Octobre rose : focus sur le cancer du sein chez les jeunes Femmes
À l’occasion de la campagne de sensibilisation appelée Octobre Rose, qui vise à attirer l’attention sur le cancer du sein, l’Institut Curie met en lumière la réalité de cette maladie chez les jeunes femmes. En effet, chaque année, plus de 3 000 femmes en France âgées de moins de 40 ans reçoivent un diagnostic de cancer du sein. Ce type de cancer tend à être plus agressif dans cette tranche d’âge, contrairement à la majorité des cas où l’âge médian au diagnostic s’établit à 64 ans. Ce chiffre alarmant ne cesse de croître au fil des années, ce qui suscite une préoccupation croissante dans le domaine de la santé publique.
Une augmentation notable des cas jeunes
Ce phénomène d’augmentation a été quantifié dans une étude française datant de 2025. Selon cette recherche, entre 1990 et 2023, le nombre de nouveaux cas de cancer du sein pour 100 000 femmes a connu une progression importante. Chez les femmes de moins de 30 ans, l’incidence est passée de 16,1 à 26,3 cas. Pour celles de moins de 40 ans, cette valeur a augmenté de 98,7 à 131,2, et chez les femmes de moins de 50 ans, elle a bondi de 217,2 à 318,6. Bien que l’augmentation ait été modérée à un rythme légèrement supérieur à 1 % par an durant une longue période, ces dernières années ont vu une accélération, avec une croissance de l’ordre de 1,6 % par an, ce qui accentue la nécessité d’une attention particulière à cette population.
Les spécificités des cancers chez les jeunes femmes
Les caractéristiques de ces cancers chez les femmes plus jeunes sont aujourd’hui bien documentées, même si leur origine reste encore à étudier. L’une des principales particularités est qu’ils sont souvent détectés à un stade plus avancé, avec des tailles tumorales plus importantes et une fréquence accrue d’envahissement des ganglions lymphatiques. Cette situation est en partie expliquée par l’absence de dépistage organisé pour les femmes de moins de 50 ans, contrairement aux autres tranches d’âge. La Dre Florence Coussy, spécialiste en gynécologie médicale et oncologie à l’Institut Curie, souligne que cette lacune dans le dépistage contribue à diagnostiquer ces cancers à un stade plus avancé. La Haute Autorité de Santé (HAS) mène actuellement une évaluation pour déterminer s’il serait pertinent d’étendre le dépistage systématique aux femmes dès l’âge de 45 ans, afin d’améliorer la détection précocement, chez cette population vulnérable.
Profil biologique et génétique des cancers chez les jeunes femmes
Chez ces femmes de moins de 40 ans, certains types de cancer du sein sont plus fréquents, notamment les cancers triplement négatifs. Cette forme de cancer se caractérise par l’absence de récepteurs aux œstrogènes, à la progestérone, ainsi que par la non-expression de la protéine HER2, rendant le traitement plus complexe. La proportion de cas de ce type est deux fois plus élevée que dans la population générale (22 % contre 11 %). De plus, environ 15 % de ces cancers liés à des modifications génétiques sont observés chez ces jeunes femmes, un taux bien supérieur à la moyenne générale de 5 à 7 %.
Génétique : un facteur clé dans la survenue des cancers précoces
La génétique apparaît comme le principal facteur de risque chez les femmes jeunes. Selon la Dre Emmanuelle Fourme-Mouret, spécialiste en oncogénétique et en épidémiologie à l’Institut Curie, environ 20 % des patientes de moins de 30 ans présentent une prédisposition héréditaire identifiable qui peut expliquer le début de leur maladie. Parmi ces prédispositions, celles liées aux mutations de gènes comme BRCA1 et BRCA2 jouent un rôle prédominant. Ces mutations affectent la capacité de la cellule à réparer l’ADN, augmentant ainsi le risque de développement de cancer. En plus de ces deux gènes, une dizaine d’autres anomalies génétiques sont fortement associées à un risque accru de cancer du sein. Cependant, l’existence de ces mutations ne permet pas de prévoir avec certitude l’âge de survenue du cancer. Certaines femmes porteuses de la même mutation peuvent développer la maladie très tôt ou seulement bien plus tard dans leur vie, ce qui souligne la complexité de ces facteurs de risque.
Explications moléculaires et analyses génétiques récentes
Au cours de la dernière décennie, près de 600 femmes âgées de moins de 30 ans atteintes d’un cancer du sein ont subi des analyses génétiques à l’Institut Curie. Sur ces patientes, 170 présentaient une anomalie génétique à haut risque de déclencher la cancer. Chez les autres, il a été constaté que des prédispositions familiales, ainsi que d’autres facteurs encore non identifiés, pouvaient contribuer à leur vulnérabilité face à la maladie. Cette recherche continue de faire émerger de nouvelles pistes pour comprendre les causes sous-jacentes de ces cancers précoces.
Les facteurs de risque non génétiques : quelles perspectives ?
Au-delà de l’héritage génétique, d’autres causes potentielles sont à l’étude. Parmi elles, la méthylation, un processus épigénétique qui consiste à moduler l’expression des gènes sans modifier leur séquence d’ADN. Chez les femmes atteintes de formes triples négatives de cancer du sein avant 30 ans, 34 % présentent une méthylation spécifique qui inactive le gène BRCA1. Résultat : la protéine BRCA1 n’est pas produite, empêchant la réparation correcte de l’ADN et favorisant la survenue de la tumeur. Par ailleurs, l’environnement et le mode de vie jouent un rôle de plus en plus étudié. L’exposome, notion regroupant l’ensemble des expositions environnementales tout au long de la vie, fait l’objet de projets de recherche, notamment par l’Institut Curie, qui étudie notamment l’impact des microplastiques, des perturbateurs endocriniens, ou encore des substances comme le cadmium, les phtalates et le bisphénol A. Ces investigations visent à mieux comprendre comment ces éléments externes peuvent contribuer au développement de cancers, en particulier chez les jeunes femmes.
Vers une meilleure prévention grâce à la recherche
Une meilleure compréhension des mécanismes impliqués dans la genèse de ces cancers précoces doit à terme conduire à l’identification de nouveaux facteurs de risque. Cela permettra d’élaborer des stratégies de prévention plus ciblées, en adaptant notamment les dépistages et les conseils en matière de mode de vie. L’objectif ultime est de réduire l’incidence de ces maladies chez les jeunes femmes, en agissant en amont pour détecter et traiter précocement ces cancers, et ainsi améliorer les chances de guérison et la qualité de vie des patientes.






