Témoignage : ils ont donné à leur fille le nom de famille de sa mère pour la faire perdurer

Sophie Lambert

Une nouveauté de taille dans la transmission du nom de famille en France

Gaspard et Mathilde, tous deux âgés d’une trentaine d’années et jeunes parents, ont opté pour une décision plutôt inhabituelle au moment de la naissance de leur petite Mona, survenue en mars dernier : ils ont choisi de lui transmettre uniquement le nom de famille de sa mère. Cette option, peu courante dans le contexte français, place Mona parmi les 7 % de nourrissons qui portent exclusivement le patronyme maternel, selon une étude publiée par l’Insee au milieu de l’année. Leur choix revêt une particularité d’autant plus marquante qu’il intervient dans un contexte où, chez les couples hétérosexuels, la majorité des bébés n’ayant qu’un seul nom de famille ne portent en réalité que celui de leur mère que dans des cas spécifiques — principalement ceux où la filiation n’a été reconnue qu’au travers de la mère ou lorsque la famille est composée de deux femmes. En revanche, parmi les enfants reconnus à la fois par leur père et leur mère, la proportion d’enfants n’ayant que le nom de la mère ne dépasse pas 0,9 %.

Un choix dicté par la volonté d’éviter les confusions

Derrière cette décision originale se cache une démarche propre à Gaspard, explique le couple. « Mon nom de famille est Nicolas ; depuis toujours, on a cru que mon prénom était Nicolas. Pour Mona, cela ne posait pas trop de problème, mais je me suis dit que si nous avions un fils un jour, je ne voulais pas qu’il vive la même confusion, car cela devient rapidement fatigant », raconte le nouveau père. Face à cette réflexion, Gaspard et Mathilde ont envisagé l’idée d’attribuer à leur enfant leurs deux noms de famille. « Je trouvais cela un peu trop long, » confie le père, ce qui a influencé leur décision.

Les préférences et hésitations de Mathilde concernant le nom de famille de Mona

Mathilde aurait préféré que sa fille porte le nom de famille de son conjoint, ou qu’elle hérite des deux noms accolés de ses parents. « Malgré le mariage, j’ai conservé mon nom, et j’avais l’impression qu’à travers cette situation, il n’y avait aucun lien officiel entre nous. Je voulais que Mona ait aussi un lien avec Gaspard, que ce soit une manière de le relier davantage à notre famille », explique la maman. Elle ajoute que transmettre son propre nom à Mona représente aussi une façon de préserver cet héritage. « Mon frère n’est pas certain d’avoir des enfants un jour, alors que Gaspard a des frères avec des enfants, et ses neveux portent déjà le nom Nicolas », précise-t-elle.

Le regard de la famille face à cette décision

Le choix de Gaspard et Mathilde n’a suscité que peu de réactions de la part de leur entourage : amis, collègues, famille… pour eux, cela ne représentait pas un sujet de débat majeur. « En somme, la plupart des gens n’en ont que faire », résume le père. Toutefois, l’avis de son propre père n’a pas été aussi neutre : « La dernière personne à qui j’ai annoncé cette décision, c’était mon père. Il m’a fait une sorte de sermontant, en affirmant que j’avais honte de mon nom, qu’on ne modifiait pas des traditions qui durent depuis des siècles », témoigne Gaspard. Ce fut une nouvelle difficulté, car son père pensait que son nom n’était pas « authentique » ou « légitime » dans cette nouvelle configuration familiale.

Un contexte traditionnel encore très présent en France

Malgré l’évolution des lois et des mentalités, la tradition de transmission du nom de famille en France reste très attachée à des usages anciens. Plus de 20 ans après l’introduction de dispositifs législatifs permettant de donner à l’enfant le nom de l’un ou l’autre parent ou une combinaison des deux, la majorité des nouveau-nés portent encore le nom de leur père : en 2025, sur 644 000 naissances, environ 78 % des bébés ont reçu uniquement le patronyme paternel, alors que 15 % ont hérité des noms des deux parents. Cette forte majorité témoigne de la persistance d’une tradition largement en vigueur dans la société française, malgré la possibilité légale de choisir autrement.

Il semble donc que, même si des options existent, la transmission du nom familial en France reste fortement soumise à des habitudes traditionnelles, souvent difficiles à bouleverser face aux résistances familiales ou sociales.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.