La grippe en avance : une saison inquiétante dès l’automne
Dans plusieurs pays situés dans l’hémisphère Nord, la saison grippale semble débuter bien plus tôt que d’habitude. Des signs de cette avancée saisonnière sont observés au Royaume-Uni ainsi qu’aux États-Unis, le long de la côte ouest, où la proportion de tests diagnostiques positifs pour la grippe est déjà anormalement haute pour cette période de l’année. Au Japon également, la situation est préoccupante, puisqu’au cours du mois d’août et début septembre, plusieurs foyers de grippe ont été recensés, ce qui a nécessité la fermeture temporaire de plusieurs établissements scolaires, selon un article publié par la revue Nature le 6 octobre dernier.
Le virus de la grippe responsable de la majorité des cas observés aux États-Unis pour cette saison est le sous-type H1N1. Contrairement à l’année précédente où le H3N2 dominait la circulation virale, cette fois, c’est bien le H1N1 qui prédomine. Les analyses de séquençage effectuées sur ces premières échantillons révèlent la présence d’une mutation qui inquiète particulièrement les virologues : il s’agit de la mutation G155E.
Selon des experts de l’Université de Washington à Seattle, la mutation G155E a été identifiée dans 13 des 17 échantillons de virus H1N1 prélevés chez des patients. Cette détection soulève une question essentielle pour la santé publique : dans quelle mesure cette nouvelle variation du virus peut-elle échapper à la réponse immunitaire déjà développée par la population ? Les chercheurs du Fred Hutchinson Cancer Center, également basé à Seattle, ont étudié l’efficacité des anticorps présents dans des échantillons sanguins provenant de 260 personnes, tant en Australie qu’aux États-Unis. Ils ont évalué la capacité de ces anticorps à reconnaître et à neutraliser 148 souches différentes de virus de la grippe A, circulant jusqu’à mi-2026. Selon leurs conclusions, certaines souches contenant la mutation G155E présentent une reconnaissance par ces anticorps généralement affaibie, ce qui pourrait réduire l’efficacité des réponses immunitaires préexistantes. Notamment, les sérums de jeunes adultes et d’adolescents se montraient particulièrement peu performants pour identifier ces variants, un phénomène qui pourrait être lié à un manque d’exposition préalable à des virus H1N1 présentant des caractéristiques similaires.
Face à cette mutation préoccupante, il est important de rappeler que ces résultats sont issus d’un nombre limité d’échantillons et ne permettent pas encore de prévoir avec certitude l’évolution globale de la saison grippale. Comme le soulignent les spécialistes, un début précoce de la circulation virale ne signifie pas nécessairement que la saison sera plus virulente ou plus sévère que d’habitude, souligne James Hay, épidémiologiste à l’Université d’Oxford. La vigilance reste donc de mise, mais cela n’annule pas l’intérêt de la vaccination antigrippale. La prévention par le vaccin demeure un moyen crucial pour réduire le risque d’infection, atténuer la gravité des symptômes, et limiter les complications et les taux d’hospitalisation, même en presence de nouvelles mutations du virus.
Dans le contexte actuel, la désignation de cette saison comme étant potentiellement précoce justifie une vaccination plus rapide. Comparison à la normale, Caitlin Rivers, une épidémiologiste américaine, indique que traditionnellement, elle attendait la mi-octobre ou la fin octobre pour se faire vacciner, afin d’être protégée lors du pic saisonnier en décembre ou janvier. Cependant, avec ces nouvelles inquiétudes liées à l’émergence d’un virus mutant, elle envisage désormais de se faire vacciner dès que possible, afin de maximiser sa protection.
En France aussi, ces nouvelles données ne doivent pas décourager la vaccination. Même si la correspondance entre le vaccin et le virus en circulation n’est pas toujours parfaite, l’administration du vaccin permet d’atténuer la gravité de l’infection, de réduire le risque de complications, et de diminuer le nombre d’hospitalisations. La campagne de vaccination saisonnière débutera dans l’Hexagone à partir du 13 octobre 2026, et sera particulièrement recommandée pour les populations vulnérables telles que les personnes âgées de plus de 65 ans, les femmes enceintes, celles atteintes de maladies chroniques ou immunodéprimées, ainsi que les personnes en contact rapproché avec des individus fragilisés. Il est important de rappeler qu’un délai d’environ deux semaines est nécessaire pour que la vaccination confère une protection optimale. Par conséquent, se faire vacciner dès l’ouverture de la campagne peut s’avérer stratégique pour faire face à une saison qui pourrait débuter plus tôt que prévu.






