L’amour sans désir : peut-on être en couple sans ressentir de désir pour son ou sa partenaire ?

Sophie Lambert

Les fondamentaux de l’amour et du désir : une perspective claire

Lorsqu’on évoque les notions d’amour et de désir, la sexologue Diane Deswarte insiste d’abord sur l’importance de bien définir ces termes pour mieux comprendre leur nature. Elle précise que l’amour peut être considéré comme « un sentiment profond d’attachement envers une autre personne, une volonté de créer des liens durables », une déclaration qui met en lumière cette dimension renfermée sur la connexion émotionnelle. Selon elle, l’amour ne se limite pas à une simple attirance physique, mais englobe une compréhension plus profonde des sentiments de l’autre et une volonté partagée de construire quelque chose ensemble.

Concernant le désir, la spécialiste explique qu’il se rapporte davantage à une composante plus orientée vers l’aspect sexuel, une sorte d’élan érotique ou physique à proximité de l’autre. En ce sens, le désir est souvent associé à une excitation ou à une attirance d’ordre sexuel et irrésistible. Elle souligne d’ailleurs qu’il est tout à fait possible d’éprouver de l’amour pour quelqu’un sans nécessairement ressentir un désir sexuel envers cette personne, ce qui introduit une nuance essentielle dans la compréhension de ces deux notions.

Amour sans désir, où se situe la frontière ?

Diane Deswarte évoque ensuite différentes configurations possibles dans la vie relationnelle. Parmi celles-ci, elle distingue clairement le fait d’être amoureusement attaché à quelqu’un sans pour autant ressentir un désir sexuel pour cette personne. Elle précise que cette distinction peut donner lieu à des situations où l’amour s’épanouit sans que la sexualité ne joue un rôle prédominant. Cela met en évidence la complexité et la diversité des émotions humaines lorsqu’il s’agit de relations intimes. Elle ajoute que dans certains cas, ce phénomène peut également correspondre à une orientation asexuelle, qui se caractérise par l’absence ou une très faible intensité du désir sexuel.

Elle poursuit en parlant de « freins ou blocages » pouvant influencer la sexualité. Ces derniers, explique-t-elle, peuvent résulter de traumatismes anciens, d’expériences de violence, ou encore de stress important. Elle insiste sur le fait que ces obstacles ne touchent pas exclusivement un sexe en particulier, même si, dans les observations cliniques, ils seraient davantage détectables chez les femmes. Ces blocages sont souvent d’origine comportementale et peuvent s’inscrire dans la durée, modifiant la perception du désir au sein du couple.

Elle mentionne aussi l’importance de considérer l’espace réservé au désir dans la dynamique du couple. La question posée est celle de savoir si le couple partage encore des moments d’intimité, comme des câlins ou des tendresses, ou si ces moments tendent à disparaître. La perte de cette dimension peut indiquer une évolution ou un recul du désir partagé, un aspect qui mérite souvent réflexion.

Vivre sereinement une relation sans désir

La question qui se pose alors concerne la manière d’appréhender cette réalité : un amour dépourvu de désir constitue-t-il un problème ? Diane Deswarte souligne qu’il existe effectivement des couples où une acceptation mutuelle conduit à vivre sans sexualité ou avec une très faible présence de celle-ci, sans que cela entraîne forcément une souffrance. Pour ces partenaires, l’essentiel réside dans l’accord et la compréhension mutuelle, montrant ainsi qu’une relation peut exister dans une grande harmonie même en dehors de la conception traditionnelle de la sexualité.

La question du non-désir dans le couple ne doit pas être systématiquement perçue comme un obstacle. Elle dépend surtout de la compatibilité des attentes et des besoins de chaque partenaire, ainsi que d’une communication ouverte pour éviter toute incompréhension ou frustration. Dans cette optique, il est essentiel de prendre le temps de discuter sincèrement de ses ressentis et de ses attentes afin de construire une relation basée sur la confiance, la tendresse et le respect mutuel.

Gérer le décalage de désir : conseils et précisions

En revanche, dès qu’un décalage apparaît dans le désir entre les partenaires, il peut générer des tensions, surtout si l’un des deux éprouve un désir plus faible ou absent. Diane Deswarte conseille alors d’aborder cette différence de manière constructive, en dialoguant dans un esprit de compréhension plutôt que de reproche. Elle précise que la communication doit se faire avec tact et bienveillance, en évitant de pointer du doigt l’autre, mais plutôt en exprimant ses propres sentiments, ses doutes et ses ressentis. Il est important de partager ce que l’on traverse, pour que l’autre puisse comprendre la manière dont la situation affecte chacun.

Une étape souvent recommandée est de consulter un professionnel. Psychologue ou sexologue, ces spécialistes peuvent aider à explorer les causes de ce décalage, qu’elles soient psychologiques, émotionnelles, ou physiques. Comprendre qu’il ne faut pas réduire le désir au seul aspect biologique ou sexuel, mais aussi en faire un baromètre émotionnel, évite de tirer des conclusions hâtives ou de faire porter une responsabilité unique à l’un ou à l’autre. Finalement, il est crucial de se rappeler que l’amour ne se résume pas à une histoire de désir, mais englobe une multitude d’aspects relationnels et affectifs qui peuvent évoluer ou se maintenir même en l’absence de différences de libido.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.