La fatigue décisionnelle, un risque quand faire des choix devient épuisant

Sophie Lambert

Le nombre impressionnant de décisions quotidiennes chez l’adulte américain

En 2016, un chroniqueur du New York Times avait publié une information saisissante : un adulte aux États-Unis aurait à sa disposition en moyenne environ 35 000 choix à faire chaque jour. Ce chiffre, aussi étonnant qu’étonné, souligne la complexité de la vie moderne où chaque instant est susceptible d’être soumis à une sélection ou à une décision, qu’elle soit triviale ou cruciale.

Les décisions, un fardeau potentiel pour la santé mentale

Il est évident que la majorité de ces choix, pour la plupart, sont de nature insignifiante. Aller chercher un café, choisir sa tenue, ou décider de regarder un film sont autant d’actes qui, en surface, ne portent pas de conséquences majeures. Toutefois, des recherches scientifiques ont démontré que le processus même de prendre des décisions, même anodines, peut avoir un impact délétère sur notre état psychologique. En effet, une surcharge de décisions pourrait engendrer un stress mental, voire des troubles psychiques si elle devient chronique ou excessive.

Quota de décision : un concept élaboré dans les années 1990

Ce phénomène, connu sous le nom de fatigue décisionnelle, a été formulé dans les années 1990 par le psychologue social américain Roy Baumeister. Sébastien Hof, psychothérapeute et spécialiste, explique que ce concept repose sur l’idée qu’un individu disposerait d’un certain « quota » de décisions qu’il peut effectuer dans une journée. Lorsqu’un seuil est atteint, il en résulte une forme d’épuisement mental similaire à la fatigue musculaire ressentie après un effort physique prolongé. De plus, plus une décision est lourde de conséquences ou impacte de manière significative la vie sociale ou personnelle, plus le risque d’épuisement mental s’accroît, ce qui peut amplifier les effets négatifs sur l’individu.

Les effets de l’épuisement décisionnel : irritabilité et procrastination

Ce processus aboutit inévitablement à une réduction de notre capacité à faire des choix de manière réfléchie ou à exercer un contrôle sur notre comportement lorsqu’il s’agit de décider. De manière concrète, cela peut se traduire par :

  • Une tendance accrue à repousser indéfiniment certaines décisions, afin d’éviter la fatigue mentale;
  • Une difficulté à différencier et à évaluer objectivement les différentes options à disposition ;
  • Une réaction impulsive ou irritable, qui peut mener à des décisions hâtives et éventuellement nuisibles ou regrettables. Sébastien Hof précise : « Nous manquons alors de la force mentale nécessaire pour réfléchir sereinement. En conséquence, nous tendons à simplifier les choix en les expédiant rapidement. »

Le besoin vital de repos pour déjouer la fatigue mentale

Identifier cette forme de fatigue mentale reste complexe, car elle s’inscrit souvent dans un contexte général d’épuisement, dû notamment à une surcharge mentale. Cette dernière peut résulter aussi bien des préoccupations personnelles que des obligations professionnelles, créant une charge émotionnelle et cognitive conséquente. Selon Sébastien Hof, il est crucial de reconnaître ce signe d’épuisement pour mieux y faire face et éviter de s’enliser dans une spirale négative. La solution passe par un ralentissement du rythme et un repos régulier destiné à redonner de l’énergie à l’esprit.

Prendre soin de sa santé mentale par la régulation des choix

Pour préserver notre santé mentale face à cette surcharge, il est conseillé d’adopter quelques bonnes pratiques, notamment :

  • S’accorder des périodes de repos régulières, que cela soit quotidien ou hebdomadaire, afin de permettre à son cerveau de se ressourcer ;
  • Incorporer dans sa routine des activités relaxantes ou récréatives telles que pratiquer une activité sportive, écouter de la musique ou méditer pour apaiser l’esprit ;
  • Réduire le nombre de décisions à prendre en fixant des priorités claires et en déléguant lorsque cela est possible ;
  • Identifier quels moments de la journée sont les plus propices à faire de grandes décisions, par exemple en privilégiant le matin lorsque l’esprit est généralement plus clair.

Enfin, si ce sentiment d’épuisement mental persiste ou s’intensifie, il est judicieux de consulter un professionnel de santé, notamment un médecin traitant, pour évaluer sa situation et envisager des stratégies adaptées.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.