Huningue : avant la maison de santé, place au diagnostic

Sophie Lambert

La santé, une priorité affirmée lors de la campagne municipale 2026

Lors de la récente campagne électorale en vue des élections municipales de 2026, la question de la santé a été mise en avant comme l’un des enjeux majeurs par tous les candidats. Que ce soit du côté du camp en place ou de l’opposition, il était évident que ce sujet serait au cœur du débat. Il n’est donc pas surprenant de constater que la thématique demeure centrale dès le début du nouveau mandat. Le nouveau maire, Jules Féron, avait déjà soulevé cette problématique lors du dernier conseil municipal, notamment à l’occasion du débat d’orientation budgétaire. Il avait indiqué que des études de faisabilité seraient lancées rapidement, en vue de la mise en place d’une nouvelle structure médicale dans la commune.

Un projet de maison de santé bientôt amorcé

Lors du scrutin du lundi 11 mai, qui portait sur l’adoption du budget municipal, il est prévu qu’une ligne budgétaire spécifique soit allouée à ce projet stratégique, qui répond à un besoin évident dans la région. La commune de Huningue, qui compte plus de 7 500 habitants selon le dernier recensement, ne dispose actuellement que d’un seul médecin généraliste pour toute sa population. « Cette situation n’est pas suffisante, confie le maire. La situation est d’autant plus préoccupante dans une ville comme la nôtre, où 20 % des habitants ont plus de 65 ans, et où la précarité sociale est plus marquée que dans d’autres localités, avec 10 % de nos citoyens bénéficiant de la complémentaire santé solidaire. »

Une population mal desservie par les médecins généralistes

Une étude récente révèle qu’en 2025, près d’un millier de résidents de la commune, soit 929 personnes âgées de 17 ans et plus, se trouvait en situation sans accès à un médecin traitant. Ce déficit est deux fois plus élevé que la moyenne nationale, ce que déplore le maire Jules Féron. La pénurie de généralistes dans le secteur n’est pas un phénomène isolé, puisque même dans certaines villes voisines, des efforts ont été réalisés pour remédier à cette situation. Par exemple, Hésingue a créé un centre de santé communal au début de 2023, illustrant une volonté locale d’améliorer l’accès aux soins.

Un projet de maison médicale en préparation

Face à cette difficulté, la municipalité envisage de créer une nouvelle maison de santé. Le centre de médecine actuel, qui héberge un médecin généraliste, un pédiatre, une gynécologue, trois sages-femmes ainsi que quatre infirmières, est arrivé à saturation. Son infrastructure ne permet pas d’accueillir de nouveaux praticiens. La question centrale reste de déterminer où, quand et comment ce nouvel établissement verra le jour. Les élus prévoient de prendre leur décision après avoir analysé les résultats d’un diagnostic mené par un bureau d’études spécialisé, dont les conclusions sont attendues d’ici la rentrée de septembre. La municipalité espère pouvoir présenter ses options et organiser une réunion publique à l’automne pour discuter de ce projet.

Une réflexion ouverte sur les solutions possibles

Le second adjoint au maire, Dominique Bohly, en charge de la santé, précise que différentes pistes sont encore à l’étude pour la construction ou la reconversion de locaux destinés à accueillir la future maison. La majorité semble privilégier une méthode de réhabilitation d’un bâtiment existant ou une reconversion de friches plutôt qu’une nouvelle construction, plus coûteuse et nécessitant des terrains que la ville ne possède pas. « Nous ne fermons aucune porte, indique Jules Féron. Nous envisageons notamment de salarier des médecins ou d’attirer des professionnels de santé étrangers en leur proposant des aides matérielles ainsi qu’un accompagnement à l’installation. » L’étude en cours permettra également de préciser les équipements nécessaires, la taille des locaux ainsi que la possibilité de coopérations avec d’autres établissements.

Une stratégie multifacette pour renforcer l’offre médicale

L’objectif est de recruter un ou deux médecins généralistes, mais aussi d’attirer des spécialistes, afin d’offrir une prise en charge plus complète à la population locale. La municipalité souhaite notamment faire venir un pédiatre ou un dermatologue, car ces spécialités sont actuellement peu ou pas représentées dans le secteur. Cependant, le maire ne masque pas ses doutes quant à la possibilité que de nombreux praticiens candidateront dans les mois à venir. La priorité reste la recherche de généralistes, mais toutes les propositions seront étudiées avec attention.

Des solutions temporaires en attendant la maison de santé définitive

Pour pallier à la pénurie de médecins à court terme, la commune a décidé de mettre en place des initiatives provisoires. Parmi celles-ci, figure l’organisation, en mai 2024, d’une opération de prévention mobile nommée « M ta santé ». Il s’agit d’un camion équipé pour réaliser des dépistages, fournir des informations et assurer des sessions de sensibilisation. La première étape, prévue les 12 et 13 mai, débutera à Huningue, notamment avec une présence sur la place Abbatucci, afin de proposer des dépistages gratuits pour le cancer du sein et le frottis cervico-vaginal. Ces actions s’inscrivent dans une démarche visant à améliorer la prévention et la détection précoce des maladies.

Des dépistages gratuits pour encourager la prévention

Le taux de dépistage des cancers féminins à Huningue est actuellement inférieur à la moyenne départementale. Seule la moitié des femmes effectuent régulièrement un dépistage du cancer du sein, contre 62 % dans la région. Afin de dynamiser la prévention, la ville propose des dépistages gratuits sur inscription, accessibles à toutes les femmes résidant dans la commune ou dans les environs. Pour réserver un créneau, il suffit d’appeler un numéro dédié ou d’envoyer un courriel. Si cette initiative rencontre un bon accueil, la municipalité envisagera de la renouveler, voire de multiplier ces opérations mobiles tout au long de l’année. L’objectif est de favoriser l’adoption de bonnes habitudes en matière de dépistage, en allant directement vers les populations pour leur permettre de se faire dépister plus facilement et plus rapidement. Selon le deuxième adjoint à la mairie, Dominique Bohly, cela contribuera à diagnostiquer et à traiter les maladies dès leurs premiers signes, en amont de l’aggravation.

Ce plan d’action diversifié témoigne de la volonté de la commune d’améliorer l’accès aux soins et de prévenir les maladies, tout en recherchant des solutions durables pour renforcer le maillage médical local.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.