Thélyson Orélien accusé d’avoir utilisé l’IA : fiabilité de l’outil en question?

Sophie Lambert

La controverse autour d’un roman prestigieux et les accusations d’utilisation de l’IA

À la rentrée littéraire, une véritable polémique a fait surface concernant un ouvrage de l’écrivain Thélyson Orélien, intitulé « C’était ça ou mourir ». Ce roman, qui a déjà reçu le prix Fnac 2026 et est en lice pour les prix Goncourt, Médicis et Femina, est désormais au cœur de doutes quant à son processus de création. En effet, certains accusent son auteur d’avoir recouru à une intelligence artificielle pour l’écrire, une affirmation qui divise profondément le monde littéraire et technologique. La première alerte a été lancée lundi dernier sur la plateforme X, anciennement connue sous le nom de Twitter. Le compte inconnu jusqu’ici du grand public, nommé Balance ton Claude, a affirmé avoir soumis plusieurs extraits du livre à un outil spécialisé dans la détection de texte généré par IA, nommé Pangram. Selon leur constat, presque tous les passages testés avaient une probabilité de 100 % d’avoir été créés par une intelligence artificielle. La publication a rapidement connu une what’s the matter explosion de popularité, relayée par plusieurs journalistes, dont un du quotidien Le Figaro, ce qui a considérablement amplifié la polémique.

La réaction de la maison d’édition et la défense de l’auteur

Face à ces accusations, la maison d’édition de Thélyson Orélien n’a pas tardé à réagir. Elle s’est exprimée avec fermeté, dénonçant fermement tout propos malveillant et infondé qui laisserait entendre que le manuscrit aurait été entièrement alimenté ou écrit à l’aide d’une intelligence artificielle. Selon eux, ces affirmations sont non seulement infondées mais aussi blessantes pour l’écrivain, dont le parcours est remarquable et mérite respect. « Nous sommes résolument opposés à tout propos diffamatoire qui pourrait entacher la réputation de l’auteur », ont-ils déclaré. Par ailleurs, Thélyson Orélien lui-même a répondu à ces accusations dans un entretien avec Libération. Il a affirmé qu’il n’avait aucune raison de faire appel à une machine pour écrire ses œuvres, soulignant sa passion pour la création et l’écriture. L’auteur a également précisé qu’il est en train de rassembler un dossier afin de démontrer l’authenticité et l’origine humaine de son travail, pour rassurer ses lecteurs et ses supporters.

L’outil de détection d’IA : Pangram, une technologie réputée pour sa fiabilité

Le logiciel utilisé pour analyser les passages du livre, Pangram, est présenté comme l’un des outils les plus avancés dans le domaine de la détection de texte généré par intelligence artificielle. Développé par deux ingénieurs issus de l’université de Stanford, il revendique une performance supérieure à celle de ses concurrents. Sa dernière version, Pangram 4, affiche un taux de faux positifs extrêmement faible, seulement 0,0041 %. Pour les textes littéraires, ce taux est encore plus réduit, à 0,003 %, ce qui témoigne d’une grande précision. Le fonctionnement de Pangram repose notamment sur plusieurs conditions idéales pour détecter l’IA : une longueur suffisante du texte, des phrases complètes, un domaine bien représenté dans ses bases de données, ainsi que la présence de créativité et d’originalité dans le style. Selon les créateurs, lorsque ces critères sont réunis, la performance du logiciel atteint son apogée.

Des études universitaires confirment la fiabilité de Pangram

Plusieurs recherches académiques ont validé la précision de Pangram dans la détection de textes générés par IA. Par exemple, un travail mené par des chercheurs de l’université de Bruxelles a étudié 160 textes soumis au logiciel. Les résultats ont montré que Pangram obtenait systématiquement de meilleurs résultats comparés à d’autres outils similaires. La précision dans la détection des textes entièrement créés par IA, mais aussi ceux qui combinent production humaine et automatisée, a été confirmée. Ces chercheurs ont souligné que la technique fonctionne aussi efficacement avec des textes modifiés pour sembler plus naturels via des « prompt » d’IA. Une autre étude, menée par deux universitaires de Chicago, publiée en août 2025, indique que Pangram atteint des taux proches de zéro pour les faux négatifs et faux positifs, et ce, quelle que soit la complexité ou la longueur du contenu analysé, renforçant sa crédibilité scientifique.

