Ménopause : une prise en charge globale pour le sommeil, la santé mentale et la vie sociale

Sophie Lambert

Les résultats initiaux de l’étude CLIMATERE présentés lors des Assises nationales de la ménopause

Ce jeudi 15 octobre, les premiers résultats issus de l’étude CLIMATERE ont été dévoilés lors de la conférence nationale consacrée à la ménopause. Initiée en mars 2025, cette recherche a été dirigée par le Dr Alexandre Vallée, spécialiste de l’épidémiologie et de la santé publique à l’hôpital Foch situé à Suresnes. L’étude a concerné un échantillon de 4 140 femmes, dont l’objectif principal est de mieux cerner les enjeux liés à cette étape de la vie féminine. « Ce que nous souhaitons accomplir avec CLIMATERE, c’est approfondir notre compréhension des problématiques rencontrées par les femmes en phase de pré-ménopause et de ménopause afin d’adapter et d’améliorer la prévention ainsi que la prise en charge durant cette période de transition », précise le Dr Vallée. À travers ces premiers enseignements, il apparaît en particulier que la consultation spécifique à la ménopause devrait dépasser le simple cadre des cycles hormonaux et des bouffées de chaleur, pour embrasser une approche plus globale. En effet, il serait pertinent d’intégrer des aspects tels que la qualité du sommeil, la santé mentale, la vie sociale et sexuelle, la silhouette, la santé métabolique, ainsi que les comportements liés à la santé, notamment l’activité physique ou le tabagisme.

Les femmes en périménopause, une période à risque pour la symptomatologie

Les premiers résultats mettent en évidence une réalité préoccupante : alors qu’une femme sur quatre souffre d’un ensemble important de symptômes (fatigue, anxiété, dévalorisation, troubles de la sexualité, etc.), la période précéder la ménopause, connue sous le nom de périménopause, demeure particulièrement sensible. « En tenant compte de paramètres tels que l’âge, le mode de vie, la présence de maladies associées ou d’autres caractéristiques individuelles, il s’avère que les femmes en périménopause ont 66 % de risques supplémentaires d’être dans le groupe présentant la charge symptomatique la plus forte, comparées à celles qui ne sont pas encore ménopausées », indique le communiqué de l’hôpital Foch. En revanche, une fois la ménopause officiellement déclarée, cette proportion diminue à 24 %. Cela souligne l’importance d’intervenir dès la phase de transition pour accompagner au mieux les femmes.

Les troubles du sommeil durant la périménopause : une relation complexe

Les données recueillies indiquent que les perturbations du sommeil sont particulièrement fréquentes durant la périménopause. En effet, lors de cette étape, plus d’une femme sur quatre (27,3 %) constate des troubles du sommeil répétés. La probabilité que ces femmes souffrent de tels troubles est deux fois plus élevée que chez celles qui ne traversent pas cette phase. Si les bouffées de chaleur et les sueurs nocturnes sont souvent invoquées comme causes principales de ces désagréments, il apparaît cependant que leur influence ne peut suffire à expliquer l’ensemble des troubles. Après avoir pris en considération ces symptômes vasomoteurs, il reste une augmentation de 52 % du risque de troubles du sommeil pour les femmes en périménopause, ce qui indique que d’autres facteurs doivent être pris en compte et étudiés. Il devient donc primordial d’identifier d’autres éléments pouvant contribuer à ces troubles, afin d’élaborer des stratégies de prévention et de traitement plus ciblées.

Les modifications corporelles associées à la ménopause

L’étude apporte également un éclairage sur l’impact de la ménopause sur la silhouette et la composition corporelle. Contrairement à certaines idées reçues, l’installation de la ménopause ne serait pas nécessairement liée à une augmentation significative du poids ou de l’indice de masse corporelle (IMC). Cependant, elle entraîne un changement dans la distribution des masses corporelles : le tour de taille, ainsi que le rapport entre le tour de taille et la taille, ont tendance à augmenter. Ces modifications suggèrent que la composition corporelle se modifie plutôt, avec une redistribution des graisses, plutôt qu’un simple phénomène de prise de poids. Par ailleurs, il est important de noter que la déclaration de prise de poids est plus fréquente en périménopause (+49 %) et après la ménopause (+40 %) comparativement aux femmes non ménopausées. La difficulté à perdre du poids revient également souvent dans les témoignages, avec une augmentation de 39 % durant la périménopause et de 41 % par la suite, ce qui souligne la complexité des enjeux liés à la gestion du poids durant cette période.

Le rôle de la solitude et du mode de vie dans l’intensité des symptômes

L’enquête souligne par ailleurs que des facteurs extérieurs à la seule physiologie jouent un rôle dans la manifestation des symptômes. La solitude, par exemple, apparaît comme un facteur aggravant, étant associée à une augmentation de 68 % des chances de présenter une charge symptomatique sévère, ainsi qu’à un score global de symptômes supérieur de près de 3 points. Par ailleurs, le mode de vie a une influence décisive : accumuler au moins trois comportements ou habitudes défavorables peut augmenter de 93 % la probabilité de souffrir d’une forte charge de symptômes. En revanche, la pratique régulière d’activité physique est liée à une réduction significative de ces risques, illustrant ainsi l’impact positif de l’exercice sur la santé mentale et physique dans cette phase de vie.

Indications pour un changement dans la prise en charge de la ménopause

Face à ces premiers résultats, l’hôpital Foch appelle à revoir et enrichir l’approche médicale concernant la ménopause. Plutôt que de se limiter à l’étude des cycles, des bouffées de chaleur ou de l’administration d’hormones, il est essentiel d’adopter une vision plus globale. La santé et la qualité de vie des femmes doivent désormais inclure l’évaluation du sommeil, du bien-être psychologique, de la vie sociale et sexuelle, ainsi que des paramètres métaboliques. Déceler précocement les difficultés rencontrées dès la périménopause permettrait d’agir avant que celles-ci ne deviennent permanentes ou plus difficiles à gérer. La prise en charge personnalisée devrait ainsi tenir compte de l’ensemble de ces éléments pour mieux soutenir les femmes durant cette étape de leur vie.

Un projet de recherche à long terme pour une meilleure prévention

L’étude CLIMATERE prévoit de suivre plus de cent mille femmes sur une durée minimale de dix ans. La finalité est de dresser une cartographie précise de la santé des femmes durant la transition vers la ménopause, tout en développant des outils de prévention adaptés à chaque profil. La participation à cette large étude pourrait permettre d’enrichir encore davantage la connaissance collective vers une offre de soins plus précise et globale pour accompagner au mieux les femmes dans cette phase cruciale.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.