Les jeunes revendiquent la fin du blocus des lycées, la fin de Parcoursup et une hausse des moyens

Sophie Lambert

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Les longes attentes à la cantine, l’absence de système de climatisation ou de chauffage dans plusieurs établissements scolaires, les revendications pour des machines à café ou la permission de porter le voile, ainsi que l’abandon de Parcoursup figurent parmi les préoccupations exprimées. Sur des pancartes brandies par les lycéens en grève depuis plusieurs jours, un large éventail de revendications apparaît. La liste des griefs semble continuer de s’étendre à mesure que de nouveaux lycées rejoignent le mouvement, avec un total de 1 027 établissements concernés sur un total de près de 3 700, d’après les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur jeudi soir.

Ce mouvement, qui a vu le jour au lycée Saint-Exupéry à Créteil dans le Val-de-Marne, a rapidement dépassé ses origines initiales. Les élèves de cet établissement manifestaient pour dénoncer le manque de moyens et de personnels dans leur lycée. Par la suite, d’autres jeunes de la région Île-de-France, principalement dans les académies de Créteil et de Versailles, se sont joints à cette mobilisation. Selon Valérie Becquet, sociologue à Cergy Paris Université et co-auteure du livre Géopolitique de la jeunesse, engagement et (dé)mobilisations, le fait que le mouvement trouve ses racines dans des quartiers populaires s’explique souvent par des disparités dans l’équipement des écoles. Elle explique que ces établissements sont généralement dans un état plus dégradé et que cette situation reflète en partie un sentiment d’injustice qui s’est profondément ancré chez les jeunes concernés.

Les locaux chauffés à la fin du mouvement Parcoursup

Les réseaux sociaux ont très vite amplifié cette dynamique, créant ce qu’on pourrait appeler un « effet domino » : « Aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, la visibilité est accrue et la propagation devient rapide », explique la chercheuse. Sur des plateformes comme TikTok ou Instagram, il devient difficile de tracer l’origine précise du mouvement, tant les publications explosent ces derniers jours. Des affiches, souvent créées via intelligence artificielle, invitent à la fermeture des lycées et évoquent différentes revendications telles que des classes moins peuplées, une écoute accrue des lycéens, mais aussi la nécessité que les bâtiments soient correctement chauffés et maintenus. Certaines revendications paraissent plus insolites, comme l’autorisation des chewing-gums en classe, ou encore des protestations contre des profs en grève qui ne préviennent pas à l’avance.

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L’Union syndicale lycéenne, première organisation de jeunesse à avoir lancé l’appel au blocage, évoque dans ses premiers communiqués des revendications liées aux « droits » des élèves ainsi qu’à « l’austérité budgétaire ». Le mouvement dénonce un « manque de professeurs et de personnels », des établissements en mauvais état, des emplois du temps et des classes surchargés, ainsi que le stress suscite par Parcoursup. Certains tracts abordent également des sujets plus politiques, tels que la récente loi dite « permis de tuer ». Depuis peu, l’Union étudiante a rejoint le mouvement et réclame aussi la fin de l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers, la suppression des discriminations sociales par Parcoursup et MonMaster, ainsi que le gel des APL prévu pour 2027. Parmi les revendications affichées, on trouve également l’engagement en faveur d’une politique écologique ambitieuse, ainsi que la fin des coupes budgétaires dans les associations. Le Mouvement national lycéen a également exprimé son soutien à la mobilisation et revendique des mesures en lien avec ces enjeux.

Un contexte de beaucoup d’incertitudes

« Les revendications portent principalement sur deux thèmes : les conditions d’étude et de vie dans les établissements, ainsi que l’avenir et la question de la sélection », observe Valérie Becquet. Selon elle, cette diversité de mobilisations s’explique en partie par le contexte actuel, marqué par de nombreuses crises. « On parle de polycrises, et il y a une grande incertitude quant à qui contrôle quoi. C’est un moment où plusieurs crises se superposent, ce qui crée une ambiance anxiogène et une incertitude quant à l’avenir » explique la sociologue. Elle ajoute que cette situation installe un climat global d’angoisse, où la jeunesse se sent souvent désorientée et en proie à une inquiétude face à ce qui l’attend dans les années à venir.

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Il reste maintenant à voir si cette grande variété de revendications parviendra à faire entendre sa voix. En tout cas, une première étape est prévue pour ce vendredi, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray doit rencontrer des représentants d’associations étudiantes, de parents d’élèves, ainsi que les membres du Conseil national de la vie lycéenne, sans oublier les syndicats du secteur.

(*) Géopolitique de la jeunesse. Engagement et (dé)mobilisations, co-écrit par Valérie Becquet et Paolo Stuppia, publié par Le Cavalier Bleu.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.