Se faire craquer les doigts, est-ce dangereux pour vos articulations ou non ?

Sophie Lambert

Les mystères du craquement des doigts : un phénomène sans danger ?

Pour beaucoup, étirer ses doigts jusqu’à faire craquer les jointures est une habitude courante, voire compulsive. Certains y voient simplement une manie sans importance, mais cette pratique soulève parfois des questions quant aux risques potentiels qu’elle pourrait comporter pour notre santé. Avant d’en tirer une conclusion, il est intéressant de se demander ce qui se passe réellement dans nos articulations lors de cette opération. Pourquoi entend-on ce bruit caractéristique ? Est-ce dangereux ou on-line simplement un phénomène passager et sans conséquence ? Ces interrogations ont conduit de nombreux chercheurs à essayer de percer le véritable secret de ce craquement.

Ce qui se produit dans nos doigts lorsque ceux-ci claquent

L’explication généralement acceptée jusqu’à présent évoquait l’idée d’une explosion interne dans l’articulation. Le concept consiste en ce que – lorsqu’on tire ou étire un doigt – il y ait une augmentation du volume dans l’espace articulaire. Cette expansion entraîne la formation d’une bulle de gaz, principalement composée de dioxyde de carbone, enfermée dans le liquide synovial. Lorsque cette bulle devient trop grosse ou instable, elle éclate soudainement, produisant alors un bruit sec : le fameux « CRAC ». Pour mieux visualiser, pensez à un ballon qui se gonfle puis se déchire lorsque la pression devient trop importante. C’est cette théorie de l’explosion de la bulle qui a longtemps été avancée pour expliquer le bruit.

Cependant, une autre version des faits a été proposée par des scientifiques, soutenue par des images d’IRM. Selon ces spécialistes, le craquement ne résulterait pas d’une explosion, mais plutôt de la formation d’une cavité dans le liquide synovial au moment où la tension exercée sur l’articulation augmente. En donnant un aperçu précis de l’intérieur, ces observations montrent que, dans le cas du craquement, la cavité apparaît immédiatement après le bruit, mais persiste dans les images, ce qui laisse entendre que ce phénomène provient plutôt d’une création de cavité que de sa rupture soudaine. Autrement dit, le bruit audible serait dû à la formation d’un espace vide au sein de l’articulation, plutôt qu’à une explosion soudaine comme on le pensait auparavant.

Faut-il craindre une usure ou une dégradation des articulations ?

Contre toute attente, faire craquer ses jointures ne serait pas forcément nocif. Bien que certains cas exceptionnels de blessures tendineuses ou de douleurs après un craquement très vigoureux aient été décrits dans la littérature médicale, ils restent rares et ne concernent pas la majorité des pratiquants. La majorité des preuves disponibles tendent à démontrer que cette habitude n’engendre pas de processus dégénératif des articulations.

Pour appuyer cette affirmation, un médecin californien a mené ce qu’on pourrait qualifier d’auto-examen sur le long terme. Pendant près de soixante ans, il a systématiquement fait craquer ses doigts de la main gauche, sans observer la moindre différence notable sur ses radiographies par rapport à la main droite. Par la suite, en 2011, une étude plus étendue, portant sur des personnes âgées entre 50 et 89 ans, est arrivée à la même conclusion : le craquement n’apportait pas de preuve d’usure ou de détérioration articulaire.

De plus, aucune preuve scientifique n’a confirmé que cette pratique favorise la dégénérescence du cartilage ou entraîne une usure prématurée des articulations. En résumé, si cela peut agacer certains, faire craquer ses doigts n’est, selon les données actuelles, pas une habitude qui met en péril la santé articulaire. Bien que le bruit puisse être désagréable ou douteux, il semble en réalité dénué de toute dangerosité, et donc sans conséquence pour la structure des articulations.

Sources et recommandations

Les études concernant ce phénomène ont été menées notamment par le Centre de chirurgie de la main et du poignet La Colline à Genève, ainsi que par la Harvard Medical School. Ces institutions ont contribué à faire avancer la compréhension scientifique autour de cette habitude répandue en permettant de distinguer les mythes des réalités.

En résumé, faire craquer ses doigts n’est pas une pratique à éviter par peur d’un déchaînement dégénératif ou d’une usure prématurée des articulations. Les preuves cliniques disponibles ne supportent pas cette idée, et il apparaît que le réflexe de craquer ses doigts, même répété quotidiennement, ne présente pas de danger significatif pour la santé articulaire.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.