Le SUV électrique Alpine A390 est-il déjà un échec ?

Sophie Lambert

Le lancement de l’Alpine A390 : une entrée discrète sur le marché des SUV électriques

Il y a moins d’un an, précisément le 4 novembre 2025, la marque Alpine célébrait la mise sur le marché de son tout premier SUV, l’Alpine A390. La présentation officielle, organisée avec beaucoup de pompe à Dieppe à la fin mai 2025, avait rassemblé de nombreux talents et personnalités, notamment Zinédine Zidane et Pierre Gasly. Cet événement s’était déroulé devant un public nombreux de journalistes provenant du monde entier, venus découvrir en avant-première le dernier modèle de la marque française. Peu après cette entrée en scène remarquée, le véhicule a été officiellement mis en vente, marquant une étape importante pour cette entreprise qui souhaite se positionner sur le segment des SUV électriques haut de gamme.

L’Alpine A390, qui constitue l’unique modèle électrique proposé par la marque à ce moment-là, se présente à un prix de départ de 67 500 euros. Ce tarif, positionné haut dans le marché mais plus abordable que certains concurrents premium allemands, s’accompagne d’un design moderne et sportif, fidèle à l’identité de la marque Alpine. La voiture affiche des lignes qui séduisent par leur élégance tout en conservant un aspect dynamique, et son comportement routier est destiné à répondre aux attentes d’une clientèle exigeante. La version GTS, plus sportive, est proposée à un tarif de 78 000 euros, tentant ainsi d’attirer un public amateur de performances.

Une production en forte baisse : les chiffres qui inquiètent

Seulement onze mois après le lancement, la situation semble s’être rapidement compliquée pour l’A390. Renault, qui exploite l’usine de Dieppe pour fabriquer ce SUV, a annoncé une réduction significative de la production quotidienne. Initialement, 50 véhicules étaient produits chaque jour, mais cette capacité a été limitée à seulement 15 exemplaires par jour. Une telle réduction est d’autant plus remarquable que les infrastructures ont été rénovées en grands frais pour accueillir cette nouvelle gamme électrique. La capacité de production, désormais bien inférieure à ce qui était prévu, soulève des questions quant à la stabilité du projet et à ses perspectives de croissance.

Les raisons de cette baisse inquiétante ne sont en aucun cas anecdotiques et méritent d’être examinées de près. La première d’entre elles concerne les ventes décevantes du SUV. La reprogrammation de la production reflète une réalité commerciale peu favorable : le SUV ne se vend pas aussi bien que l’espéraient les équipes d’Alpine. Si l’on regarde les chiffres, à la fin août 2025, seulement 848 exemplaires avaient été immatriculés en France. Parmi ces ventes, seules 236 concernaient des particuliers, ce qui indique que la majorité des véhicules sont destinés à la démonstration ou à la flotte de directions et aux loueurs longue durée. Plus inquiétant encore, les immatriculations de l’A390 ont connu une sévère chute en août, avec seulement 72 unités vendues en France, marquant une disparition de la croissance espérée depuis le début de l’été. Ce constat a naturellement conduit à la décision de réduire la cadence de fabrication pour éviter d’accumuler des stocks excessifs.

Les inquiétudes des employés et les enjeux du marché

Les salariés et représentants syndicaux de l’usine de Dieppe vivent aussi mal cette situation. Leur malaise s’explique par deux raisons principales : d’une part, l’A390 ne correspond pas aux ambitions initiales du projet, qui avaient été de proférer une nouvelle identité forte et un succès commercial notable. D’autre part, la faible demande remet en cause la faisabilité même de poursuivre cette production à long terme. La fermeture de l’usine pourrait devenir une éventualité si la tendance ne s’inverse pas rapidement, ce qui aurait des conséquences importantes pour l’emploi local et pour la pérennité d’une tradition de fabrication automobile dans cette région.

La communication autour de la marque évoque peu cette baisse dramatique, mais les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis le début de l’année, quelque 848 exemplaires de l’A390 ont été enregistrés en France, avec une majorité de véhicules qui ne sont pas achetés par des clients particuliers. On en dénombre 295 pour des démonstrations ou une utilisation commerciale, ce qui montre une orientation plutôt institutionnelle ou commerciale que personnelle. La forte baisse dès août, avec seulement 72 immatriculations, conforte l’idée d’un modèle qui peine à convaincre un public plus large. La question se pose alors : la commercialisation de cette voiture peut-elle encore s’inscrire dans une logique de succès ?

