Lycéen amputé de la main à Lens : il nie avoir ramassé la grenade

Sophie Lambert

Le jeune élève, gravement blessé lors d’une intervention à Lens (Pas-de-Calais) ce lundi, affirme n’avoir jamais ramassé la grenade qui lui a arraché la main gauche. Son avocate, dans un communiqué publié ce samedi, insiste sur le fait que son client nie toute implication dans des actes de violence liés à cet incident.

Vendredi dernier, le procureur de Béthune, Étienne Thieffry, basé sur les premiers éléments de l’enquête confiée à l’IGPN, a indiqué que le lancer de la grenade par la police a été effectué « suivant les protocoles en vigueur ». Il a également précisé que « tous les témoignages recueillis […] sauf un, convergent vers le fait que la grenade a été tirée à une distance d’environ 80 mètres », qu’elle « a d’abord touché le sol » avant qu’un manifestant « ne la saisisse jusqu’à ce qu’elle explose ». Cependant, il ajoute qu’aucune vidéo ne permet pour le moment aux enquêteurs de visualiser le moment précis de l’explosion de l’engin.

« Evan est la personne blessée »

« Evan rejette catégoriquement la version des faits avancée par le parquet », réagit ce samedi l’avocate, Me Christine Bouquet-Wattez, qui représente également la mère de l’adolescent. « La famille du jeune homme s’étonne de voir la version policière déjà affirmée par le procureur alors même qu’Evan n’a pas encore été interrogé par la police, qu’aucune image directe des événements n’a encore été identifiée et que les témoignages recueillis présentent des divergences », explique-t-elle. Elle insiste sur une vérité essentielle : « l’adolescent, dont la main gauche a été arrachée lors de l’explosion d’une grenade assourdissante, est indiscutablement une victime ». Elle dénonce également le fait que « la perte d’une main à cause d’une opération de maintien de l’ordre ne saurait en aucun cas être justifiée », et déplore que l’on cherche à faire porter la responsabilité de cette mutilation à Evan « en lui imputant la faute ».

Lors de l’audition jeudi dernier, la mère de l’adolescent a déposé une plainte « pour les blessures subies par son fils », selon les déclarations du procureur de Béthune. Par ailleurs, ce dernier a mentionné que l’enquête, qui vise notamment à déterminer si le jeune a ramassé la grenade ou si celle-ci lui est tombée dessus, est toujours en cours et progresse.

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Ce dossier, qui s’ajoute à une série d’incidents similaires impliquant des blessures graves chez des lycéens attribuées aux forces de l’ordre, a provoqué une vive émotion et suscité de vives critiques à l’encontre des méthodes de maintien de l’ordre. Depuis le début du mouvement de protestation lycéenne à la mi-septembre, ces événements ont alimenté le débat public. En réaction à ces accusations, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a décidé mercredi de suspendre l’utilisation des grenades assourdissantes lors des manifestations lycéennes, en attendant que toute la lumière soit faite sur ce qui s’est passé à Lens.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.