Une équipe française développe un stérilet masculin pour la contraception

Sophie Lambert

Les différentes méthodes de contraception féminine et masculine

Les femmes disposent d’une vaste gamme d’options pour prévenir une grossesse. Parmi celles-ci, on trouve la pilule, le dispositif intra-utérin (stérilet), l’implant, l’anneau vaginal, le patch transdermique, ainsi que les injections effectuées par voie intramusculaire. Chacune de ces méthodes possède ses propres avantages et inconvénients, adaptées à différents profils et besoins. En revanche, pour les hommes, les seules méthodes accessibles sont principalement le préservatif, qui constitue une barrière physique, et l’option plus naturelle mais moins fiable, appelée la méthode du retrait ou coït interrompu. Cette dernière repose sur le retrait du pénis avant l’éjaculation, mais sa taux d’efficacité reste faible en raison du risque de perte de liquide séminal avant la sortie complète. Alors que les options pour les femmes sont nombreuses et technologiquement avancées, celles pour les hommes sont encore limitées, ce qui souligne la nécessité de développements innovants dans le domaine de la contraception masculine.

Les méthodes contraceptives irréversibles et les dispositifs encore en développement

Parmi les techniques de stérilisation masculine, la vasectomie est une procédure considérée comme définitive. Elle consiste à couper ou bloquer les canaux déférents, empêchant ainsi la sortie des spermatozoïdes, et est généralement considérée comme une solution permanente pour la contraception masculine. En contraste, la méthode thermique, qui utilise la chaleur pour réduire temporairement la production de spermatozoïdes, a démontré une certaine efficacité. Cependant, cette technique n’en est qu’à ses premières étapes de développement, et les dispositifs utilisés restent encore peu nombreux et peu répandus sur le marché. La recherche continue d’explorer diverses options, mais la majorité d’entre elles ne sont pas encore disponibles pour l’utilisation courante, ce qui limite actuellement les choix masculins en matière de contrôle réversible de la fertilité.

Une innovation française : le stérilet pour homme en phase de conception

Une jeune société française du nom de STEOM s’est engagée dans un projet innovant visant à modifier la donne en matière de contraception masculine. Son objectif est d’offrir une alternative qui rééquilibre la responsabilité contraceptive entre femmes et hommes. La startup a développé un stérilet pour homme, un dispositif implantable qui ne recourt pas aux hormones. Selon Jessica Schiro, chargée de mission recherche au sein du Centre d’innovation en conception médicale (CIC-IT), rattaché à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) basé au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Lille, cette solution constitue une avancée notable. Elle peut être insérée en seulement 15 minutes lors d’une consultation, ce qui représente une procédure simple et rapide.

Une procédure minimaliste et peu invasive

Selon l’andrologue Julie Prasivoravong, l’intervention s’effectue en ambulatoire, c’est-à-dire en une seule séance sans hospitalisation prolongée. La technique consiste en une petite incision d’un centimètre, réalisée au niveau du scrotum sous anesthésie locale. La procédure ne nécessite pas de points de suture ni de pansements, car la plaie se referme spontanément. Elle est également peu douloureuse, comparable à la pose d’un implant chez la femme. Tout a été pensé pour que la démarche soit la moins gênante possible pour l’utilisateur, visant à réduire la peur ou la réticence souvent associées à ce type d’intervention.

Une efficacité comparable à celle de la vasectomie, mais réversible

Le principe du stérilet développé par STEOM repose sur la dérivation du flux des spermatozoïdes au niveau des canaux déférents. Au lieu de leur passage normal, les spermatozoïdes sont redirigés vers le scrotum, où ils sont dégradés naturellement par le corps. La promesse faite par la société est une efficacité comparable à celle d’une vasectomie, avec une durée de protection pouvant atteindre trois années, tout en maintenant une totale capacité de réversibilité. Contrairement à la vasectomie, qui est souvent considérée comme une méthode définitive, ce nouveau dispositif doit permettre aux hommes de retrouver leur fertilité après un retrait, ce qui pourrait encourager un plus grand nombre à l’adopter sans crainte d’une impossibilité future de procréer.

Une forte demande et un potentiel d’expansion

La demande pour ce type de solution est significative. Selon des données de l’étude Epi-phares, le taux de vasectomie en France a considérablement augmenté, passant de 9,8 interventions pour 100 000 hommes âgés de 20 à 70 ans en 2010 à près de 150 pour 100 000 en 2022. La possibilité d’une technique réversible, comme celle proposée par STEOM, pourrait inciter encore davantage d’hommes à faire le pas en matière de contraception permanente. Par ailleurs, le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) en France continue à augmenter, selon les statistiques publiées par la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), avec plus de 251 000 avortements recensés en 2024, chiffres en hausse par rapport à l’année précédente. Julie Prasivoravong précise que la priorité de son équipe est de concevoir une solution simple, non hormonale, et accessible à tous, afin de démocratiser l’accès à la contraception masculine.

Perspectives futures et calendrier prévu

Les chercheurs et l’entreprise STEOM ont pour ambition de réaliser la première implantation chez l’homme dans le cadre d’une étude clinique avant d’envisager une commercialisation à grande échelle. Leur objectif est de commencer ces essais avant 2030, avec la perspective de lancer le produit sur le marché autour de 2033. Ce calendrier reste ambitieux, mais la technologie semble prometteuse, ouvrant la voie à une nouvelle génération de contraceptifs masculins réversibles et simple à utiliser.

Sources : France 3 Hauts-de-France, Le Point, Groupe Apicil, Epi-Phares, Drees

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.