Près d’un Français sur deux victime de racisme, loin d’être marginal

Sophie Lambert

Plus de la moitié de la population française, soit 52 %, qui ont été confrontées à des discriminations fondées sur leur race ou leur religion, ont recours à une méthode d’évitement pour faire face à ces situations potentiellement dangereuses, selon un sondage réalisé par l’Ifop pour la Licra, dont les résultats ont été dévoilés ce jeudi. Concrètement, 39 % des personnes interrogées évitent certains quartiers ou zones qu’elles jugent à risque, 19 % prennent soin de ne pas afficher une apparence pouvant trahir leurs origines, et 19 % préfèrent dissimuler leurs origines lorsqu’elles utilisent Internet ou les réseaux sociaux. Cette attitude d’évitement concerne une grande majorité de la communauté juive, 81 %, suivi par 58 % de musulmans et 54 % de catholiques, d’après cette étude. Par ailleurs, les personnes perçues par autrui comme étant « arabes » ou « noires » montrent également cette tendance à se protéger, avec respectivement 61 % et 53 % d’entre elles optant pour des comportements d’éloignement ou de camouflage.

Les victimes d’actes racistes ou discriminatoires envisagent parfois de quitter la France

Ce sondage met en lumière que 22 % des personnes ayant été victimes de discriminations ou d’agressions envisagent la possibilité de quitter le pays, avec une proportion plus importante parmi les juifs, à hauteur de 55 %, et chez les musulmans, à 46 %. Au total, 46 % des Français ont déclaré qu’au moins une fois dans leur vie, ils avaient été confrontés à des agressions ou discriminations de nature raciste ou religieuse. Cette statistique est particulièrement élevée chez les juifs, avec 80 %, et chez les musulmans, avec 79 %. Les personnes perçues comme « noires » ou « arabes » rapportent également une fréquence élevée d’expériences similaires, avec 80 % ayant subi des agressions ou discriminations tout au long de leur existence.

Une tendance à la hausse des délits et crimes racistes en 2025

L’Ifop souligne, dans cette étude, que même si la société française ne peut pas être qualifiée de systématiquement raciste, il apparaît clairement que le racisme n’est pas un phénomène marginal ou superficiel. La taille de l’échantillon utilisé confère à ces résultats une grande crédibilité. En ce qui concerne la périodicité, près d’un quart (24 %) des participants ont vécu des situations racistes ou discriminatoires au cours des cinq dernières années, et 15 % durant la dernière année. Les formes de discrimination rapportées sont variées : 25 % ont subi des moqueries ou des commentaires désobligeants, 24 % ont été insultés ou injuriés, 14 % ont reçu des menaces, et 9 % ont été victimes d’actes de violence physique.

Une augmentation continue des infractions racistes signalées

Selon un rapport officiel publié en mars par le ministère de l’Intérieur, en 2025, les forces de police et de gendarmerie ont enregistré plus de 9 700 infractions à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, ce qui correspond à une hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. Sur une période de dix ans, de 2016 à 2025, ces actes ont augmenté en moyenne de 7 % chaque année, illustrant une tendance à la fois préoccupante et persistante.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.