Le régime cétogène est-il efficace pour perdre du poids ?

Sophie Lambert

Le régime cétogène : une alimentation riche en lipides et pauvre en glucides

Le régime cétogène, souvent appelé régime Keto, se caractérise par une consommation très élevée en matières grasses tout en limitant fortement l’apport en glucides. Ce mode d’alimentation vise à induire un état physiologique appelé cétose, qui se manifeste par la production de corps cétoniques par l’organisme. Selon l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), ces molécules sont synthétisées à partir des graisses lorsque le corps ne dispose plus de réserves suffisantes en sucre. En effet, lorsque le glucose n’est plus accessible comme source d’énergie, l’organisme va puiser dans ses réserves lipidiques pour fabriquer des corps cétoniques, qui prendront alors le relai pour alimenter ses besoins énergétiques. Ce processus naturel, appelé lipolyse, est au cœur de l’efficacité du régime cétogène.

Une alimentation délibérée en glucides et en graisses

Dans la pratique, l’approvisionnement en sucres est fortement réduit dans le cadre du régime cétogène, notamment en évitant les aliments riches en glucides. Cela concerne aussi bien les sucreries – comme les bonbons et les biscuits – que les féculents tels que les pâtes, le riz ou encore les pommes de terre. Les légumineuses comme les lentilles ou les pois chiches, ainsi que la majorité des fruits, sont également limités. En parallèle, la consommation de produits riches en lipides est particulièrement encouragée : crème, beurre, huiles végétales… cette abondance en graisses vient compenser le déficit en glucose, car grâce à l’absence de ces sucres, le corps est contraint de se rabattre sur ses réserves de graisse pour produire l’énergie nécessaire. Ce processus métabolique permet alors au corps de fonctionner même en l’absence d’un apport accru en glucides.

Les précautions concernant la consommation de protéines et de légumes

Selon les experts de l’INRAE, l’apport en protéines dans le régime cétogène n’est pas un facteur déterminant. Il s’agit alors d’intégrer une quantité modérée de protéines, issues notamment du fromage, des œufs, des poissons ou des viandes. La consommation de légumes est également autorisée et même recommandée, mais elle doit être surveillée. En effet, puisqu’il est impératif que l’apport en glucides ne dépasse pas 5 % de l’énergie totale consommée chaque jour, soit environ 50 grammes sur une journée, il est essentiel de bien calculer la part de glucides issus des légumes et autres aliments. La maîtrise de ces quantités permet de rester en cétose tout en maintenant une alimentation équilibrée.

Une alternative au jeûne : diminuer les glucides plutôt que s’abstenir complètement

Historiquement, c’est Guillaume Guelpa, un médecin français spécialiste du diabète, qui a proposé dans la première moitié du 20e siècle l’idée d’utiliser le jeûne pour lutter contre cette maladie. Son objectif était d’obliger le corps à puiser sur ses réserves énergétiques jusqu’à épuisement du glucose stocké dans les tissus, ce qui favorise la réduction du taux de sucre dans le sang. Cependant, en raison des dangers liés à l’abstinence totale, un autre chercheur, Russell Morse Wilder, a suggéré une solution plus sûre : diminuer fortement la consommation de glucides dans l’alimentation, afin de promouvoir la lipolyse sans les risques liés au jeûne strict. Cette approche, plus contrôlée, s’est avérée efficace pour mieux gérer le diabète.

Le régime cétogène pour la gestion du diabète : un traitement prometteur mais non curatif

Selon l’INRAE, réduire considérablement la consommation de glucides dans l’alimentation permet d’obtenir une amélioration notable du contrôle glycémique, c’est-à-dire la gestion du taux de glucose sanguin. Le régime cétogène pourrait même s’avérer plus efficace que des régimes très faibles en calories, qui n’excluent pas totalement les glucides, pour stabiliser la glycémie. Toutefois, il est important de préciser que ce régime ne constitue pas une cure du diabète. Il s’agit plutôt d’un outil pour mieux contrôler la maladie, sans pour autant faire disparaître la nécessité d’un suivi médical régulier.

Une fausse idée : le régime cétogène ne soigne pas le cancer

Il existe des idées reçues selon lesquelles le régime cétogène pourrait bénéficier au traitement du cancer. Cependant, l’INRAE affirme qu’aucune preuve scientifique n’appuie cette hypothèse. À ce jour, aucune étude ne montre que réduire la consommation de glucides ait un quelconque effet thérapeutique sur la maladie. Il est donc important de distinguer les régimes qui peuvent aider à la gestion de certaines pathologies, de ceux qui prétendent guérir ou soigner totalement des maladies graves sans fondement médical solide.

La perte de poids et ses limites dans le régime cétogène

Ce régime est souvent perçu comme une méthode efficace pour lutter contre l’obésité. La présence de corps cétoniques dans le corps a pour effet de diminuer la sensation de faim, ce qui peut inciter à réduire l’apport calorique. De plus, il est possible de consommer des aliments gras en grande quantité, ce qui facilite la satiété. Cependant, cette perte de poids n’est souvent que temporaire, puisque l’INRAE souligne le risque de rebond une fois le régime arrêté. Ainsi, dans le contexte de la gestion du poids, le régime cétogène ne diffère pas fondamentalement des autres régimes hypocaloriques et ne constitue pas une solution durable à long terme.

Les risques potentiels d’un régime cétogène à long terme

D’après une étude réalisée en 2025 sur des modèles animaux, la consommation prolongée d’un régime cétogène pourrait entraîner plusieurs effets indésirables. Les chercheurs ont observé que ce type d’alimentation pourrait provoquer une hyperlipidémie, c’est-à-dire une augmentation du cholestérol LDL, souvent désigné comme « mauvais » cholestérol. De plus, le foie pourrait alors être gravement affecté, menaçant le développement d’une stéatose hépatique ou foie gras. La tolérance au glucose pourrait également se dégrader, rendant la régulation glycémique plus difficile. Bien que ces résultats concernent pour l’instant des études sur des rongeurs, ils incitent à la prudence. Les auteurs de la recherche insistent sur le fait que l’adoption d’un régime cétogène à long terme demande une supervision médicale rigoureuse pour éviter des complications métaboliques graves.

En synthèse, bien que le régime cétogène présente certains bénéfices dans des contextes précis, ses risques potentiels à long terme nécessitent une évaluation attentive et un suivi médical diligent.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.