Une vingtaine de familles portent plainte contre la mairie de Paris pour le scandale du périscolaire

Sophie Lambert

Une nouvelle action en justice collective visant la Mairie de Paris va être déposée prochainement auprès du parquet de la capitale. L’objectif de cette démarche est d’alimenter l’enquête en cours sur les éventuelles fautes ou négligences responsables du scandale concernant les agressions sexuelles dans le cadre périscolaire. La vingtaine de familles qui s’associent à cette plainte concerne principalement des parents d’enfants en classe de maternelle inscrits dans deux écoles parisiennes : Saint-Dominique dans le 7e arrondissement et Volontaires dans le 15e. Ces familles ont été interviewées par l’Agence France-Presse et leur avocat, maître Louis Cailliez, a confirmé qu’elles ont déposé cette plainte, dont la procédure a été révélée dans un récent article du journal La Tribune Dimanche. Les enfants concernés ont été soit victimes d’animateurs périscolaires qui sont actuellement mis en examen pour des faits de violences sexuelles, souvent des viols ou des agressions, dans le cadre précis de l’enquête déjà enclenchée autour de l’école Saint-Dominique. D’autres enfants ont été placés dans une situation de danger potentiel lié à la présence de ces individus.

Une plainte visant à faire la lumière sur des délits graves

Cette nouvelle plainte, qui doit être officiellement déposée dès lundi prochain et dont l’AFP a obtenu des informations, s’inscrit dans une démarche judiciaire visant plusieurs infractions. Elle concerne notamment des délits de mise en danger d’autrui, de non-dénonciation de mauvais traitements ou d’agressions sexuelles, d’abstention volontaire d’empêcher un crime, ainsi que de faux témoignages sous serment. La plainte fait aussi référence à des déclarations de l’ancienne maire de Paris, Anne Hidalgo, lors de ses interventions au Sénat en septembre dernier, déclarations qui ont également été évoquées dans le cadre de l’enquête. Elle vient s’ajouter à l’ensemble des investigations déjà en cours, notamment celles évoquées par la procureure de Paris, Laure Beccuau, au début du mois de septembre, qui comprenaient déjà des enquêtes impliquant l’actuel premier édile, Emmanuel Grégoire, et l’ancien maire. Diverses autres plaintes collectives ont alimenté ces démarches, contribuant à approfondir la complexité de cette affaire.

Une mise en cause claire des responsables

« Il s’agit de viols de très jeunes enfants, des actes qui auraient dû être évités », souligne maître Louis Cailliez. La nouvelle plainte vise en particulier quatorze personnes, parmi lesquelles figurent Emmanuel Grégoire, Anne Hidalgo ou encore Patrick Bloche, qui a été premier adjoint de la maire de Paris entre 2024 et 2026. La liste des responsables désignés dans ce dossier comprend également plusieurs membres de la direction des affaires scolaires de la ville de Paris (le Dasco) ainsi que des représentants de l’administration scolaire dans les 7e et 15e arrondissements, responsables de la gestion des écoles concernées. Pour maître Cailliez, cette reconnaissance par l’ancienne maire de la faillite de l’institution ne doit en aucun cas déboucher sur une impunité totale pour ceux qui ont pu faillir. « On ne parle pas d’un défaut sans conséquences, mais bien de viols de très petits enfants qui auraient dû être protégés », insiste-t-il dans ses déclarations à l’AFP.

Une situation alarmante dans le périscolaire parisien

Depuis le début de l’année 2026, 195 animateurs du périscolaire ont été suspendus, parmi lesquels 74 pour des suspicions sérieuses de violences sexuelles à l’encontre de mineurs. Sur le plan judiciaire, plus de 230 enquêtes sont en cours dans les écoles et crèches de la capitale, ce qui montre l’ampleur du phénomène et la gravité des incidents. Conscient de cette crise, le maire de Paris a lancé un plan d’action doté d’un budget de 20 millions d’euros, destiné à combattre ce qu’il qualifie de dysfonctionnements « systémiques ». Lors de l’annonce de l’ouverture des enquêtes, ses proches ont indiqué que la Ville et ses services se tenaient à la disposition de la justice pour collaborer pleinement. L’avocat d’Anne Hidalgo, maître Patrick Klugman, a assuré que cette dernière était prête à contribuer activement aux investigations, tout en contestant toute accusation d’infraction à son encontre.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.