Magalie, frappée par deux cancers en 25 ans, décrit son combat comme une injustice

Sophie Lambert

Une vie bouleversée par le cancer : le parcours extrême de Magalie

Le choc d’un diagnostic inattendu

Magalie, une femme de 52 ans résidant dans un petit village de Haute-Savoie nommé Éteaux, a vécu une succession d’épreuves qui ont marqué son existence. Jusqu’à ses 24 ans, elle menait une vie plutôt sereine et confortable dans son environnement rural, près d’Annecy. Tout changea en 1998, quand elle constata la présence de deux petites masses inhabituelles sous ses aisselles, ainsi qu’au niveau de sa clavicule. Elle se rappelle avec une certaine ironie à quel point elle était loin d’imaginer que ces signes pouvaient être liés à un cancer. Lorsqu’elle a commencé ses investigations médicales, elle n’en avait pas discuté avec ses proches, préférant garder cela secret, à tel point qu’elle ne parlait même pas des tests qu’elle effectuait. Ce n’est qu’en avril de cette année-là qu’elle reçut la nouvelle qui bouleversa sa vie : il s’agissait de la maladie de Hodgkin, un type de lymphome qui attaque les ganglions lymphatiques. La surprise fut totale pour cette jeune femme, qui n’avait pas envisagé une telle possibilité.

Le combat contre la maladie et la réaction des médecins

Magalie raconte avoir été confrontée à une première phase de traitement, comprenant une chimiothérapie de trois mois et une radiothérapie, avec pour objectif de réduire la maladie d’environ la moitié. Mais cette avancée s’est révélée momentanée, puisque seulement un mois plus tard, elle a ressenti intensément de nouveau douleur et a constaté une rechute. La nouvelle tombe brutalement : la maladie revient, plus forte qu’auparavant. Face à cette situation critique, son oncologue l’engage à participer à un protocole expérimental ou traitement d’essai, qu’elle qualifie de traitement « cobaye », un terme qu’elle a utilisé pour exprimer sa perception. Durant cette période, de novembre 1998 à avril 1999, elle a subi trois cycles de chimiothérapie consécutifs et une double autogreffe de moelle osseuse, procédé complexe qui consiste à prélever, congeler, puis réinjecter ses propres cellules souches. Il lui revient en mémoire qu’elle était alors la plus jeune patiente dans le service d’hématologie, et elle décrit l’expérience comme étant très éprouvante : elle a dû rester dans une chambre stérile, où l’air filtré permettait de limiter toute infection, et ses proches n’étaient pas autorisés à la toucher. Elle était très fatiguée et consciente du lourd tribut que ces traitements lui imposaient.

Une rémission durable et la reconstruction après la lutte

Malgré la lourdeur du traitement, Magalie parvient à entrer en « rémission complète persistante », un état qu’elle portera comme un précieux trophée pendant près de vingt ans, avant d’être considérée comme guérie officiellement. Elle évoque avec émotion la difficulté de cette période initiale, notamment la perte de ses cheveux, cils, sourcils, et ongles, mais aussi la façon dont elle a vu son corps repousser petit à petit, une étape essentielle dans sa reconstruction personnelle. La transition vers une vie normale s’est révélée aussi difficile que cette étape de traitement, car passer d’un suivi médical continu à une absence quasi totale de contrôle médical a été un vrai défi psychologique. Elle décrit cette période comme étant un peu comme recevoir l’ordre de reprendre sa vie là où elle l’avait laissée, ce qui lui semblait pratiquement impossible.

Les cicatrices physiques et la renaissance familiale

L’événement qui l’a bouleversée profondément a été l’annonce de sa quasi-stérilité due aux traitements agressifs. À seulement 25 ans, étant fille unique et profondément désireuse d’avoir plusieurs enfants, cette nouvelle a été un choc violent. Ses ovaires ont été gravement atrophiés, rendant toute conception difficile. Cependant, même dans cette étape difficile, une lueur d’espoir est apparue : la possibilité de dons d’ovocytes. Elle se souvient d’avoir écouté cette proposition sans vraiment entendre les mots, mais cette perspective est devenue une véritable quête pour elle. Finalement, plusieurs années plus tard, elle a pu concevoir et donner naissance à trois filles, grâce à deux fécondations in vitro. Cette victoire personnelle a représenté une étape majeure dans son parcours, transformant sa douleur en force vitale.

