L’extrême droite décroche une place importante au sein de la chambre haute : le Rassemblement National, en partenariat avec l’Union des Démocrates et Indépendants (UDR) de Eric Ciotti, a récolté entre douze et quinze sièges lors de ce scrutin. Cette victoire leur permettra de constituer un groupe parlementaire au Sénat, un enjeu central de ces élections sénatoriales qui se sont déroulées le 27 septembre, en renouvelant la moitié des membres du Sénat. Sur les 348 sénateurs, 178 ont été élus ou réélus dans 63 départements, marquant une étape essentielle dans cette élection.
Le succès de cette campagne s’est confirmé avant même que l’ensemble des résultats ne soient officiellement consolidés, grâce à un message diffusé sur les réseaux sociaux par Jordan Bardella, le vice-président du RN. Ce dernier a déclaré : « Pour la première fois dans l’histoire de notre pays, le Rassemblement National va former, avec ses partenaires de l’UDR dirigée par Eric Ciotti, un groupe au Sénat. » Il a ajouté que cette nouvelle configuration permettrait au groupe de représenter notamment les territoires souvent laissés de côté, la ruralité, ainsi que les maires qui, trop fréquemment, se sentent éloignés des décisions majeures prises à Paris.
Une victoire historique pour Marine Le Pen
Marine Le Pen a également souligné l’importance de cette victoire sur ses réseaux sociaux, en qualifiant cette étape de « victoire historique » qui marque une avancée significative pour son parti. Elle insiste sur le fait que, au-delà de la symbolique de siéger au Sénat — un lieu qui a longtemps résisté à l’influence de l’extrême droite —, cette percée témoigne d’un recul de plus en plus marqué pour la majorité des grands partis traditionnels, ainsi que d’une montée générale du Rassemblement National. Les principaux résultats ont été enregistrés dans le Sud de la France, notamment dans des départements comme le Vaucluse, le Gard, la Gironde, le Var, l’Hérault, les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, ainsi que dans l’inattendue Seine-Maritime. Ces régions ont vu le RN faire élire plusieurs sénateurs, renforçant leur implantation dans ces zones.
Dans cette optique, Sébastien Chenu, député et porte-parole du RN, a évoqué lors d’un discours dans la grande salle des conférences du Sénat, que cette accession représente « un véritable coup d’accélérateur » pour la présidentielle de 2027. Il a souligné que le score du RN dans certains départements qui lui avaient été autrefois défavorables — notamment en zone rurale — témoigne d’un changement de dynamique. Par exemple, en Haute-Saône, le candidat du RN avait obtenu 17 voix en 2020, contre 153 cette année, montrant une multiplication par près de dix de leur succès dans ce département. Détaillant davantage, Chenu déclarait : « Nous voyons parfois nos résultats multipliés par cinq. » La députée Gironde, Edwige Diaz, qui a obtenu une large majorité dans son département, devrait présider le nouveau groupe parlementaire du RN.
Ce futur groupe, combinant les forces du RN et de l’UDR, n’a pas vocation à transformer radicalement l’équilibre politique de la chambre haute, qui demeurera majoritairement à droite sous la présidence de Gérard Larcher. La formation Les Républicains devrait perdre quelques sièges, mais pas à la hauteur des prévisions initiales, précise Mathieu Darnaud, réélu à la tête du groupe LR dans la Drôme. Darnaud a également insisté sur le fait qu’il n’existe aucune porosité entre son groupe et le RN, tout en étant conscient que cette arrivée de nouveaux sénateurs — élus par des élus locaux — est une réponse indirecte à l’appétit grandissant des électeurs de droite pour l’extrême.
Une représentation pour la France insoumise
Dans une autre partie de l’échiquier politique, la France insoumise réalise également une percée, avec Gabriel Amard qui quitte son mandat de député du Rhône pour entrer au Sénat, occupant ainsi un siège à la chambre haute. Cela marque l’entrée de la formation dans cette institution, traditionnellement moins accessible à leurs représentants.
Les sénateurs, qu’ils soient nouvellement élus ou réélus, disposent désormais d’une semaine pour décider du groupe auquel ils souhaitent appartenir. La composition de ces groupes pourrait réserver son lot de surprises, car plusieurs candidats ont été élus sous des étiquettes « divers droite » ou « divers centre ». Les groupes PS et LR pourraient voir leur nombre de sièges diminuer, et il se pourrait que le groupe socialiste perde son rang de deuxième force au sein du Sénat. Enfin, le groupe macroniste, autrefois soutenu par François Patriat avant sa disparition en août, pourrait également être affecté par cette recomposition politique. Tout indique que la prochaine configuration parlementaire sera sensible à l’évolution de la majorité présidentielle, notamment à sept mois de la fin du mandat d’Emmanuel Macron.






