Les salariés de SFR appellent à faire grève ce jeudi après-midi dans les télécoms

Sophie Lambert

Les employés du groupe Altice France, qui constitue la société mère de l’opérateur SFR et qui doit prochainement être cédée à des concurrents, se préparent à entamer une journée de grève ce jeudi après-midi. Leur objectif est de faire entendre leur voix pour défendre leurs emplois, à un moment où une réorganisation majeure du secteur des télécommunications semble imminente. L’appel à la mobilisation a été lancé par l’intersyndicale, regroupant notamment les syndicats Unsa, CFDT et CFTC. Ces derniers ont encouragé le personnel à exprimer leur inquiétude, leur colère et leur volonté de résister, dans le contexte de l’accord de cession, signé il y a maintenant près de quatre mois, qui prévoit la vente de SFR pour la somme de 20,35 milliards d’euros.

Les salariés se mobilisent pour faire face à un avenir incertain, alors que leur situation pourrait fortement évoluer dans les prochains mois. Leur mobilisation ne concerne pas uniquement la question de leur emploi, mais aussi celle de leurs conditions et du maintien de leur activité dans un secteur en pleine mutation. La perspective de la vente de SFR à des opérateurs concurrents, dont Bouygues Telecom, Iliad (plus connu sous le nom de Free), et Orange, suscite des réactions de la part des représentants syndicaux. Olivier Lelong, délégué syndical central pour la CFDT, a évoqué cette manifestation comme un signal d’alarme, un « coup de semonce » destiné à attirer l’attention des acheteurs potentiels ainsi qu’Altice France elle-même. À ce jour, la portée exacte de cette grève reste difficile à évaluer. Hakim Goudjil, secrétaire du Comité Social et Économique (CSE) de SFR Distribution et représentant de l’Unsa, a indiqué qu’ils avaient déjà identifié certaines boutiques susceptibles de fermer dans le cadre de cette transition.

Les perspectives pour les employés : un avenir en débat

Depuis la conclusion de l’accord de vente, les syndicats de l’opérateur, connu pour son logo en carré rouge, ont entamé des discussions avec les trois groupes d’acheteurs potentiels afin d’éclaircir le sort réservé aux salariés concernés par cette opération. Ces négociations ont pour but de garantir la sécurité de l’emploi des salariés présents dans le périmètre visé par la vente. Cependant, à ce jour, les discussions n’ont pas permis de répondre pleinement aux attentes des représentants du personnel. Lors d’une réunion tenue lundi soir, ils ont renouvelé leurs démarches en rencontrant à nouveau les acheteurs pour faire valoir leurs revendications.

Les propositions prévues à ce stade envisagent le transfert d’environ 2 500 salariés dès la finalisation de la vente, dont près de 2 300 pourraient rejoindre Bouygues Telecom. En outre, un certain nombre de salariés travaillant dans 120 boutiques seraient également concernés par ce transfert, même si ces magasins n’ont pas encore été désignés précisément. Pour le reste du personnel, une option consistant à leur proposer une reprise individuelle a été évoquée, mais cette solution est jugée insuffisante par les syndicats. Ces derniers réclament plutôt trois propositions concrètes par employé afin de leur assurer un futur professionnel. Abdelkader Choukrane, secrétaire général de l’Unsa au sein du CSE, a affirmé leur détermination à poursuivre la contestation jusqu’à ce que l’entreprise revoie sa position, en annonçant que deux nouvelles réunions sont planifiées dans les jours à venir pour continuer à faire avancer leurs revendications.

Une réponse officielle : un engagement sans ambiguïté

Dans une déclaration officielle transmise à l’Agence France-Presse (AFP), le consortium acheteur a insisté sur sa volonté de préserver les emplois. Leur position indique que leur projet de cession devrait garantir la stabilité de l’emploi pour les 8 000 salariés qui restent dans le périmètre concerné. Selon eux, environ 5 000 d’entre eux pourraient continuer leur activité au sein des trois opérateurs après la transaction, tandis que 3 000 autres seraient amenés à poursuivre leur mission chez SFR, notamment dans le cadre de migrations planifiées sur plusieurs années. Les représentants des acheteurs ont souligné qu’ils n’avaient aucun intérêt à déstabiliser la main-d’œuvre et que leur objectif est de favoriser un maintien de l’emploi dans des conditions qui soient avantageuses pour toutes les parties concernées.

Une source proche des négociations, restant anonyme, a commenté que le climat social antérieur à ces discussions leur avait surpris. Selon cette personne, il n’y aurait aucun « agenda caché » derrière leur volonté de réaliser cette transaction. Au contraire, ils insistent sur la transparence de leur démarche et leur engagement à traiter la question des salariés avec sérieux et responsabilité.

Le contexte judiciaire et l’incertitude persistante

Avant d’engager leur mouvement de grève, les syndicats ont prévu de se présenter en matinée jeudi devant le tribunal judiciaire de Paris. Leur but est d’y déposer un recours en référé contre les opérateurs acheteurs et contre Altice France, afin d’obtenir davantage d’informations sur le projet de cession. La procédure a été initiée par le CSE de SFR, qui souhaite faire valoir ses droits et obtenir des précisions permettant d’éclaircir la situation. En parallèle, ils ont également assigné les quatre opérateurs en justice sur le fond, une démarche qui pourrait durer plusieurs mois. Les audiences à venir sont prévues pour début décembre, ces démarches visant à défendre au maximum l’intérêt des salariés face à une opération qu’ils perçoivent comme pouvant mettre en péril leur avenir professionnel.

Ce contexte juridique tendu ajoute une couche d’incertitude à une situation déjà complexe, tandis que les négociations se poursuivent pour tenter d’aboutir à une solution équilibrée, conciliant les impératifs économiques des repreneurs et les droits des employés. La mobilisation des salariés, leur capacité à faire entendre leur voix dans ce processus, demeure un élément clé pour peser dans la décision finale des parties impliquées.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.