Elle raconte son choix difficile entre son couple interreligieux, son mari et ses parents

Sophie Lambert

Un amour transcendant les différences culturelles et religieuses

L’amour ne suit pas toujours le parcours prévisible que l’on pourrait envisager. Certaines histoires d’amour naissent malgré des écarts d’âge considérables, la distance géographique ou encore des modes de vie radicalement opposés. C’est le cas de Myriam (*) qui a rencontré son compagnon au début de sa vingtaine, un homme avec qui elle partage aujourd’hui sa vie. Leur relation s’est construite dans le secret, car Myriam savait que ses proches ne l’accepteraient pas facilement. Son compagnon vient d’une famille sicilienne profondément catholique, tandis qu’elle-même appartient à une famille algérienne musulmane très pratiquante. Dans l’environnement familial de Myriam, épouser une personne non musulmane semblait impossible. Elle confie : « Je sais que si mes parents avaient découvert cette relation, ils m’auraient reniée. » À cette époque, un autre obstacle pesait lourd dans sa vie : le cancer dont souffrait son frère. Myriam a choisi de préserver leur lien plutôt que de risquer une rupture avec ses parents. Elle explique : « Je ne voulais pas me fâcher avec eux au point de perdre la relation avec mon frère. » Face à ces pressions familiales et sentimentales, leur histoire d’amour a dû prendre fin après plusieurs années de vie commune.

Une seconde chance pour leur amour

Après cette séparation, chacun a refait sa vie séparément. Myriam, elle-même, a connu des problèmes de santé dans cette période. Cependant, la rupture n’a pas brisé les liens entre eux. Elle affirme : « Nous sommes restés en contact, même après notre séparation. » Quatre années plus tard, leur destin les a réunis de nouveau. Cette fois, Myriam a fait un choix déterminant. Ils ont repris contact, se sont réconciliés et ont décidé de se marier en 1992. Leur union a cependant été vécue différemment selon les côtés. Du côté du mari, la famille toute entière a accepté cette relation mêlant deux religions différentes, tout comme la présence de ses beaux-parents lors de la cérémonie. En revanche, pour Myriam, seuls trois de ses sœurs sont venues assister à la cérémonie. Ses parents, quant à eux, ont décidé de rester discrets : une partie de la famille n’était pas présente.

Les difficultés d’une union sous le signe du rejet

« C’était un moment extrêmement éprouvant », raconte Myriam en évoquant ses choix. Elle explique : « Quand j’ai décidé d’épouser mon compagnon, j’étais consciente des conséquences qui m’attendaient. Je savais que mes parents, par conviction religieuse, allaient me renier, couper tout lien avec moi. » Son intuition s’est avérée exacte. Pendant cinq années, ses parents ont coupé tout contact, et ils n’ont pas été présents à la naissance de ses deux premiers enfants. Elle se remémore cette période difficile : « C’était un calvaire, j’ai été confrontée à un véritable dilemme entre mon amour pour mon mari et le lien familial avec mes parents. » Malgré cette douleur, Myriam a pu s’appuyer sur sa belle-famille, qui lui a offert son soutien et une nouvelle forme de famille. Elle a également reçu le réconfort de certaines de ses sœurs, qui n’ont pas coupé contact. Cependant, le sentiment de solitude et le rejet de ses parents ont laissé une cicatrice difficile à guérir pour celle qui nourrissait l’espoir de renouer un jour avec eux.

Une révélation qui bouleverse leur relation familiale

Cinq ans après leur mariage, Myriam apprend que son père revient en France après avoir effectué un pèlerinage à La Mecque. Elle décide alors de prendre une initiative audacieuse. Avec l’aide de l’une de ses sœurs, qui traverse également une situation similaire de rejet familial, elles se rendent à l’aéroport pour attendre leur père. Lorsqu’il sort de l’avion, elles lui présentent leurs excuses en lui demandant pardon. Myriam raconte : « Nous avions une crainte terrible qu’il nous rejette de nouveau. » Son père, déchiré entre ses principes religieux et l’amour pour ses enfants, a cependant fini par céder. Il les a pardonnées, et ce moment d’émotion intense a été une étape cruciale. « Ce fut un moment très émouvant, où tout le monde a pleuré », se remémore-t-elle.

Le regard de la famille évolue avec le temps

Au départ, le père de Myriam a accepté de renouer avec ses filles et ses petits-enfants, mais à condition que son mari ne fasse pas partie de la famille. La situation évolue un an plus tard, lorsque la famille de Myriam revient d’un nouveau pèlerinage. Lors de cette occasion, son mari est invité à accueillir ses beaux-parents à l’aéroport. À partir de là, toutes les barrières se sont peu à peu effacées. La mère de Myriam, qui avait repris contact plus tôt, retrouve aussi peu à peu sa place dans la vie de ses enfants et petits-enfants. Myriam témoigne : « J’ai ressenti un soulagement immense. Après cette étape, nous avons commencé à les voir régulièrement le week-end, et ils sont aussi venus à l’occasion de la naissance de mon dernier enfant. » Elle explique également qu’ils ont progressivement appris à connaître son mari, qu’ils ont fini par apprécier, favorisant ainsi la création de liens solides.

Une vie fondée sur le respect mutuel

Avec le temps, la différence religieuse ne constitue plus un obstacle dans leur quotidien. Le mari de Myriam, catholique, pratique ou non sa foi, ce qui n’empêche pas le couple de vivre harmonieusement. Myriam, de son côté, étant musulmane non pratiquante, conserve ses habitudes sans que cela ne génère de conflit. Leur relation repose sur de nombreux compromis : respecter l’autre tel qu’il est, accepter ses différences sans chercher à le faire changer. La religion n’a jamais été un sujet de discorde dans leur foyer, et leurs enfants n’ont reçu aucune éducation religieuse formelle. Ils ont simplement laissé leurs enfants faire leur propre choix plus tard, en toute liberté. Selon Myriam, cette liberté et ce respect mutuel ont été les clés de leur longévité conjugale.

Le dépassement des préjugés familiaux

Avec le temps, même les parents de Myriam ont fini par dépasser leurs réticences. Elle explique : « Ils n’ont jamais en voulu à mon mari ni à ses parents, c’était à moi que revenait la responsabilité du choix. » Aujourd’hui, Myriam considère cette histoire avec un regard plus apaisé. Elle comprend mieux ce qui a pu mener son père à être aussi sévère dans ses premières réactions : « Il a été élevé ainsi, avec ces convictions. » La famille, pour elle, représente désormais une richesse insoupçonnée. Elle se dit heureuse d’avoir retrouvé la complicité avec ses parents et d’avoir partagé de précieux moments avec eux. La capacité à ouvrir son cœur et à accueillir l’autre, malgré les différences, constitue à ses yeux le véritable enrichissement humain.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.