Patrick Pessaux, médecin à Strasbourg, appelle à revoir notre système de santé en Alsace

Sophie Lambert

Un médecin engagé pour une transformation écologique du système de santé

Le professeur Patrick Pessaux, spécialiste en chirurgie viscérale et digestive au Nouvel hôpital civil de Strasbourg, s’est récemment illustré par une œuvre qui reflète une facette profonde de son engagement professionnel et personnel. En plus d’être co-créateur du diplôme universitaire consacré à la médecine de catastrophe, qu’il a contribué à lancer à Strasbourg l’année dernière, il a publié en septembre un ouvrage intitulé « Pour une révolution écologique de la santé ». Édité chez L’Harmattan, ce livre constitue une synthèse de ses réflexions nourries par des années d’expérience, durant lesquelles il a cherché à repenser la gestion des ressources médicales et à optimiser le parcours de soins pour éviter que ses patients doivent revenir fréquemment à l’hôpital.

Une analyse critique du système de santé actuel

Dans son propos, Patrick Pessaux entame avec une constatation sans détour : notre système de santé fonctionne selon un principe inflationniste, alimenté par plusieurs facteurs majeurs. Tout d’abord, notre démographie évolue, avec une population de plus en plus âgée, qui concentre la majorité des besoins en soins. Par ailleurs, les traitements et médicaments, en particulier en cancérologie, connaissent une croissance fulgurante en coût. La crise climatique ne reste pas en retrait : canicules, pollution et dégradation environnementale ont des effets directs et indirects sur la santé des populations, amplifiant ainsi la pression sur un système déjà à bout de souffle. Pour Pessaux, la réponse ne réside pas dans l’ajout simple de moyens ou de ressources, mais dans une mutation fondamentale de l’organisation et du financement de la santé.

La nécessité d’une réduction des actes médicaux inutiles

Le praticien insiste notamment sur un enjeu majeur : environ 20 à 30 % des interventions ou soins actuels seraient inutiles ou superflus. Il prône une approche axée sur la sobriété et la prévention, estimant que le meilleur traitement est celui qui n’a pas besoin d’être administré. La réduction de la dépendance à certains équipements ou médicaments, tout en évitant le gaspillage, figure parmi ses priorités. Selon lui, cette soif de réformes doit aussi concerner l’organisation des soins, en increasingly favorisant la coordination et la communication entre les acteurs du système. En effet, la multiplication des examens et des traitements, souvent dues aux délais médicaux prolongés, oblige parfois à répéter des procédures, ce qui alourdit inutilement le parcours du patient et engendre des coûts irrespectueux.

Vers une refonte radicale du financement de la santé

Pour changer de cap, Patrick Pessaux propose une réforme en profondeur des mécanismes financiers. Il souligne la nécessité de sortir du modèle basé principalement sur le financement à l’acte, qui privilégie la multiplication des interventions, et de le réserver aux maladies aiguës. Il plaide pour la mise en place d’un mode de financement spécifique, dédié aux soins de longue durée et à la gestion des maladies chroniques. Selon lui, cette réorientation permettrait d’alléger la pression sur le système tout en offrant une meilleure prise en charge globale des patients. Ces recommandations ne sont pas nouvelles en soi, mais leur mise en œuvre doit s’inscrire dans une vision cohérente qu’il qualifie de « révolution écologique », visant à conjuguer efficacité et durabilité.

Une transformation profonde pour assurer la survie du système de santé

L’auteur ne limite pas ses idées à une simple critique, mais propose une véritable vision prospective pour transformer le modèle. Il invite les professionnels du secteur, les citoyens, ainsi que les décideurs politiques, à s’engager dans cette mutation qu’il considère comme essentielle. La finalité n’est pas seulement de continuer à soigner comme avant, mais de le faire mieux, tout en dépensant moins. La dimension écologique, pour Patrick Pessaux, doit devenir le socle sur lequel repose toute la réforme, en intégrant des enjeux comme la réduction des déchets médicaux, la sobriété des ressources et une approche plus préventive.

Une œuvre pour inspirer cette révolution

Ce plaidoyer pour une transformation radicale de la santé se concrétise à travers le livre « Pour une révolution écologique de la santé », publié aux éditions L’Harmattan. Disponible au prix de 16 €, cet ouvrage offre un aperçu précis des idées et des propositions d’un médecin qui aspire à faire évoluer un système parfois fragile, en phase avec les défis environnementaux et sociaux contemporains. En lançant cet appel à une révolution écologique, Patrick Pessaux souhaite mobiliser tous ceux qui ont en main la capacité d’agir pour un secteur qui doit devenir plus responsable, plus durable et plus efficace dans l’intérêt de tous.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.