Faut-il obliger mon enfant à faire des bisous s’il refuse ?

Sophie Lambert

Respecter le droit de l’enfant à choisir ses contacts physiques

Lorsqu’un enfant exprime son refus de faire un bisou, que ce soit à sa grand-mère ou à son oncle, il est crucial de respecter sa décision. Il ne faut pas tenter de le forcer ou le culpabiliser. Selon Valérie Sengler, psychanalyste exerçant à Saint-Mandé et à Paris, chaque enfant est une personne à part entière, dotée de ses propres besoins et de son autonomie corporelle. Elle insiste sur le fait que même lorsqu’il s’agit d’un membre proche de la famille, l’enfant doit pouvoir décider de ce qu’il souhaite ou non en ce qui concerne le contact physique. Il est fondamental de lui donner la possibilité d’écouter ses sensations et ses préférences, plutôt que de lui imposer un geste qu’il ne désire pas consentir.

La nécessité d’appliquer le principe du consentement dès l’enfance

Il est également pertinent de rappeler qu’un principe essentiel en matière de respect des relations humaines – à savoir ne pas embrasser ou toucher quelqu’un sans son accord – doit également s’appliquer aux enfants. La thérapeute souligne que l’on a parfois tendance à considérer les enfants comme des objets de contact ou de gestes affectifs, ce qui n’est pas approprié. Dès leur plus jeune âge, il convient de leur apprendre que leur corps leur appartient entièrement. Cela passe notamment par la communication entourant les bisous ou autres gestes de tendresse en famille. À travers cet apprentissage, l’enfant comprend qu’il a le droit de dire non si une interaction lui fait se sentir mal à l’aise ou si elle ne correspond pas à ses souhaits.

Les moments où le refus peut apparaître plus fréquent

Il est fréquent que les enfants manifestent plus souvent leur refus de contacts physiques à certains moments précis de leur développement. La période autour de 5 ou 6 ans voit souvent apparaître cette résistance, de même que durant l’adolescence, où le désir de préserver un espace personnel devient particulièrement important. Par ailleurs, la nature de la relation peut influencer la perception de ces gestes. Par exemple, un grand-parent que l’on ne voit que quelques fois par an n’est pas nécessairement perçu comme une figure très proche, même s’il appartient à la famille. Ce contexte peut expliquer que l’enfant soit moins enclin à accepter des démonstrations d’affection lors de ces rencontres occasionnelles.

Le rôle des parents : protéger sans culpabiliser

Dans la gestion de ces situations, le rôle des parents est souvent délicat. Par crainte de froisser la famille ou d’être jugés, ils peuvent ressentir une certaine gêne face au refus de leur enfant. Toutefois, Valérie Sengler rappelle que c’est généralement le parent lui-même qui se sent mal à l’aise dans ces situations, et non l’enfant. La responsabilité première du parent est donc de soutenir son enfant, en lui permettant d’exprimer librement son refus et de le défendre face à la pression extérieure. Il ne doit en aucun cas transformer cette situation en conflit ou en rempart face à la famille élargie.

Mieux communiquer pour instaurer la confiance

Pour apaiser la situation, le parent peut simplement évoquer une raison plausible pour expliquer le refus, par exemple une barbe qui gratte ou un simple inconfort. Il est également conseillé de proposer des alternatives pour saluer ou manifester son affection, comme un signe de la main, une poignée de main ou un salut avec un geste symbolique comme un « check », ou même un bisou soufflé sur la main. Ces solutions permettent d’instaurer une communication adaptée, tout en respectant le ressenti de l’enfant.

Valoriser la capacité de l’enfant à poser ses limites

Une autre approche consiste à présenter le refus de l’enfant comme une qualité, une preuve de son autonomie et de son discernement. Par exemple, on peut dire que cela montre qu’il sait ce qu’il souhaite, qu’il est capable de dire non avec assurance. Reconnaître cette attitude comme saine et légitime aide à renforcer l’estime de soi de l’enfant. Valérie Sengler insiste également sur le fait que si un adulte se vexe ou se sent blessé par ce refus, cela revient à ses propres émotions et non à l’attitude de l’enfant. Ce dernier n’a pas à faire plaisir à un adulte en acceptant un contact qui le met mal à l’aise.

Pour une éducation à la frontière entre respect et autonomie

Le fait d’apprendre à un enfant à dire non est essentiel pour lui faire prendre conscience de sa propre valeur. Cela lui permet de poser des limites claires et de renforcer sa confiance en lui. Plus important encore, cette capacité de protection personnelle constitue une démarche préventive contre d’éventuels abus ou violences. En encourageant l’autonomie et le respect de ses propres besoins, on prépare l’enfant à établir des relations équilibrées et respectueuses tout au long de sa vie.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.