L’épopée de la marque Hommell et le rêve de la berlinette française
En février 1990, dans une rue emblématique de Paris, la rue de Lille, trois hommes se retrouvent autour d’un déjeuner au restaurant « La Calèche », situé juste en face des locaux du magazine dédié au sport automobile, « Échappement ». Ce jour-là, une rencontre inattendue bouleverse probablement leur état d’esprit, car ils partagent dès lors une vision commune sur la passion automobile et la volonté de créer quelque chose de nouveau dans l’univers français.
Parmi eux, Michel Hommell, ancien pilote de la Coupe R8 Gordini, dirige désormais un groupe de presse qui porte son nom. Il est aussi l’éditeur de nombreux magazines dédiés à l’automobile, ce qui lui confère une connaissance approfondie du secteur et des attentes du public. Gilles Dupré, autre ancien pilote de Formule Renault, partage également cette passion pour la vitesse et la course. Enfin, Charles Rédélé, fils de Jean Rédélé, fondateur historique d’Alpine, représente la lignée qui a façonné la légende de la performance sportive en France. Ces trois hommes, issus du monde de la compétition et de la passion automobile, se retrouvent à la même table pour discuter de leurs visions respectives.
Une Alpine en pleine crise
Au fil des échanges, un constat frappe tous : la marque Alpine, qui venait de dévoiler l’Alpine V6 GT, semble s’égarer dans une trajectoire qui ne leur paraît plus adaptée. La petite communauté de passionnés décrète que l’identité même d’Alpine, construite sur la légèreté et la performance, est en danger. Pour eux, pousser Alpine à concurrencer Porsche, c’est s’éloigner de son noyau dur : la conception de voitures agiles, légères, et accessibles à une clientèle exigeante. Michel Hommell va plus loin en posant une question qui résume leur réflexions : “Qu’est-ce qui nous empêche de concevoir notre propre voiture de sport ?” Une véritable invitée au rêve pour ces hommes qui veulent redonner à la France une berlinette digne de ce nom.
Le projet de créer une véritable berlinette française
L’idée d’élaborer une voiture purement française, une berlinette à l’image des modèles mythiques, naît lors d’un repas entre passionnés. Gilles Dupré, qui est également un ingénieur, participe à transformer cette envie en projet concret. En quelques minutes seulement, Michel Hommell, Gilles Dupré et l’équipe qu’ils veulent constituer décident que Hommell deviendra constructeur automobile afin de lancer une voiture sportive à la hauteur des ambitions françaises. L’objectif : revenir aux fondamentaux, à la fois sportivité et simplicité, tout en apportant une touche d’innovation et de performance.
Il ne s’agit pas seulement d’un rêve : cette synergie permet d’établir une véritable feuille de route. La philosophie est claire : concevoir une voiture qui puisse rivaliser avec les meilleures, tout en conservant une identité propre, enracinée dans le savoir-faire français. Hommell souhaite montrer que la France peut produire une voiture sportive innovante, à la fois authentique et performante.
Un processus créatif alimenté par la passion
Le projet prend forme rapidement, notamment grâce à Gilles Dupré qui, en tant qu’ingénieur, possède un regard critique et précis sur ce que doit être cette berlinette. Dès le début, la collaboration entre les créateurs est fluide, et la stratégie est claire : produire une voiture qui réponde aux attentes d’un public exigeant, tout en respectant des contraintes strictes en matière de poids, de prix et de performances. La première étape importante consiste à créer un prototype. Erick De Pauw est chargé de concevoir le design, en utilisant la technique du modelage en clay, afin d’assurer le meilleur équilibre entre esthétique et sécurité.
Au printemps 1992, une maquette à l’échelle réelle voit le jour, formant la première étape vers la réalisation concrète du projet. La même année, les moules pour la carrosserie sont achevés, tandis que l’équipe travaille sur le châssis tubulaire et le câblage électrique. La production du premier prototype est alors sur le point d’être finalisée, incarnant la concrétisation d’un rêve ambitieux.
Une conception menée par une équipe passionnée
Le premier véhicule, surnommé « la Grand-mère », est construit à partir d’un châssis tubulaire provisoire, avec un moteur issu de la 309 GTI, développant 160 chevaux. La conception repose sur un procédé ingénieux, un véritable assemblage de pièces provenant de différentes voitures françaises. On retrouve ainsi des éléments de suspension et de direction de la Peugeot 405, mais aussi des phares provenant de Citroën XM et des feux arrière de la ZX. Ce mélange de composants est une illustration de l’esprit de bricolage et d’originalité qui anime cette aventure.
