Ce médicament courant pourrait aider à lutter contre certains cancers agressifs

Sophie Lambert

Une molécule couramment utilisée pour traiter l’asthme pourrait jouer un rôle dans la lutte contre certains cancers

D’après une recherche menée par l’institut Northwestern Medicine basé à Chicago, un médicament que l’on emploie fréquemment pour soulager l’asthme ainsi que diverses allergies pourrait également avoir des effets positifs dans la lutte contre des formes de cancer particulièrement dangereuses. Ces résultats laissent entrevoir une nouvelle voie pour la réutilisation de traitements existants dans le but de combattre la progression de ces maladies graves.

Présentation du Montélukast : un traitement anti-asthmatique à la croisée des chemins

Le Montélukast, également commercialisé sous la marque Singulair, ainsi que ses versions génériques, appartient à la classe des médicaments appelés antileucotriènes. Son mode d’action consiste à inhiber une molécule clé dans le processus de l’inflammation, connue sous le nom de CysLTR1. En bloquant cette cible, il parvient à atténuer les réactions inflammatoires qui sont souvent à l’origine des symptômes de l’asthme et d’autres allergies saisonnières.

Comment certains cancers utilisent le récepteur CysLTR1 pour échapper au contrôle du système immunitaire

Des chercheurs ont mis en lumière une stratégie que plusieurs types de cancers exploitent pour échapper à la vigilance du corps. En effet, ils se servent du récepteur CysLTR1 pour manipuler le système immunitaire afin de favoriser leur prolifération. Plus précisément, ces tumeurs parviennent à duper les défenses naturelles en augmentant la production de neutrophiles, un type de globules blancs. La molécule CysLTR1 agit ici comme une sorte d’interrupteur qui régule ce processus. Lorsque ce dernier est activé, il facilite la croissance tumorale, ce qui explique en partie la difficulté à traiter ces cancers de manière efficace.

Une désactivation du récepteur qui freine la croissance tumorale

Le Dr Bin Zhang, principal chercheur de cette étude publiée le mardi 19 mai, explique : « Lorsque nous éteignons cet interrupteur, soit par modification génétique, soit en utilisant des médicaments déjà existants comme le montélukast, nous observons non seulement un ralentissement significatif du développement de la tumeur, mais également une restauration de la capacité du système immunitaire à s’attaquer efficacement au cancer. »

Les expérimentations sur différents types de cancers chez les modèles animaux

Les équipes de recherche ont concentré leurs travaux sur des modèles de souris atteintes de maladies telles que le cancer du sein triple négatif, le mélanome, le cancer ovarien, ainsi que ceux du côlon et de la prostate. Elles ont procédé à la suppression génétique du gène responsable du récepteur CysLTR1 ou à son blocage via des médicaments comme le montélukast. Les résultats ont montré que cette inhibition ralentissait notablement la croissance des tumeurs, améliorait la survie des sujets, et permettait une réponse plus efficace aux traitements immunitaires. Ces découvertes apportent une nouvelle perspective pour le développement de thérapies combinées visant à optimiser la réponse immunitaire contre ces cancers difficiles à traiter.

Impact sur les cellules immunitaires humaines et confirmation dans l’humain

L’équipe de scientifiques a également examiné des cellules immunitaires humaines, constatant que bloquer CysLTR1 empêchait la formation de neutrophiles ayant un rôle immunosuppresseur. En complément, l’analyse d’échantillons de tumeurs provenant de patients et de bases de données publiques a renforcé l’idée que ce récepteur joue un rôle clef dans la croissance tumorale. Les observations indiquent que des niveaux plus élevés d’activité de CysLTR1 dans les cellules tumorales sont associés à une survie plus courte et à une réponse moins favorable à l’immunothérapie, notamment dans plusieurs types de cancers.

Perspectives cliniques : un espoir de traitement plus efficace

Les chercheurs considèrent que ces résultats sont très prometteurs, notamment parce que des médicaments comme le montélukast ont déjà reçu l’agrément de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis. Cette situation pourrait accélérer la mise en œuvre d’essais cliniques chez les patients. L’objectif est de voir si ces médicaments, en étant utilisés pour bloquer CysLTR1, pourraient améliorer la réponse aux traitements immunitaires chez les personnes atteintes de cancers agressifs, tels que celui du sein triple négatif, qui représente actuellement un défi thérapeutique important. La capacité à utiliser un médicament déjà reconnu et généralement bien toléré permettrait d’accélérer leur repositionnement dans cette nouvelle indication, offrant ainsi un espoir pour des traitements plus efficaces face à ces maladies complexes.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.