Tout ce qu’il faut savoir sur les médicaments contre l’obésité au début du traitement

Sophie Lambert

Nouvelles directives pour la prise en charge de l’obésité chez l’adulte

Récemment, un groupe composé de plusieurs sociétés savantes, l’organisme de concertation et de coordination des centres spécialisés dans l’obésité (GCC-CSO), ainsi que le réseau FORCE, ont élaboré un document de référence destiné à guider les professionnels de santé. Ce référentiel vise à accompagner la pratique clinique en matière de traitement médicamenteux de l’obésité chez l’adulte, notamment lors de la prescription de nouveaux médicaments tels que le liraglutide (commercialisé sous le nom de Saxenda), le sémaglutide (Wegovy), ou encore le tirzépatide (Mounjaro). Que faut-il en retenir ?

Mécanismes d’action des médicaments contre l’obésité

Les traitements pharmaceutiques de l’obésité ont été conçus pour imiter l’action d’hormones naturelles qui jouent un rôle clé dans la régulation de l’appétit. Leur fonction principale consiste à transmettre un signal de satiété renforcé au cerveau, plus rapide et plus durable qu’auparavant. En ralentissant aussi la vidange gastrique, ces médicaments contribuent à prolonger la sensation de satiété, évitant ainsi de ressentir la faim aussi rapidement après un repas. De plus, ils réduisent l’envie de consommer des aliments riches en graisses ou en sucres, ce qui facilite la perte de poids.

Une approche durable et chronique

La gestion médicamenteuse de l’obésité repose sur un traitement de longue durée. La majorité des patients observent une perte de poids progressive durant la première année de traitement, toutefois certains atteignent leur poids cible avant cette période. Une fois le poids le plus bas atteint, un seuil dit « plateau » est généralement stabilisé à condition que le traitement soit maintenu à la même dose qui a permis d’atteindre ce niveau. Toutefois, si le traitement est interrompu, il est fréquemment observé qu’environ 70 % du poids perdu est repris dans l’année suivante.

Les limites et la variabilité de la réponse thérapeutique

Il est important de souligner que ces traitements, malgré leur efficacité pour la majorité des patients, ne donnent pas systématiquement des résultats optimaux. En effet, certains individus montrent une réponse moins satisfaisante, voire insatisfaisante, en termes de perte de poids. La capacité à prédire le résultat précis pour chaque personne demeure complexe, car elle dépend autant de la molécule utilisée que des particularités biologiques propres à chacun.

Réajustement du traitement en cas de succès insuffisant

Lorsque la perte de poids reste inférieure à 5 % après six mois de traitement à la dose optimale, le médecin peut envisager une modification de la stratégie thérapeutique. Après 6 à 12 mois, une réévaluation permettra d’adapter la prise en charge afin d’optimiser les résultats.

Une organisation progressive de la montée en dose

L’un des éléments clés pour optimiser l’efficacité de ces traitements est la mise en place d’un protocole d’augmentation des doses. En effet, parce qu’ils agissent aussi sur l’estomac en ralentissant la vidange, ces médicaments peuvent provoquer des effets secondaires digestifs, notamment des nausées, des vomissements ou encore des troubles du transit. Ces effets, généralement temporaires, peuvent apparaître au début du traitement et tendent à se dissiper avec le temps. La montée en dose doit donc se faire graduellement pour permettre à l’organisme de s’adapter en limitant ces désagréments.

Par exemple, pour le sémaglutide, la dose est augmentée mensuellement sur une période de quatre mois, passant de 0,25 mg à 2,4 mg par semaine. Quant au tirzépatide, il débute à 2,5 mg par semaine, puis passe à 5 mg après quatre semaines, avec une escalade progressive de 2,5 mg toutes les 4 semaines, jusqu’à atteindre une dose maximale de 15 mg par semaine. Cependant, cette montée en charge doit être adaptée en fonction de la tolérance digestive de chaque patient. En cas de troubles sévères, le médecin peut choisir de prolonger la maintien à une dose plus faible ou de réduire la dose si nécessaire.

Comment gérer les effets secondaires digestifs ?

Les effets secondaires, principalement bénins, sont fréquents mais généralement légers à modérés. Chez environ 10 % des patients, ces effets peuvent conduire à l’arrêt du traitement. Les nausées, par exemple, touchent entre 25 et 44 % des cas, tandis que la diarrhée concerne 19 à 30 %, les vomissements 8 à 24 %, et la constipation 17 à 24 %, avec une fréquence similaire quelle que soit la molécule utilisée. Il est également important de souligner que la perte de poids n’est pas directement corrélée à la présence ou non de ces effets digestifs.

Afin de limiter ces troubles, certains ajustements alimentaires peuvent être réalisés : fractionner les repas, privilégier des aliments tièdes ou froids, éviter les aliments riches en matières grasses en cas de nausées, augmenter la consommation de fibres, boire suffisamment d’eau, ou encore intensifier l’activité physique en cas de constipation. Pour les diarrhées, il est conseillé de privilégier des légumes plus digestes, comme les carottes ou les haricots verts, tout en évitant les aliments peu digestes ou très gras. En cas de douleurs abdominales importantes ou persistantes, des traitements spécifiques tels que les anti-nauséeux, anti-diarrhéiques ou inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) peuvent être prescrits.

Signaler les complications graves et surveiller de près

Bien que rares, certaines complications plus sérieuses nécessitent une consultation immédiate. Par exemple, la formation de calculs biliaires peut survenir à la suite d’une perte de poids rapide. Les principaux signes incluent une douleur localisée dans le quadrant supérieur droit ou à la partie haute de l’abdomen, qui peut irradier vers l’épaule droite ou le dos, apparaissant souvent après un repas copieux ou riche en graisses. Ces douleurs peuvent être accompagnées de nausées, vomissements ou de fièvre.

De façon exceptionnelle, une inflammation du pancréas, connue sous le nom de pancréatite aiguë, peut se produire. Les symptômes à reconnaître sont une douleur abdominale intense, soudaine, persistante, localisée en haut de l’abdomen, prenant une forme de ceinture ou de barre, souvent irradiant vers le dos, et s’aggravant en position allongée ou en se pliant en avant. Elle peut aussi s’accompagner de nausées, de vomissements et de légère fièvre.

Une recommandation mondiale pour un traitement innovant

Enfin, il est significatif de noter que, d’ici la fin de l’année 2025, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officiellement recommandé l’utilisation des agonistes du GLP-1 pour traiter pharmacologiquement l’obésité. Il s’agit là d’une avancée majeure, dans un contexte où plus d’un milliard de personnes à travers le globe sont concernées par cette maladie chronique.

Ce développement ouvre la voie à une meilleure prise en charge globale de l’obésité, en associant stratégies médicales, diététiques et comportementales pour un abord plus efficace et mieux individualisé.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.