L’aide de Peugeot fut déterminante, notamment pour permettre à la Berlinette de passer à la soufflerie de Saint-Cyr, afin d’optimiser ses propriétés aérodynamiques. Gilles Dupré, dès les premiers tests, améliore également la performance en utilisant des brins de laine pour étudier les flux d’air sur la carrosserie, apportant ainsi une touche artisanale à la recherche de performance.
Vendre rapidement, malgré une certaine difficulté
Une fois le prototype finalisé, la voiture s’avère visuellement très réussie. Toutefois, son design dépouillé, son confort minimaliste, et son prix élevé la destinent à un marché très restreint, réservé à une clientèle passionnée et adepte de sensations fortes. Michel Hommell, conscient que cette voiture ne séduira pas forcément le plus grand nombre, décide de mettre en place un réseau de concessionnaires spécialisés pour la commercialiser.
Acquérir une Berlinette Hommell exigeait pour le futur concessionnaire de disposer d’un équipement technique spécifique, comme un analyseur de gaz, un banc de réglage de géométrie, ou encore une valise de diagnostic Peugeot. Ces critères, ainsi que l’achat d’enseignes aux couleurs de la marque ou de voitures de démonstration, visaient à donner une image professionnelle et sérieuse de cette petite production. Malgré ces efforts, la commercialisation reste difficile, et le nombre d’exemplaires produits est relativement limité, environ une dizaine de concessions en France.
Une identité visuelle riche et une participation active
Le logo d’Hommell, représentant trois épis de blé sur fond bleu, symbolise à la fois la fertilité, la réussite, mais aussi ancre la marque dans ses racines rurales, notamment à Lohéac où Michel Hommell a investi dans un musée de l’automobile et un circuit. La participation de la marque à divers salons internationaux, comme le Mondial de l’Automobile, ainsi que ses nombreuses épreuves en compétition automobile, ont permis à Hommell de se faire une place dans le paysage automobile français.
Une caractéristique notable de la marque est sa capacité à évoluer rapidement. La gamme s’étoffe avec l’apparition de versions plus radicales, comme la Barquette découverte sans toit ou la RS, lancée en 1997. Ces modèles, dotés d’un moteur de 167 chevaux (RS) ou 195 chevaux (RS2), offrent une agressivité accrue tout en conservant leur esprit sportif. Le restylage de ces voitures repose notamment sur de nouveaux éléments esthétiques : doubles optiques, arches de roues retravaillées, nouveaux boucliers et feux, pour continuer à séduire une clientèle passionnée et exigeante.
La fin d’un rêve passionné
Après douze années d’aventure, Michel Hommell sent que la situation financière du projet devient de plus en plus difficile à soutenir. La réglementation stricte, les coûts de homologation, et la niche de marché limitée rendent le développement coûteux et de plus en plus difficile à maintenir. Dans un édito publié dans le magazine Échappement, en décembre 2003, il explique : « Quand nous avons lancé la Berlinette Échappement en 1992, nous ne pensions pas durer aussi longtemps. C’était une petite équipe de passionnés, avec peu de moyens mais beaucoup d’enthousiasme. La passion, ce n’est pas l’argent qui fait avancer, c’est la motivation. Aujourd’hui, les règles deviennent si strictes qu’il devient compliqué de continuer sans une structure beaucoup plus importante. »
Finalement, Michel Hommell officialise la fin de l’aventure automobile de sa marque, en annonçant dans son magazine que l’activité n’est plus soutenable d’un point de vue financier. La production aura permis de réaliser un total de 242 voitures, une performance remarquable pour une petite marque française portée par une passion immense. Cette aventure, riche en innovations et en moments d’émotion, restera gravée comme l’un des plus beaux exploits de la passion automobile française.
Le symbole de la marque, un logo évoquant la ruralité et la réussite, reflète tout à la fois l’origine et l’ambition d’Hommell dans le domaine de l’automobile. La participation régulière aux grands salons, la compétition et la création d’un musée témoignent d’une volonté forte de promouvoir cette passion à l’échelle nationale et internationale.






