Peut-on encore vendre une voiture diesel d’occasion en 2023 ?

Sophie Lambert

Le prix du carburant influence-t-il la valeur des véhicules diesel ?

Le coût du litre de gazole ayant atteint désormais 2,40 euros, conduire un véhicule diesel s’avère être un choix plus coûteux qu’auparavant pour ce mois. Dans ce contexte, bon nombre de consommateurs évaluent à nouveau leurs critères lorsqu’ils cherchent à acheter une voiture d’occasion. La tendance actuelle montre que les véhicules diesel mettent plus de temps à se vendre et que le prix moyen de ces véhicules subit une pression à la baisse. Cela soulève une question essentielle : le moteur diesel est-il en train de devenir obsolète ? La situation actuelle amène à s’interroger sur l’avenir de cette motorisation dans le marché automobile.

Une réaction conjoncturelle à la hausse du prix du carburant, selon la société Indicata

D’après l’analyse effectuée par Indicata, une société spécialisée dans l’évaluation du marché automobile, la hausse du prix à la pompe exerce une influence immédiate sur les décisions des acheteurs. Cependant, cette réaction n’indique pas un changement durable dans leurs besoins ou préférences. Yoann Taitz, responsable régional des prévisions et expert en marché chez Indicata, explique que la pression exercée sur le marché est principalement conjoncturelle et que ses effets diffèrent selon l’âge, la segment de véhicule, ou encore le prix de vente du véhicule concerné. En somme, les variations de prix à la pompe ne modifient pas fondamentalement la demande à long terme, mais impacts immédiats et ponctuels.

Les acheteurs réagissent fortement aux fluctuations du prix du carburant

Les chiffres fournis par Indicata illustrent clairement cette sensibilité : en juin, lorsque le prix de l’essence et du gazole a repassé la barre des 2 euros par litre, les ventes de véhicules d’occasion ont enregistré un rebond notable avec une augmentation respective de 21% et 29% par rapport au mois précédent. Selon Yoann Taitz, cette tendance indique que le franchissement du seuil des deux euros par litre redonne un souffle aux acheteurs. À l’inverse, lorsque le prix du gazole dépasse sensiblement celui de l’essence, le marché du diesel endure une pénalisation accrue. Cela confirme la forte réactivité des consommateurs face aux variations du prix du carburant, renforçant ainsi l’idée que cette évolution est principalement conjoncturelle.

Une dégradation du délai de vente des véhicules diesel

Ce phénomène se traduit également par l’évolution du « Market Days Supply » (MDS), un indicateur qui mesure le nombre de jours nécessaires pour écouler tout le stock de véhicules au rythme actuel des ventes. Depuis le début de l’année, ce délai pour les voitures diesel est passé de 71 à 88 jours, ce qui signifie qu’il faut désormais en moyenne 17 jours de plus pour qu’un véhicule diesel trouve preneur. Pour comparaison, le MDS des voitures à essence, s’élevant initialement à 80 jours, n’a augmenté que légèrement pour atteindre 83 jours. La situation est donc plus critique pour le diesel, dont la demande semble fléchir plus rapidement. Une telle tendance traduit une contraction de l’offre sur un marché où la disponibilité des véhicules diesel d’occasion se trouve fragilisée.

Une offre en baisse face à une demande qui persiste

Cette diminution de l’offre résulte d’un changement profond dans le secteur de l’approvisionnement. En effet, la baisse constatée des immatriculations de voitures neuves diesel au cours des dernières années réduit progressivement le volume de véhicules susceptibles d’être vendus en occasion. Si aucune nouvelle génération de voitures diesel n’est achetée neuve, il deviendra difficile de retrouver ces véhicules sur le marché après quelques années. La raréfaction de l’offre, combinée à une demande toujours présente, surtout pour des usages quotidiens, maintient en grande partie un certain maintien des prix. Yoann Taitz explique que malgré la contraction récente de l’offre, la demande pour le diesel ne disparaît pas immédiatement, ce qui limite l’ampleur de la baisse des prix à court terme.

Les prix du diesel restent stables ou peu impactés

Depuis le début de l’année, l’indice de prix des véhicules diesel n’a reculé que de 2,54 %, alors que celui des voitures essence a connu une baisse plus marquée, de 1,50 %. Par ailleurs, pour plusieurs segments étudiés, les tarifs moyens des diesels d’environ 36 mois et ayant parcouru en moyenne 45 000 kilomètres sont restés proches, voire supérieurs, aux prix constatés en janvier dernier. Bien que ces prix soient influencés par la composition des offres, ils ne traduisent pas un effondrement total du marché, nuance Indicata. La stabilité relative des prix reflète une certaine résistance face à la chute généralisée des valeurs, malgré la contraction de l’offre.

La montée des véhicules électriques, un effet indirect du renchérissement des carburants

L’un des grands gagnants de la hausse du coût des carburants est sans doute le marché des véhicules électriques. Depuis le début de l’année, leurs prix d’occasion ont progressé en moyenne de 6,77 %. Toutefois, certains indicateurs montrent qu’il ne faut pas crier victoire trop vite. La facilité avec laquelle un véhicule électrique peut être revendu ne semble pas avoir drastiquement augmenté : le délai moyen de vente a quasiment doublé, passant de 42 jours en avril à 76 jours actuellement. De plus, pour les modèles récents, les vendeurs sont désormais parfois contraints de baisser leurs prix afin de conclure une vente rapidement. Ces éléments indiquent que, malgré une augmentation du prix, le marché de l’occasion électrique reste encore fragile et soumis à des ajustements.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.