L’émergence du terme « brain rot » comme mot de l’année 2024 selon l’Université d’Oxford
L’expression « brain rot » a été désignée comme le mot emblématique de l’année 2024 par les experts en linguistique de l’Université d’Oxford. Ce choix s’inscrit dans une démarche visant à identifier les mots ou expressions qui ont le plus reflété l’état d’esprit collectif ainsi que les conversations marquantes ayant façonné l’année écoulée. En sélectionnant ce terme, les spécialistes cherchent à capturer une tendance majeure dans la manière dont la société perçoit et traite ses préoccupations liées à la santé mentale et à l’impact de la consommation de contenus numériques.
Ce « brain rot », concept littéralement traduit par « pourrissement cérébral », désigne une détérioration supposée de l’état mental ou intellectuel d’un individu. Cette notion est souvent associée à une consommation excessive de contenus considérés comme insignifiants ou peu stimulants, en particulier dans l’univers numérique. Les experts soulignent que cette tendance a connu une forte croissance, avec une augmentation estimée à près de 230 % entre les années 2023 et 2024. Ce phénomène soulève ainsi de nombreuses interrogations quant à sa portée et ses effets à long terme.
Une définition précise du « brain rot » et ses sources de contenu
Pour clarifier cette expression, les spécialistes expliquent que le « brain rot » concerne la dégradation de la capacité mentale d’une personne, souvent attribuée à une consommation démesurée de vidéos, de mèmes ou autres contenus en ligne qui ne présentent guère de valeur éducative ou intellectuelle. Parmi les exemples cités, figurent notamment la série virale Skibidi Toilet de l’artiste Alexey Gerasimov, mettant en scène des toilettes capables d’adopter des comportements humains, ou encore ces mèmes populaires autour de l’expression « only in Ohio », qui évoquent de manière humoristique ou absurde des événements étranges survenus dans cet État américain. La présence de telles formes de divertissement léger, souvent consultées sur des réseaux sociaux bien connus, illustre à quel point la consommation numérique peut être déconnectée de contenus enrichissants ou stimulants.
Quels contenus sont considérés comme « insignifiants » par les experts ?
Les linguistes de l’université d’Oxford précisent que ces contenus « insignifiants ou peu stimulants » regroupent des vidéos virales, des mèmes ou autres formes de divertissement immédiat, qui se répandent rapidement en ligne sans véritable enjeu pédagogique ou intellectuel. La série Skibidi Toilet en est un exemple, tout comme la prolifération de mèmes utilisant la formule « only in Ohio ». Ces exemples illustrent une tendance à privilégier la légèreté ou l’absurde, au détriment d’un contenu qui pourrait stimuler la réflexion ou la concentration.
Les impacts potentiels du « brain rot » sur la santé mentale et cognitive
Le phénomène du « brain rot » n’est pas qu’une simple tendance linguistique ; il fait l’objet d’un intérêt croissant de la part de la communauté scientifique. Un chercheur turc, Mustafa Gül, issus de l’Université Kahramanmaraş Sütçü İmam, évoque en 2025 que cette détérioration mentale pourrait se manifester par plusieurs symptômes, notamment une forte tendance à passer des heures devant un écran, une anxiété accrue lors de l’absence d’appareils mobiles comme smartphones ou tablettes, ainsi qu’une capacité diminuée à se concentrer sur des activités qui demandaient auparavant une attention soutenue. Il envisagé que cette exposition constante à des contenus peu profondes puisse aussi réduire la capacité à s’engager dans des lectures ou des travaux plus longs et exigeants mentalement.
Les risques pour la santé cognitive liés au « brain rot »
Les experts insistent sur les risques que cette tendance pourrait engendrer, particulièrement chez les adolescents et les jeunes adultes. Parmi ceux-ci, une modification du développement du cerveau est évoquée, pouvant entraîner à terme une baisse des capacités intellectuelles et une altération des fonctions cognitives. Le « brain rot » pourrait également favoriser l’émergence ou l’aggravation de troubles cognitifs, comportementaux ou émotionnels. La consommation excessive de contenus rapides et peu exigeants pourrait ainsi contribuer à une diminution de l’estime de soi, notamment chez les jeunes, souvent préoccupés par leur image et leur rapport aux écrans.
Par ailleurs, cette dynamique pourrait augmenter la fréquence et la gravité de troubles liés à la santé mentale, ainsi que les comportements addictifs. La diminution du temps réservé à des activités éducatives ou à la lecture pourrait ralentir le processus d’apprentissage, tout en altérant la concentration et en favorisant la perte de mémoire. Un tel ralentissement pourrait également accélérer le déclin cognitif prématuré, mettant en péril la santé mentale à long terme.
Comment peut-on contrer cette tendance ?
Face à ces enjeux préoccupants, nos experts proposent plusieurs stratégies pour limiter la propagation du « brain rot ». Mustafa Gül recommande notamment de renforcer la régulation de l’utilisation des appareils numériques, surtout dans le cadre scolaire. Il suggère que les écoles mettent en place des restrictions horaires pour l’usage des téléphones et autres appareils lors de certains cours ou pour l’ensemble de la journée, afin de réduire la distraction numérique et d’encourager une attention plus longue et soutenue.
De plus, le chercheur insiste sur l’intérêt d’encourager l’usage d’applications qui permettent de surveiller le temps d’écran quotidien. Ces outils, envisagés comme un moyen de sensibilisation, pourraient aider chacun à prendre conscience de ses habitudes et à mieux gérer son temps devant les écrans. L’objectif ultime serait de susciter une prise de conscience collective et individuelle, afin de préserver la santé mentale et cognitive face à la montée de contenus de faible qualité et de formats rapides qui tendent à dominer notre consommation numérique.
En résumé, la lutte contre le « brain rot » requiert une approche consciente et structurée, visant à équilibrer l’utilisation des médias numériques, sans pour autant renier leurs bénéfices. Il s’agit d’établir un dialogue entre technologie et santé mentale, pour préserver la capacité de réflexion et d’apprentissage de chacun dans un monde de plus en plus connecté.






