L’Arabie saoudite accuse les Houthis d’avoir attaqué La Mecque

Sophie Lambert

Une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite a accusé ce mercredi les rebelles houthis du Yémen d’avoir lancé une attaque par drone contre La Mecque, ville sacrée de l’islam. Ces allégations ont été réfutées par les Houthis, qui soutiennent n’avoir rien à voir avec cette attaque. Selon eux, ils auraient même abattu un avion de chasse appartenant à l’aviation saoudienne, tout en dénonçant l’ampleur des frappes aériennes menées par Riyad dans leur pays voisin. Depuis plusieurs mois, les tensions s’intensifient dans la péninsule arabique, où chaque partie tente de justifier ses actions face à l’escalade persistante du conflit.

Les tensions autour de La Mecque et la réaction saoudienne

Ce mardi, la défense antiaérienne saoudienne a intercepté ce qu’ils ont décrit comme un drone hostile que la milice houthie aurait lancé en direction de « la sainte capitale » islamique. Selon un communiqué publié par l’alliance militaire, cette interception a eu lieu dans la partie sud de la ville, qui accueille chaque année des millions de pèlerins venus honorer leur foi. La coalition a mis en garde contre toute atteinte aux deux mosquées sacrées et à leurs visiteurs, considérant cela comme une ligne rouge à ne pas franchir. De leur côté, l’Organisation de la Coopération Islamique (OCI) a dénoncé ces attaques comme des « actes odieux », soulignant qu’ils portent atteinte à la sacralité des lieux saints et heurtent la sensibilité des musulmans à travers le monde.

Les houthis contestent toute implication

Les rebelles houthis, qui ont depuis le début du mois de septembre intensifié leurs attaques contre l’Arabie saoudite — un allié essentiel du gouvernement yéménite —, ont catégoriquement rejeté toute responsabilité dans l’attaque contre La Mecque. L’un d’eux, Hazm al-Assad, a qualifié ces accusations de « mensonge éculé » sur la plateforme X, anciennement Twitter. Le gouvernement saoudien avait lancé une alerte aérienne lundi matin concernant la ville sainte, ce qui constituait la première alerte officielle dans cette zone lors de cette période. La tension monte donc autour de La Mecque, siège du pèlerinage annuel, un moment crucial pour la communauté musulmane.

Les implications régionales et la pirouette diplomatique

L’ambassade américaine en Arabie saoudite a conseillé à ses ressortissants de reconsidérer tout déplacement dans le royaume, notamment en évitant tout déplacement à proximité de la frontière yéménite. La situation géopolitique dans la région reste volatile, notamment parce que les Houthis contrôlent désormais le littoral yéménite qui borde la mer Rouge, ainsi que le détroit stratégique de Bab el-Mandeb. Leur contrôle de ces territoires augmente considérablement la fragilité de la navigation dans cette zone clé pour le commerce mondial du pétrole, augmentant la tension entre plusieurs acteurs régionaux et mondiaux.

Les dirigeants saoudien et égyptien, Mohammed ben Salmane et Abdel Fattah al-Sissi, ont conjointement insisté ce mardi lors d’une réunion au Caire sur l’importance de garantir la liberté et la sécurité de la navigation maritime dans cette région stratégique. Le passage par la mer Rouge, reliant l’Europe à l’Asie via le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb, est vital pour le commerce mondial. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, cette route revêt une importance accrue, en particulier pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole. Face au verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran, la maîtrise de Bab el-Mandeb devient une priorité stratégique pour Riyad. Un responsable qatari a souligné que l’arrêt du transit dans ce détroit serait « catastrophique », rappelant que près d’un cinquième des hydrocarbures transitant mondialement passait par cette voie avant la guerre en Irak.

Les Houthis, pour leur part, assurent qu’il n’y a aucune menace réelle pour la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, sauf pour les navires saoudiens, qu’ils considèrent comme des cibles légitimes en raison des frappes saoudiennes dans leur pays.

Une escalade militaire et des tensions accrues

Au cours d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU à New York, l’ambassadeur yéménite, Abdullah Al-Saadi, a affirmé que ses forces allaient reprendre le contrôle de chaque zone de leur territoire, soulignant que « le Yémen défend les intérêts du reste du monde » dans sa lutte contre la rébellion. Il a également lancé un appel à la communauté internationale pour obtenir un soutien accru. Parallèlement, Yahya Saree, porte-parole des houthis, a accusé les forces saoudiennes d’avoir mené pas moins de 52 frappes aériennes en 24 heures dans différentes régions du Yémen, touchant des infrastructures civiles et aggravant la crise humanitaire. La semaine précédente, les houthis avaient visé le sud de l’Arabie saoudite, blessant une douzaine de civils, tout en étant accusés par Riyad de s’attaquer également aux installations pétrolières de leur voisin.

L’Arabie saoudite est désormais confrontée à une menace tripartite : la bataille dans ses détroits stratégiques, l’arrêt de ses oléoducs classiques reliant l’Est à l’Ouest (qui contourne le détroit d’Ormuz) suite à des attaques de drones venues d’Irak, et la montée des prix mondiaux du pétrole. Le prince héritier, Mohammed ben Salmane, cherche à renforcer ses alliances, notamment avec les États-Unis et l’Égypte, cette dernière craignant une chute de ses revenus provenant du canal de Suez en raison du déploiement de menaces en mer Rouge.

Impact économique et situation humanitaire

Les fluctuations du marché pétrolier se font sentir : mercredi matin, le prix du baril de Brent de la mer du Nord s’établissait à environ 108,5 dollars lors des premiers échanges en Asie, enregistrant une légère baisse mais restant environ 80 % supérieur à son niveau d’avant le début des hostilités dans le Golfe fin février. La guerre et les attaques aériennes ont déplacé plus de 100 000 personnes depuis septembre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ce qui témoigne de l’aggravation de la crise humanitaire dans cette région déjà en proie à de nombreuses tensions. La situation demeure volatile, avec des risques d’extension du conflit et d’impact sur l’économie mondiale.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.