Ce qu’Emmanuel Macron annoncera jeudi sur les prix des carburants et la guerre

Sophie Lambert

Il est prévu qu’Emmanuel Macron participe à un entretien diffusé ce jeudi sur TF1 et France 2, dans lequel il devra aborder un sujet complexe. Il s’agira de prendre du recul par rapport à la question des prix des carburants, en élargissant la discussion aux crises mondiales. L’objectif du président sera d’expliquer aux citoyens en quoi les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient influencent directement leur quotidien, notamment en ce qui concerne le coût des essences, qui atteint actuellement des sommets dans les stations-service. La mesure d’aide destinée aux automobilistes, notamment ceux qui parcourent de longues distances, a été élargie pour concerner plus de cinq millions de Français. Cependant, certains la considèrent insuffisante, face au refus du gouvernement de réduire les taxes sur les carburants, une décision qui aurait pour effet d’accroître encore davantage le déficit déjà colossal de l’État. Dans l’entourage du chef de l’État, on admet que le chèque de 100 euros proposé ne suffit pas pour couvrir les frais d’un ou deux pleins par semaine, requis pour se rendre au travail.

Emmanuel Macron devrait également souligner qu’il n’est pas resté inactif face à cette situation. Le président français s’est engagé dans plusieurs démarches diplomatiques pour atténuer la hausse du prix du pétrole et assurer l’approvisionnement en énergie pour l’hiver à venir. En août dernier, il a rencontré Mohamed ben Salmane, le prince héritier d’Arabie saoudite. Leur entretien n’a pas seulement porté sur le projet saoudien d’investir six milliards d’euros dans trois parcs à thème en Île-de-France, dont un dédié à la franchise « Dragon Ball », mais également sur la sécurité des infrastructures clés telles que les oléoducs en Arabie saoudite ainsi que le détroit de Bab-el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au canal de Suez, tout en permettant de contourner le détroit d’Ormuz contrôlé par l’Iran.

Lors d’un échange avec Donald Trump à New York, le mardi précédent, Emmanuel Macron a proposé aux États-Unis leur assistance pour sécuriser leurs approvisionnements en pétrole. Plus précisément, il a suggéré d’aider à protéger les sites énergétiques en Arabie saoudite, premier fournisseur mondial de brut, contre les attaques perpétrées par les Houthis, un groupe soutenu par l’Iran.

Une impasse potentielle jusqu’à la présidentielle ?

Au moment de l’assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron a appelé à un « double moratoire » sur les frappes visant les installations énergétiques et civiles en Russie et en Ukraine. Sa demande s’aligne sur celle de Donald Trump, qui avait exigé que Kiev mette fin à ses attaques contre les infrastructures russes, notamment les raffineries, considérées comme responsables d’une pénurie mondiale de diesel. La démarche de la France va toutefois au-delà, puisqu’elle s’adresse aussi directement à Vladimir Poutine. L’inquiétude grandit également en vue de la sécurité énergétique cet hiver, notamment en ce qui concerne l’approvisionnement en gaz.

Le président français a aussi tenu un discours destiné à la population dans lequel il a évoqué que, dans environ sept mois, lors de la tenue de l’élection présidentielle, le pays pourrait faire face aux mêmes crises internationales en Ukraine et au Moyen-Orient. Les prix du carburant ne reviendront probablement pas à leur niveau d’avant la guerre dans le golfe Persique, même si des efforts diplomatiques pourraient contribuer à faire diminuer leur coût à moins de deux euros le litre.

Il faut noter que la récente sortie de Macron lors d’un discours à l’ONU a soulevé quelques remous, notamment parce qu’il a insisté sur l’importance d’un double arrêt des hostilités. La première concerne les attaques contre les infrastructures énergétiques, tandis que la seconde concerne tous les combats qui pourraient affecter les civils en Russie et en Ukraine. Cette position a pour but de calmer les tensions et de tenter de favoriser une stabilisation, tout en reconnaissant la complexité d’un tel engagement.

Une résistance inégalée face à la crise énergétique et géopolitique

Lors d’un discours aux chefs de partis et candidats à la présidentielle, dans la salle de crise de l’Élysée, Emmanuel Macron a mis en garde contre la persistance des crises internationales. Il leur a expliqué qu’ils pourraient devoir faire face à de nouvelles turbulences liées à l’Ukraine et au Moyen-Orient dans moins de sept mois. La stabilité des prix des carburants, en particulier, semble compromise, car il est peu probable qu’ils retrouvent leur niveau d’avant le début du conflit dans le Golfe Persique. Toutefois, une certaine réduction pourrait intervenir grâce à l’action diplomatique, permettant peut-être de faire baisser le coût au-dessous de deux euros le litre.

Le président a aussi évoqué la situation intérieure et la manière dont il compte répondre à la colère des citoyens. Son intervention sur la crise des carburants met en évidence sa volonté de faire face à cette crise, tout en espérant que l’appel à relancer le mouvement des gilets jaunes en octobre prochain n’entraînera pas de nouvelles manifestations massives, compte tenu du contexte actuel, plus globalement, celui de la situation économique et des tensions internationales.

Une anticipation face aux menaces de cybersécurité et d’attaques hybrides

Dans le cadre de ses préparations aux risques liés aux tensions internationales, la France croit également à une intensification des attaques hybrides menées par la Russie contre ses intérêts. Emmanuel Macron a informé les responsables politiques vendredi dernier que ces menaces sont bien réelles et pourraient s’intensifier dans les prochains mois. Au début de campagne de communication, Marine Le Pen, qui s’était initialement montrée relativement sceptique face à ces risques, a changé d’attitude en critiquant la Russie de façon plus acerbe qu’auparavant.

Vladimir Poutine a émergé renforcé de ses récentes élections législatives, qui ont été organisées de manière à lui permettre de remporter une majorité confortable et ainsi poursuivre la guerre en Ukraine. La Russie pourrait continuer à tester les limites de la réponse européenne et des pays voisins, notamment avec des actions comme la tentative d’attaque au drone sur l’aéroport de Leipzig en Allemagne. Bien que cette bombe n’ait pas explosé, elle aurait pu causer des pertes importantes. La France, quant à elle, a mis en place un nouveau dispositif d’alerte et de sécurité nationale, qui reste en dessous de l’état d’urgence, mais permet d’anticiper toute forme d’attaque ou de menace pouvant frapper le territoire.

Les experts s’attendent à une recrudescence des tactiques hybrides et de cyberattaques, dans la continuité des stratégies de la Russie. La vigilance reste de mise, notamment pour les pays baltes, dont la sécurité est considérée comme prioritaire dans cette nouvelle configuration. Une réponse coordonnée sera essentielle pour faire face à une multiplication potentielle de ces menaces.

En somme, Emmanuel Macron joue son rôle d’acteur diplomatique et de leader face à un environnement international toujours plus tendu, tout en tentant de gérer une crise économique domestique qui s’alourdit chaque jour. La question centrale demeure celle de savoir si ses initiatives diplomatiques suffiront à stabiliser la situation, ou si la France devra faire face à des événements imprévus qui pourraient compliquer encore davantage la donne.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.