Le seul autre modèle, un avenir incertain

Une autre source d’inquiétude provient de la disparition de l’A110 thermique, dont la production a été arrêtée en juin, après avoir compilé près de 28 700 exemplaires depuis 2017. Depuis cette date, l’A390 est le seul modèle fabriqué dans l’usine de Dieppe. La future version électrique de l’A110, très attendue, n’a été que présentée sous forme de maquette au dernier Mondial de l’Automobile, prévu pour décembre 2022. La production de ce nouveau modèle ne devait pas commencer avant plusieurs mois, ce qui laisse un vide certain du côté de l’offre d’Alpine et laisse planer un doute sur la relance future de la gamme.

Les raisons du lancement difficile de l’A390 ne se limitent pas à ses chiffres de vente. La presse spécialisée soulignait dès le départ ses qualités : le véhicule bénéficie d’un design attrayant et d’un comportement routier à la hauteur des attentes. La version sportive GTS a même été retardée, en raison de difficultés de fabrication des batteries chez Verkor, mais ces problèmes n’expliquent pas à eux seuls l’accueil timide réservé à cette voiture. La problématique principale semble résider dans le positionnement marketing et stratégique de l’A390. Bien qu’elle offre un tarif plus accessible que les voitures allemandes équivalentes, elle ne parvient pas à se démarquer suffisamment pour séduire.

Une offre peu compétitive et un marché saturé

Le prix élevé de départ, qui oscille entre 67 500 et 78 000 euros selon la version, place l’A390 dans la catégorie des SUV haut de gamme, directement en concurrence avec des modèles allemands comme le Porsche Macan électrique. Toutefois, même si Alpine revendique une certaine accessibilité, elle ne propose pas le prestige ni l’exclusivité des marques de luxe allemandes. En outre, sa technologie à 400 volts, qui permet des recharges rapides, reste en deçà de ce que proposent des modèles plus abordables, comme la Tesla Model Y Performance ou des SUV chinois très performants sur le plan technique. La comparaison soulève alors une nouvelle question : cette Alpine justifie-t-elle vraiment son prix et ses caractéristiques au regard du marché actuel ?

L’intérieur de l’A390 reflète cette difficulté à offrir une expérience premium différente de celle d’un Renault Scénic, tout en n’atteignant pas le niveau de luxe ou de technologie des marques plus prestigieuses. La présence d’un tableau de bord qui ressemble à celui d’un véhicule grand public, l’absence d’éléments comme l’affichage tête-haute ou de certaines aides à la conduite avancées, ainsi que la suspension non pilotée, donnent une impression d’approximation et de copie peu valorisante. Pour beaucoup, la différence de prix avec un véhicule familial comme le Scénic ne paraît pas justifiée.

Une philosophie en question : la marque Alpine en difficulté

Au-delà des chiffres, le problème de fond réside dans la philosophie même d’Alpine. La marque, ayant toujours été associée à la légèreté, à la performance et à une certaine exclusivité, semble aujourd’hui en contradiction avec ses produits électriques lourds et peu différenciés. La voiture électrique pèse environ 2 124 kilos, ce qui va à l’encontre de l’image d’une Alpine vive, agile et légère. De plus, pour beaucoup d’amoureux de la marque, voir un SUV arborant le blason Alpine est déjà un sacrilège, qui trahit l’esprit initial. Et si, en prime, cette version n’offre qu’une motorisation électrique, cela semble définitivement éloigner la clientèle fidèle.

Ce véhicule ne parvient pas non plus à attirer une nouvelle clientèle, surtout dans un contexte où le marché des SUV électriques est déjà saturé de modèles compact et performants, souvent à des prix plus compétitifs. La claustrophobie ressentie à l’intérieur, le profil fastback qui limite la visibilité arrière, et le manque d’espace intérieur compromettent aussi son attractivité pour une famille. En somme, l’A390 apparaît comme un modèle qui peine à convaincre dans un secteur où la concurrence est féroce et où l’offre est abondante sans pour autant offrir d’avantages clairs pour le consommateur.

Quel avenir pour la marque Alpine ?

Face à cette situation, il est légitime de se demander quel sera le futur d’Alpine. Le lancement de cet A390, qui pourrait être qualifié de mitigé, pourrait inciter la marque à revoir son positionnement tarifaire ou à envisager une diversification de sa gamme. La marque n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations en ce qui concerne ses projets futurs ou ses intentions stratégiques, laissant planer une incertitude quant à ses ambitions. La prochaine grande étape sera peut-être la relance de l’A110 sous sa nouvelle formule électrique, ce qui représentera un défi aussi bien technique que commercial.

En résumé, le chemin que devra emprunter Alpine pour retrouver le succès semble semé d’embûches. La crédibilité de la marque, son identité sportive et exclusive, ainsi que son positionnement économique, seront autant de facteurs cruciaux pour faire face à un marché du SUV électrique qui, pour l’instant, lui refuse le succès escompté. La véritable test de cette transition électrique passera sans doute par la capacité d’Alpine à redéfinir ses ambitions et à séduire une clientèle de plus en plus exigeante et diversifiée.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.