Des athlètes intègrent le vélo à leur préparation pour améliorer leur course

Sophie Lambert

La polyvalence du cyclisme dans l’entraînement des athlètes de course

Étienne Daguinos s’initie au marathon avec le vélo comme allié

Le coureur Étienne Daguinos a récemment annoncé son intention de participer au marathon de Valence prévu pour le 6 décembre prochain. Il y a seulement quelques mois, lors d’un épisode du podcast Run Wise, le sportif originaire de Talence évoquait déjà son projet d’incorporer davantage de séances de vélo à sa routine d’entraînement afin de mieux se préparer à cette discipline exigeante. L’idée qu’il avait en tête était de renforcer sa condition physique en exploitant le potentiel du cyclisme pour améliorer ses performances en course à pied.

Intégrer le vélo dans la préparation : une méthode bénéfique et appréciée

« Peut-être que cela pourrait être intéressant de consommer jusqu’à cinq heures de vélo par semaine », expliquait Daguinos, insistant sur le fait que cette pratique avait toujours fait partie de ses habitudes d’entraînement, combinant à la fois la course et le cyclisme. Il a toujours considéré que cette synergie lui permettait de conserver du plaisir tout en améliorant ses performances. Il ajoutait que cette activité lui rappelait ses années de triathlon, disciplines où il avait pris beaucoup de plaisir. « J’ai toujours adoré faire du vélo, et j’aime aussi courir. Parfois, cela permet de casser la routine. Lors de mes stages à Font-Romeu, par exemple, faire des cols ou admirer les paysages est une expérience incroyable, un véritable enchantement. » La beauté des paysages et la difficulté des cols venus pimenter la pratique du vélo constituent pour lui une source de motivation et de plaisir sans pareil.

Les athlètes rêvent de kilomètres à vélo pour le plaisir ou la récupération

Une autre athlète de haut niveau, Agathe Guillemot, championne du monde du mile à Copenhague, confie elle aussi son attrait pour cette discipline. Éprouvée à l’idée de devoir faire une coupure sportive, elle rêve d’en profiter pour parcourir 100 kilomètres à vélo chaque jour, même durant ses semaines de repos. « J’aimerais pouvoir faire du vélo pendant ma pause et réaliser des longues sorties de 100 bornes quotidiennement », confiait-elle, témoignant de l’engouement grandissant pour l’usage du vélo dans les routines d’entraînement, même chez les championnes du monde.

Le cyclisme, une pratique de plus en plus courante dans l’entraînement

De nombreux demi-fondeurs et coureurs de fond privilégient désormais le vélo pour dynamiser et renouveler leur manière de s’entraîner. À l’international, Georgia Hunter-Bell, médaillée de bronze olympique en duathlon, n’a pas abandonné cette pratique après ses années en compétition multidisciplinaire. La Britannique a d’ailleurs emmené avec elle ses partenaires d’entraînement dans cette optique, parmi lesquels figure la championne olympique du 800 mètres, Keely Hodgkinson. Leur usage conjoint du vélo leur offre une manière innovante de renforcer leur condition physique, tout en évitant les frottements liés à la seul course à pied.

Le vélo, un outil précieux en période de récupération et de prévention

De plus en plus d’athlètes se tournent vers le cyclisme pour la réathlétisation, notamment après des blessures, souvent tendineuses. Agathe Guillemot en est un exemple : après avoir souffert de douleurs liées aux tendons, elle a intégré le vélo à sa planification d’entraînement. « La pratique du vélo me permet d’accumuler du temps à faible intensité tout en augmentant mon volume d’entraînement », explique son entraîneur, Alann Moreau. En moyenne, la judokite consacre environ 4 heures par semaine à cette activité pour compléter ses sessions à pied. Cette méthode lui permet de continuer à progresser tout en ménager ses tendons, favorisant une récupération efficace.

Les bénéfices physiologiques de l’entraînement cycliste

L’utilisation du vélo dans la pratique sportive ne se limite pas à la récupération ou à la prévention. Elle comporte également des bienfaits physiologiques notables, comme l’augmentation du volume d’entraînement sans agresser le corps. Hugo Maciejewski, responsable de la cellule performance à la Fédération française d’athlétisme (FFA), précise : « La pratique régulière du vélo favorise la capillarisation des muscles, l’amélioration de la VO2 Max, et le développement des enzymes oxydatives. Ces adaptations permettent d’accroître les capacités aérobiques et d’optimiser le potentiel oxydatif des athlètes. » En somme, le vélo permet d’augmenter le volume d’entraînement à basse intensité, tout en limitant les chocs pour le corps et en réduisant les risques de blessures.

Le cyclisme comme étape de rééducation

Souvent, c’est après une blessure, particulièrement au niveau des tendons, que certains athlètes découvrent les vertus de la pratique cycliste. Agathe Guillemot, par exemple, a intégré définitivement cette discipline dans son programme d’entraînement après avoir été contrainte de limiter la course. « La pratique du vélo m’aide à maintenir un bon volume d’entraînement. Je l’utilise pour accumuler du temps à faible intensité et préserver ma condition », explique-t-elle. Son entraîneur précise que cette activité représente environ 4 heures hebdomadaires chez elle, pour compenser la baisse du volume courses, tout en évitant la surcharge mécanique.

La diversité des approches : un défi culturel et sportif

Malgré ses nombreux avantages, l’intégration du vélo dans la préparation sportive rencontre parfois des résistances. En Bretagne, par exemple, certains déplorent le fait que le cyclisme est encore perçu principalement comme une activité de rééducation ou de décharge, plutôt qu’une composante intégrée et valorisée de l’entraînement. « Il y a encore une vision limitative, où l’on voit le vélo comme une option pour décharger ou pour récupérer après une blessure », note la sportive. Cette utilisation restrictives semble en partie liée à la perception que certains ont du cyclisme, souvent considéré comme une activité de substitution pour les sprinteurs, ou comme un moyen de prévention lors de blessures. Cependant, cela ne reflète pas la réalité de ses nombreux bienfaits pour la performance globale.

Une pratique à doses maîtrisées : la clé du succès

Le principe fondamental que rappelle Hugo Maciejewski est que « ce n’est pas la pratique du vélo qui peut être néfaste, c’est la dose ». Si le vélo procure de nombreux bénéfices, une utilisation excessive ou mal équilibrée peut entraîner des répercussions négatives, notamment une perte de la finesse technique ou une dégradation mécanique. Étienne Daguinos souligne également ce point en évoquant le discours de certains sportifs qui considèrent que faire du vélo en préparation pour le 5 000 mètres est une aberration. « Certains pensent que cette activité n’a pas sa place dans l’entraînement de cette distance » mais la réalité est que, comme pour toute pratique sportive, l’équilibre et la modulation de l’effort sont essentiels. « Il faut savoir doser pour profiter pleinement des bienfaits du vélo sans tomber dans l’excès ou l’austérité. »

L’intégration du cyclisme dans l’entraînement des athlètes de course à pied devient ainsi de plus en plus courante, notamment grâce à ses multiples avantages physiologiques et psychologiques. Cependant, son utilisation doit rester réfléchie et équilibrée, car le secret réside dans la juste dose qui favorise la progression sans nuire à la technique ou à la santé des sportifs.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.