Les défis et limites de la détection linguistique

Malgré la fiabilité revendiquée par Pangram, certains experts soulignent que l’usage de cette technologie comporte des limites. Thélyson Orélien a avancé une explication selon laquelle le logiciel pourrait être influencé par la langue dans laquelle il analyse un texte. Il a suggéré que le logiciel aurait plus de difficulté avec des textes en français, car celui-ci serait peut-être plus habitué aux traditions littéraires classiques ou aux styles américains, issus de cultures différentes. Certains chercheurs indiquent que la maîtrise imparfaite d’une langue pourrait entraîner des faux positifs, notamment dans le cas de textes écrits par des locuteurs non natifs. Thibault Celier, créateur d’un cabinet de conseil en IA générative à Paris, précise que des textes rédigés par des non-anglophones, par exemple, ont tendance à être plus réguliers et peuvent ainsi confondre le logiciel. Une étude de Stanford de 2023 a également montré que certains détecteurs d’IA classaient faussement comme générés par machine des textes rédigés par des non-anglophones, bien que Pangram n’ait pas été inclus dans cette étude.

La performance sur des textes multilingues et la vérification des affirmations

Le professeur belge Filip van Droogenbroeck, spécialiste en analyse des données, explique que Pangram a été volontairement entraîné sur des corpus multilingues, y compris des langues peu représentées, ce qui réduit considérablement les risques de faux positifs. Il certifie que les erreurs de classification par le logiciel sont extrêmement rares. Par ailleurs, une mise à jour récente sur la plateforme Balance ton Claude a indiqué que plusieurs textes écrits par l’auteur, datant d’avant 2022, ont tous été analysés avec un score d’IA nul, ce qui soutient l’authenticité déclarée de l’ensemble de ses œuvres.

Les limites possibles et la prudence dans l’interprétation

Toutefois, la science et la technologie ne garantissent pas une précision absolue. Des biais circonstanciels peuvent encore apparaître. Ophélie Fraisier-Vannier, chercheuse à l’Institut de recherche en informatique de Toulouse, met en garde contre la possibilité d’erreurs liées aux tournures stylistiques particulières ou aux textes inhabituels. Elle précise également que des générateurs d’IA, lorsqu’ils sont combinés à des textes écrits par des humains, peuvent induire en erreur les détecteurs automatiques. Par exemple, un auteur américain, Freddie deBoer, a rapporté que Pangram pouvait signaler à tort qu’un texte était entièrement généré par IA lorsqu’il mêlait quelques phrases artificielles à ses propres écrits.

Une technologie encore imparfaite mais reconnue dans le milieu scientifique

En dépit de ces limites, Pangram continue d’être considéré comme l’un des outils les plus avancés pour la détection de textes générés par IA. Il présente un taux d’erreur que ses créateurs reconnaissent comme étant non nul, pouvant entraîner des erreurs ou des jugements erronés. Par exemple, plus tôt dans l’année, le logiciel a estimé que le roman « Le Serpent dans le bosquet » de Jamir Nazir, récompensé par le Prix Commonwealth, avait été entièrement produit par un générateur d’IA. Pourtant, l’auteur a été innocenté finalement. La même année, des outils similaires ont aussi affirmé que la Bible aurait été majoritairement rédigée avec l’aide de l’intelligence artificielle, une assertion qui s’est révélée incorrecte. Ce contexte montre que, malgré ses avancées, la détection algorithmique reste un domaine en constante évolution, soumis à des marges d’erreur, même dans l’univers académique le plus sérieux.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.