Un livre unique signé Salvador Dali volé dans un musée d’Issoire, dans le Puy-de-Dôme

Sophie Lambert

Un ouvrage dont la couverture a été conçue par le célèbre peintre surréaliste Salvador Dali a été dérobé dans une collection privée située à Issoire, dans le département du Puy-de-Dôme. La nuit de dimanche à lundi, ce vol a été découvert par les responsables du musée, et l’information a rapidement été relayée par le parquet de Clermont-Ferrand. Selon leurs déclarations, il s’agit du « Livre de l’Apocalypse », une pièce d’une grande valeur artistique et patrimoniale, qui a été enlevée dans l’enceinte du Centre d’art contemporain d’Issoire. La justice a précisé dans un bref communiqué que cette œuvre est « une pièce exceptionnelle et unique », soulignant la rareté et la singularité de cet ouvrage.

Origine et description de l’œuvre

L’histoire de cet ouvrage remonte à 1958, lorsqu’un éditeur d’art nommé Joseph Forêt en fut l’initiateur. Inspiré par le texte religieux de saint Jean, ce livre a été illustré sur d’immenses parchemins par quatorze des plus grands artistes et écrivains du XXe siècle, parmi lesquels Jean Cocteau, Bernard Buffet ou encore Jean Giono. La couverture, sculptée en bronze par Salvador Dali, est ornée de dorures, de pierres précieuses et de coquillages, faisant de cette pièce un véritable bijou artistique. Son poids seul témoigne de sa magnitude : la couverture en bronze pèse environ 150 kilogrammes, tandis que le livre dans son ensemble atteint 210 kilogrammes.

Une œuvre de créateurs célèbres et de grande valeur

Ce chef-d’œuvre a été exposé un nombre considérable de fois à travers le monde : près de 150 expositions entre 1961 et 1972. Après cette période, l’ouvrage est resté invisible pendant un certain temps, ayant été entreposé en Suisse, puis ayant changé de main lors d’une vente à des acheteurs japonais. Ces derniers, dans leur intention de mettre en vente la pièce aux enchères, ont vu leur projet interrompu lorsque l’œuvre a été finalement acquise en 2003 par un particulier d’Issoire, Christian Karoutzos, qui dirige une société de restauration d’œuvres d’art. Le montant de l’achat n’a pas été officiellement divulgué, mais le propriétaire a indiqué qu’à l’origine, le livre avait été estimé à deux millions de francs (environ 305 000 euros à l’époque), ce qui en faisait à cette période le livre le plus cher au monde.

Le contexte du vol et la réaction de la mairie

Le vol de cette pièce rare a profondément choqué la communauté locale et les spécialistes de l’art. Le maire d’Issoire, Bertrand Barraud, a confié que l’ouvrage devait être exposé dans le centre d’art jusqu’à l’automne, et que la ville avait récemment organisé plusieurs interviews avec son propriétaire pour évoquer cet événement exceptionnel. Selon lui, cet ouvrage appartient à un collectionneur privé qui possédait également un petit musée d’art contemporain, où d’autres œuvres moins précieuses étaient aussi présentes. La perte est considérée comme « inestimable » et « un véritable tremblement dans le cœur de l’art », a précisé le maire, ajoutant que le propriétaire était « profondément abattu » par cette disparition et évoquant même le fait que cette œuvre représente « l’héritage de la France ». Il a également indiqué qu’il ignore si le vol a été effectué par effraction. La gravité de l’incident souligne la vulnérabilité des œuvres d’art de cette envergure face aux actes criminels.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.