Une nouvelle tragédie et la lutte continue

Après avoir surmonté Hodgkin, la vie de Magalie semblait retrouver un certain équilibre. Elle s’engageait dans sa carrière, devenant adjointe de direction dans un lycée privé en Haute-Savoie, et reconstruisait peu à peu ses projets et ses espoirs. Pourtant, le destin lui a réservé une nouvelle épreuve, 25 ans après son diagnostic initial, en 2023. Elle a été détectée atteinte d’un cancer du poumon, de type ROS1, une forme rare qui touche souvent des personnes non-fumeuses. Ce diagnostic, perçu comme un tsunami dans sa vie, lui paraît particulièrement injuste. Elle décrit cette nouvelle maladie comme une maladie incurable et chronique, une sorte de tourbillon qui la bouleverse profondément. La maladie impose un traitement toxique, avec un suivi précis et régulier, comprenant des PET scans et des prises de sang toutes les semaines, ce qui a un impact direct sur sa vie quotidienne et sa famille.

Le regard sur ses enfants et la résilience

Ce sont ses proches, surtout ses enfants, qui lui donnent la force d’affronter cette nouvelle étape. Sa fille aînée, âgée de 22 ans, comprend la gravité de la situation, bien que ses deux jumelles plus jeunes, âgées de 11 ans, soient encore en train de saisir l’ampleur de ce qui se passe. Magalie confie ressentir une profonde nécessité de profiter de chaque instant, car elle sait que le temps peut lui être compté. Elle décrit également la difficulté de faire face aux inquiétudes de ses enfants, et la façon dont son mari supporte cette nouvelle réalité, en s’engageant à suivre ses désirs autant que possible, malgré la difficulté à concevoir une vie ordinaire. Elle insiste sur le fait que, pour elle, il est crucial de créer des souvenirs, de profiter de l’instant présent, car un futur « plus tard » pourrait ne jamais arriver pour elle.

Un esprit d’espoir malgré la maladie

Malgré toutes ces épreuves, Magalie continue à donner de son énergie à une association nommée ALK+ ROS1, qui se dévoue à faire connaître ces formes rares de cancer du poumon. Son engagement est fort, car elle veut changer le regard sur cette maladie, souvent perçue comme touchant uniquement les anciens fumeurs. Elle considère également qu’il est important de sensibiliser à toutes les formes de cancer, en proposant un « Octobre arc-en-ciel » en complément de l’Octobre rose, afin de mieux faire comprendre la diversité de ces maladies. Malgré un pronostic souvent décourageant, Magalie veut garder l’espoir et inspire confiance en ses témoignages. Elle souligne avoir vaincu la maladie de Hodgkin, avoir eu ses enfants malgré l’annonce de stérilité, et finalement, faire face à sa maladie du poumon sans se laisser submerger par la détresse. Elle souhaite continuer à avancer, à symboliser une force indéfectible contre l’adversité.

Une lutte engagée et un message d’espoir

Aujourd’hui, Magalie consacre beaucoup de son énergie à sensibiliser et à soutenir d’autres malades à travers son engagement associatif. Elle veut faire entendre sa voix et témoigner que, même dans les moments les plus sombres, il est possible de garder une étincelle d’espoir. Son parcours, marqué par la résilience face à des maladies graves, lui sert de témoignage pour encourager ceux qui traversent des épreuves similaires. Elle insiste sur l’importance de continuer à se battre, de croire en la possibilité de vivre malgré tout, et d’honorer chaque jour comme un combat déjà gagné contre l’adversité.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.