L’impact de la baisse du niveau Pisa visible dès l’école primaire ?

Sophie Lambert

Les résultats de l’école primaire après la crise et leurs variations

Après la publication des mauvais résultats des adolescents français à l’enquête Pisa menée en septembre dernier, l’attention se tourne désormais vers le premier cycle de l’école. Les tests nationaux réalisés par les élèves lors de la rentrée, dont les résultats sont en général communiqués aux familles avant la fin des vacances de la Toussaint, peuvent offrir des indications sur le niveau scolaire. Ces évaluations, qui consistent à tester les compétences en français et en mathématiques du CP jusqu’au CM2, servent à suivre l’évolution des capacités des élèves. Cependant, il est difficile de dégager une tendance générale concernant l’évolution du niveau scolaire, puisque les résultats montrent une grande diversité selon les classes, les niveaux et les compétences évaluées. Une autre difficulté réside dans le fait que ces évaluations n’ont pas été instaurées en même temps pour tous les niveaux, leur déploiement progressif ayant débuté en 2018, ce qui complique leur analyse globale.

Les classes les plus anciennes : stabilité et progrès timides

Le ministère de l’Éducation dispose d’un recul significatif sur deux niveaux : le CP et le CE1. En effet, ces classes sont évaluées depuis huit ans. De manière générale, leur performance apparaît plutôt constante, à l’exception de l’année 2020. La crise sanitaire liée au Covid-19 a entraîné une chute des résultats cette année-là, mais une amélioration notable a été observée l’année suivante. En mathématiques, des progrès ont aussi été constatés dans ces classes, notamment en ce qui concerne la résolution de problèmes en CP et le positionnement d’un nombre sur une ligne graduée en CE1. En français, en revanche, les retours sont plus mitigés : certaines diminutions de performances sont recensées en CE1, notamment en lecture à voix haute et en écriture de mots. Pourtant, en CP, la progression reste évidente, surtout en ce qui concerne la connaissance des lettres et la compréhension orale.

Les inégalités sociales et de genre : des écarts toujours présents

Les évaluations nationales montrent également que des différences apparaissent selon l’origine sociale des élèves. Plus précisément, en compréhension orale, un écart substantiel peut être observé, souvent lié au niveau de vocabulaire que les familles transmettent à leurs enfants, qui reflète leur contexte social. Par ailleurs, des différences significatives se retrouvent aussi entre filles et garçons, en particulier en mathématiques. En début de CP, les garçons ont tendance à obtenir de moins bons résultats que leurs camarades féminines. Cependant, ces résultats convergent vers une égalisation pendant le cours de l’année. En début de CE1, ils dépassent même légèrement les performances des filles, une tendance qui s’intensifie au fil du temps. Ceci peut s’expliquer par la représentation sociale et la perception des mathématiques, considérées comme plus favorables aux garçons dans le cadre scolaire et plus largement dans la société. La question des stéréotypes de genre reste donc un point d’analyse pertinent.

Les acquis à l’entrée en sixième : des progrès notables

Les évaluations à l’entrée du collège sont également utilisées pour mesurer le niveau des élèves, notamment à travers la transition vers la classe de 6e. Les résultats indiquent une tendance à l’amélioration depuis 2018. La proportion d’élèves très performants dans ces évaluations a connu une hausse, tandis que le nombre de jeunes en grande difficulté a diminué, notamment ceux issus des dispositifs en éducation prioritaire. Selon le ministre de l’Éducation, cette amélioration est significative, surtout en mathématiques et en français. La progression est particulièrement remarquable en fluence, c’est-à-dire la capacité à lire rapidement un texte à voix haute. Certains experts estiment que ces progrès sont liés aux initiatives ministérielles mises en place ces dernières années, qui insistent notamment sur la pratique régulière de la lecture à voix haute dans le primaire. Par ailleurs, le plan pour renforcer l’enseignement des mathématiques, lancé en 2018, a permis d’améliorer la formation des enseignants spécialisés dans cette discipline, contribuant ainsi à la montée en compétences des élèves.

Les pratiques éducatives et leurs effets à long terme

Il reste maintenant à déterminer si les mesures telles que le dédoublement des classes en CP et CE1 dans les zones prioritaires portent leurs fruits en termes de résultats. Plusieurs études montrent en effet qu’une telle politique a un effet positif durant ces années cruciales. Bien que cet avantage semble s’atténuer au fil du parcours scolaire, des données suggèrent qu’il pourrait encore influencer favorablement les résultats en début de 6e, notamment en mathématiques, pour des cohortes ayant bénéficié plus tôt de ces aménagements. Cette tendance est encourageante car elle montre que des interventions précoces peuvent avoir un impact durable sur la réussite scolaire.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.