Elle a obtenu son traitement anti-obésité en 30 minutes en quelques clics, témoigne.

Sophie Lambert

L’engouement pour les médicaments anti-obésité en ligne : un recours sans suivi médical sérieux

Après avoir donné naissance à ses deux enfants, Victoria, âgée de 32 ans, a constaté une augmentation de son poids. Malgré une alimentation équilibrée et une pratique régulière d’activités physiques, elle n’a pas réussi à retrouver sa silhouette d’avant, ce qui lui causait un malaise profond. Pendant une année, elle a essayé diverses méthodes, notamment différents régimes et compléments alimentaires, mais aucun changement perceptible n’est survenu sur la balance. Elle raconte avoir été inspirée par des proches qui lui ont partagé leur expérience avec des médicaments anti-obésité tels que le Wegovy ou le Mounjaro (*). Selon elle, plusieurs d’entre eux auraient perdu jusqu’à 12 kilos en seulement deux mois. Intriguée par ces témoignages, Victoria décide à son tour d’essayer ces traitements, mais doit se heurter à la résistance de son médecin traitant. En effet, ces médicaments étant généralement réservés aux adultes dont l’indice de masse corporelle dépasse 30 kg/m2, son médecin refusa de lui en prescrire. Même s’il avait été d’accord, il aurait préféré qu’elle explore d’autres options de régime au préalable, considérant peut-être qu’un suivi médical plus approfondi était nécessaire.

Une démarche numérique : une prescription rapide en quelques clics

Face au refus médical, Victoria décide de tenter sa chance sur Internet. En quelques minutes, elle trouve une plateforme proposant des consultations en ligne avec des médecins. Après avoir échangé par courriel en envoyant quelques photos, elle reçoit rapidement son ordonnance pour le Mounjaro à la dose la plus faible, indispensable pour débuter les injections. Elle confie : « Ce processus m’a pris une trentaine de minutes. » Ces plateformes de téléconsultation sont devenues monnaie courante : en quelques recherches, il est possible d’obtenir une prescription en ligne pour ces médicaments. Certaines se vantent même de pouvoir fournir la prescription en une heure ou promettent une livraison discrète sous peu.

Les premiers effets et la motivation de Victoria

Le dimanche soir suivant, Victoria réalise sa première injection, à renouveler chaque semaine. Dans la foulée, elle commence à ressentir les premiers effets indésirables. Elle décrit avoir souffert de nausées importantes, d’un malaise le lendemain matin, ainsi que de brûlures d’estomac et de remontées acides. Elle pensait que ces effets seraient constants, mais heureusement, ils n’ont duré que la première journée. Rapidement, elle constate que son appétit diminue considérablement. La jeune femme, dont la routine habituelle consistait à sauter le petit-déjeuner, se surprend à ne plus ressentir la moindre envie de manger, au point de se limiter à une simple salade lors du déjeuner. Au bout d’une semaine, elle a perdu environ 3,5 kilos, et après un mois, sa perte atteint presque neuf kilos. Sa satisfaction est palpable : « Je commence à me sentir mieux dans ma peau », confie-t-elle.

Un suivi médical très léger, voire inexistant

Pour le deuxième mois de traitement, Victoria se contente de demander un renouvellement de son ordonnance via la plateforme qu’elle utilise déjà, en précisant la quantité de poids qu’elle a perdu. La procédure est extrêmement simple, mais la jeune femme s’étonne du manque de contrôle médical. Elle aurait apprécié un suivi plus rigoureux, peut-être sous forme de consultations régulières, pour faire le point sur son état, ses progrès et ses éventuelles complications. Elle souligne que le même médecin n’assure pas nécessairement le suivi à chaque étape : « La procédure est très légère, je ne vois même pas le même professionnel à chaque fois. » C’est finalement sa pharmacienne, qui fournit l’injection, qui lui donne quelques conseils complémentaires. Elle lui recommande de consulter un médecin pour envisager une supplémentation en vitamines et de continuer à manger en petites quantités, même si elle n’a pas faim.

Une perception de facilité avec des coûts non pris en charge

Victoria dépense 176 euros par mois pour son traitement, auquel s’ajoute une consultation de 25 euros. Comme elle ne remplit pas les critères d’éligibilité pour le remboursement, elle doit supporter l’intégralité du coût. Elle confie qu’elle aspire à perdre davantage de poids, souhaitant atteindre les 20 kilos en moins. Elle précise qu’elle n’a pas l’intention d’utiliser ces médicaments indéfiniment, mais seulement pendant deux ou trois mois, craignant de perdre leur effet coupe-faim une fois l’arrêt arrivé. Son espoir : ne pas reprendre le poids perdu et apprendre à mieux gérer son alimentation seul. Elle reconnaît que ces traitements, perçus comme une solution miracle, sont désormais très accessibles : « On voit beaucoup de témoignages sur les réseaux sociaux… Avec la vie quotidienne chargée, il est tentant de se tourner vers la facilité. » Son discours reflète une certaine acceptation, voire une absence de regret, car cette méthode lui permet pour l’instant de se sentir mieux dans son corps et dans sa tête.

Un suivi médical superficiel, voire inexistant

Pour Victoria, le deuxième mois s’est déroulé sans réel accompagnement. La procédure ne nécessite qu’une simple demande de renouvellement sur la plateforme, en indiquant la perte de poids constatée. Elle reste étonnée par l’absence de contrôle ou de suivi médical plus approfondi : « C’est évident que c’est très simple, mais j’aurais aimé que quelqu’un me suive de manière plus régulière, peut-être une fois par semaine, pour faire un point sur ma progression. » La consternation vient surtout du fait que le même médecin ne traite pas nécessairement son dossier à chaque renouvellement. C’est finalement sa pharmacienne qui lui a donné des conseils complémentaires, notamment sur la nécessité de supplémenter son alimentation en vitamines ou de continuer à manger en petites quantités, même si elle n’a pas faim.

Les implications financières et éthiques d’un marché accessible

L’un des aspects préoccupants de cette pratique concerne le coût pour la patiente. Victoria doit débourser chaque mois plus de 170 euros pour un traitement qui n’est pas remboursé, puisqu’elle ne répond pas aux critères médicaux officiels. Son objectif est d’atteindre un poids plus faible, mais elle reste consciente que cette solution, bien qu’efficace à court terme, ne constitue pas une approche durable. Elle explique vouloir arrêter après trois mois, craignant une perte d’effet. Elle admet également que la facilité d’accès à ces médicaments, notamment via des plateformes en ligne, peut encourager une utilisation à la légère, sans suivi réel ni contrôle médical. La jeune femme reconnaît cependant pouvoir tirer profit de cette procédure, car elle lui permet de se sentir bien dans son corps pour l’instant, même si elle reste consciente des enjeux liés à cette pratique.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.