Un cancer sur huit dans le monde lié à des infections comme le papillomavirus et les hépatites

Sophie Lambert

Les infections comme cause majeure du cancer dans le monde : une évaluation approfondie

Le 28 septembre dernier, une étude publiée dans la revue The Lancet Oncology a apporté l’analyse la plus exhaustive à ce jour sur la contribution des infections à la charge mondiale de cancer. Menée par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), cette recherche met en lumière l’impact considérable que jouent diverses maladies infectieuses dans la genèse de multiples types de cancers à travers le globe.

Les scientifiques ont scrupuleusement recensé le nombre de cas de cancer qui peuvent être directement attribués à douze agents infectieux reconnus comme cancérigènes chez l’humain. Parmi ceux-ci, on trouve des bactéries comme Helicobacter pylori, responsable principalement des cancers de l’estomac, ainsi que plusieurs virus tels que le papillomavirus humain (HPV), l’hépatite B (VHB), l’hépatite C (VHC), ainsi que divers herpèsvirus. La recherche inclut également l’impact de certains parasites et de nouvelles agents infectieux comme le VIH et de nouvelles associations entre infections et cancers, notamment le lien entre le virus d’Epstein-Barr (EBV) et les tumeurs de l’estomac.

Les résultats mettent en évidence que cinq agents infectieux sont responsables de la majorité des cancers dus à des infections. Ces agents prioritairement identifiés concentrent presque la totalité de la charge oncologique liée aux maladies infectieuses, illustrant leur rôle crucial dans cette problématique mondiale.

Selon les chiffres recueillis, c’est Helicobacter pylori qui conduit à environ 760 000 nouveaux cas de cancers, majoritairement des cancers de l’estomac. Ensuite, le papillomavirus humain cause environ 750 000 cas, touchant autant le col de l’utérus que d’autres régions comme la gorge ou l’anus. La virale hépatite B est associée à environ 360 000 nouveaux cas de cancers du foie, tandis que le virus d’Epstein-Barr est responsable d’environ 260 000 cancers, notamment ceux du lymphome, du nasopharynx ou de l’estomac. Enfin, l’hépatite C est à l’origine d’environ 160 000 cas de cancers hépatiques chaque année.

Ces données soulignent le rôle considérable que jouent les infections dans l’émergence de cancers dans le monde. La docteure Harriet Rumgay, scientifique au CIRC et co-réalisatrice de cette étude, insiste sur le fait que ces résultats montrent tout le potentiel qu’a la lutte contre les agents infectieux pour diminuer le fardeau du cancer à l’échelle mondiale. En agissant sur ces causes évitables, il deviendrait possible de réduire significativement le nombre de cas.

Une majorité de ces cancers étant liés à des infections pourraient potentiellement être évités grâce à des mesures de santé publique bien établies. Parmi celles-ci, la vaccination contre le HPV et l’hépatite B occupe une place centrale, de même que le dépistage et le traitement des infections à Helicobacter pylori, des hépatites virales, et la prévention du VIH. Des programmes de dépistage spécifique, tels que les frottis pour le HPV, sont également essentiels dans la lutte contre ces maladies.

Cependant, malgré l’efficacité prouvée de ces stratégies, leur déploiement reste encore insuffisant dans de nombreuses régions du monde. Les barrières financières, politiques et structurelles limitent encore largement l’accès à ces mesures dans plusieurs pays, notamment ceux à revenu faible ou intermédiaire, où plus de 75 % de ces cancers liés à des infections surviennent. L’inégalité dans la distribution de ces outils de prévention accentue le problème, faisant de la lutte contre ces infections une priorité mondiale.

Face à cette situation, les spécialistes appellent à une action concertée pour la mise en œuvre à grande échelle de stratégies de prévention éprouvées. Il est également crucial d’investir dans la recherche de nouveaux outils, notamment pour les infections pour lesquelles aucun vaccin efficace n’est encore disponible, comme le virus d’Epstein-Barr. Développer ces vaccins et accélérer leur distribution pourrait faire la différence dans la réduction du nombre de cancers évitables liés aux infections dans le futur.

Ce rapport met donc en évidence non seulement la nécessité de poursuivre la prévention, mais aussi l’urgence de renforcer l’accès à ces interventions dans tous les pays. La lutte contre ces agents infectieux, via des campagnes de vaccination, de dépistage et de traitements accessibles, représente une étape fondamentale pour diminuer considérablement le poids de la maladie cancéreuse à travers le monde.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.