ainsi poursuivi sa vie commerciale au-delà de son marché d’origine, dans des pays où la demande pour ce type de véhicule reste forte malgré la présence d’alternatives locales.

Une version spécifique pour le marché iranien

Une version tricorps de la 206, baptisée 206 Sedan, a été conçue en collaboration entre Iran Khodro et Peugeot, et a été lancée sur le marché en janvier 2006. Cependant, alors que Peugeot dominait la vente de voitures en Iran et se préparait à lancer la marque Citroën dans ce pays, les sanctions américaines imposées à l’Iran ont contraint Peugeot à interrompre ses opérations. La production locale se poursuivait toutefois sous une forme alternative, avec des véhicules montés à partir de pièces contrefaites importées de Chine, plutôt que d’origine Peugeot, permettant ainsi aux Iraniens de continuer à proposer la 206 à leur clientèle. La société iranienne Iran Khodro a également proposé un restylage de la 206, qu’elle a rebaptisée Iran Khodro Runna, adaptant le véhicule aux préférences du marché local.

La 206 abandonnée mais présente encore en Iran

À partir de 2012, PSA a cessé de fournir des pièces détachées à Iran Khodro pour la fabrication des Peugeot 206, ce qui a forcé la société iranienne à poursuivre la production avec des composants de contrefaçon, en dépit de l’absence de l’assistance officielle de Peugeot. En conséquence, l’auto a été modifiée et équipée de divers éléments locaux, notamment une calandre différente, tout en étant toujours dérivée d’une 206. En 2022, un accord a été scellé entre Iran Khodro et Wallys Cars, où le constructeur iranien doit fournir à Wallys des véhicules semi-écroués, des kits de voitures partiellement assemblées, afin de stimuler la production locale en Tunisie.

Une voiture tunisienne née d’une Europe lointaine

L’usine Wallys, située à Kabaria près de Tunis, procède actuellement à l’assemblage de ses 206 à partir de pièces partiellement importées d’Iran. La majorité des composants est d’origine chinoise, et l’assemblage final ne nécessite pas l’utilisation de robots, mais repose principalement sur une main-d’œuvre locale à faibles coûts. La chaîne de montage permet de produire environ six voitures par jour, avec un temps de main-d’œuvre estimé à quarante heures pour chaque unité. Le montage s’effectue dans le respect des réglementations locales tout en utilisant des pièces contrefaites ou provenant de sources extérieures. La stratégie consiste à profiter des exonérations douanières et à faire évoluer l’industrie automobile tunisienne.

Une base solide pour la fabrication tunisienne

Selon Zied Guiga, le fondateur de Wallys Cars, le choix de partir d’une base de Peugeot 206 ou 207 s’explique par la solidité, la fiabilité et le prix avantageux de ces modèles, connus pour leur réputation dans le secteur automobile. La finalisation de l’assemblage ne requiert aucun robot et est assurée par une main-d’œuvre bon marché, ce qui permet à la société de limiter ses coûts et d’assurer une production quotidienne qui atteint actuellement six unités. Cette approche favorise le développement d’une industrie locale, qui pourrait à terme, renforcer la position de Wallys sur le marché régional et international.

Une fabrication hybride entre la Chine, l’Iran et la Tunisie

Le modèle Wallys 719, basé sur la Peugeot 206 Sedan, reçoit une calandre arborant la marque Wallys tandis que la majorité des pièces provient d’Iran ou de Chine. La voiture est d’abord assemblée en Iran avec des composants chinois, avant d’être expédiée en Tunisie pour les finitions locales. Selon le constructeur, la part de composants tunisiens oscille entre 24 et 28 %, comprenant notamment les pneus, les jantes, la ligne d’échappement, la sellerie, le réservoir, le câblage et certains vitrages. Cette configuration hybride illustre la complexité de la fabrication locale dans un contexte où les réalités politiques et économiques imposent des compromis.

Une voiture conçue pour les exigences tunisiennes

La Wallys 719 apparaît comme une voiture bien adaptée au marché tunisien, intégrant des équipements modernes tels que l’ABS, la direction assistée, deux airbags, des sièges Isofix, des vitres électriques, la climatisation ainsi qu’un kit mains-libres. Le moteur, un 1.6 litres atmosphérique de 115 chevaux développé par PSA, est assemblé avec des pièces chinoises selon les plans de Peugeot. La voiture est proposée à un prix d’environ 14 000 euros, soit 47 140 dinars tunisiens, rendant le modèle accessible à un large public local. Cette voiture reflète la tentative de Wallys Cars d’offrir un véhicule adapté aux besoins spécifiques du marché tunisien tout en exploitant des ressources locales et régionales.

Un regard critique sur la production locale

Après avoir assemblé des modèles tels que la Peugeot 206 et 405 en Iran, sans contrôle rigoureux de Peugeot, ou encore produit en Russie des véhicules C5 Aircross sans l’autorisation officielle de Citroën, ces voitures tunisiennes « à la volée » soulèvent des questions concernant le contrôle de la qualité et la légalité de ces pratiques par Stellantis. La successivité de ces stratégies de fabrication sous influence de différentes régions témoigne d’un marché en mutation où les filiales locales échappent souvent à une supervision stricte, provoquant des controverses sur leur conformité avec les standards industriels et réglementaires internationaux.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.