Sophie greffée du foie : leur soutien lui a sauvé la vie, témoigne-t-elle

Sophie Lambert

Une traversée de vie marquée par la maladie et la renaissance

Un souvenir marqué par l’humour et la fatalité

« Le dernier jour de l’année 2015, mon mari et moi avions échangé un baiser sous une branche de gui, un geste traditionnel pour célébrer la nouvelle année. Aujourd’hui, avec le recul, on plaisante encore en disant que c’était une promesse de ne pas recommencer, que ce baiser nous aurait porté malheur », raconte Sophie en souriant. Pourtant, derrière cette touche d’humour se cache une histoire de combat et de résilience. Depuis cette période, la vie de cette femme de quarante ans a été fortement bouleversée, la mettant à l’épreuve à maintes reprises. Tout a commencé quelques jours seulement après ce moment, lorsque Sophie, alors âgée de 29 ans, a été subitement prise d’une fatigue intense en plein matin. Elle venait de coucher sa fille, un bébé d’un an, pour la sieste, lorsqu’elle a ressenti cette exhaustion soudaine. Convaincue qu’il fallait agir rapidement, elle a décidé d’aller consulter son médecin. La situation s’est aggravée lorsque son mari lui a fait remarquer : « Tu as les yeux jaunes. » Une alerte qui ne laisserait pas indéfiniment sans réponse, surtout pour une personne ayant une certaine connaissance de la santé grâce à son métier.

Le diagnostic qui a bouleversé sa vie

Sophie travaillait comme technicienne dans un laboratoire d’analyses médicales, ce qui lui conférait une certaine expertise dans le domaine de la santé. Pourtant, malgré ses compétences, elle ne pouvait pas deviner l’ampleur des problèmes en jeu. Lorsqu’elle a exprimé ses préoccupations, elle s’est souvenue qu’elle avait constaté depuis quelque temps des urines très foncées, un signe inhabituel. Après des premiers tests qui se sont révélé peu concluants, son état de santé a continué à se détériorer. Face à cette évolution inquiétante, elle s’est rapidement rendue aux urgences à Besançon. « Je n’ai pas attendu longtemps : dès mon arrivée, je fus prise en charge immédiatement. Le diagnostic a été posé rapidement, et cela a confirmé l’urgence de la situation », se remémore aujourd’hui la mère de famille. Son état s’est révélé être une cirrhose du foie, une affection grave dont l’origine restait mystérieuse à ce moment-là.

Une décision de vie ou de mort

Les médecins lui ont annoncé qu’elle souffrait d’une cirrhose hépatique sévère, et qu’il fallait agir rapidement pour lui sauver la vie. La seule solution possible étant une greffe, Sophie a été inscrite sur la liste d’attente pour recevoir un nouveau foie. Après dix jours d’attente, elle a été opérée avec succès le 24 janvier 2016, lors d’une intervention longue et risquée. Lors de sa convalescence, il lui a été confirmé qu’elle était atteinte d’une hépatite auto-immune, une maladie où le système immunitaire attaque le foie de manière involontaire.

Un quotidien bouleversé par la greffe et la maladie

Ce combat contre la maladie a duré près de dix années durant lesquelles Sophie a vécu avec son nouveau foie. Elle suivait des consultations régulières à l’hôpital, tout en supportant un traitement médicinal lourd et éprouvant. Cependant, le traitement n’a pas toujours été facile à suivre ; par moments, elle a dû ralentir ou suspendre ses soins, ce qui a malheureusement favorisé la réapparition de la maladie. Pour Sophie, cette rechute a été un choc, presque une seconde naissance dans sa lutte contre la maladie. « Je ne voulais surtout pas revivre cette expérience une autre fois », confie-t-elle avec émotion. La force physique et mentale qu’elle a dû mobiliser pour faire face à cette situation était considérable. Elle raconte qu’elle a beaucoup peiné à retrouver une vie normale : remanger, se déplacer, faire des activités simples. La peur de redevenir alitée l’a menée à des moments à exprimer à son mari des propos déchirants : « Si tu ne veux pas revivre ça avec moi, tu peux partir, je comprendrai. »

Soutien et combat dans la durée

Son hospitalisation s’est prolongée sur plus de deux mois, période durant laquelle elle a puisé une énergie précieuse dans le soutien de ses proches. Son mari, sa sœur, ses amis, ainsi que l’équipe médicale — qu’elle qualifie de formidable — lui ont apporté un réconfort essentiel. Elle évoque avec gratitude la présence constante de ses proches, qui lui rendaient visite tous les jours. Son mari en particulier, par son optimisme inébranlable, a été une véritable source d’espoir. Il insistera pour qu’elle mange quand elle refusait, la poussera à marcher dans les couloirs de l’hôpital, lui fera faire même des exercices physiques simples, malgré son état critique. Sa sœur se relaya avec son mari pour la masser lorsque ses jambes enflées en étaient empêchées. La petite fille de Sophie fut aussi une grande motivation, sa présence l’a aidée à tenir bon dans ces moments difficiles. « Sans leur soutien, je ne sais pas comment j’aurais pu m’en sortir », confie-t-elle, la voix tremblante d’émotion.

Une nouvelle vie après la greffe : le chemin de la reconstruction

Le 26 août 2025, Sophie a bénéficié d’une seconde greffe du foie, ce qui lui a permis d’entamer une période de rémission. Elle a enfin retrouvé un peu de stabilité, reprenant peu à peu une activité professionnelle, en aménageant ses horaires à temps partiel. Son changement de carrière témoigne des conséquences profondes de son parcours médical : « Je ne pouvais plus continuer en tant que technicienne de laboratoire, étant donné la fatigue et la difficulté à supporter de longues journées dans des positions inconfortables. J’ai décidé de me reconvertir dans la comptabilité ou le secrétariat, ce qui me permet d’avoir une activité moins exigeante physiquement. Néanmoins, il n’est pas facile d’accepter cette nouvelle vie et de ne pas pouvoir faire le métier pour lequel j’avais tant investi dans mes études », explique-t-elle avec une pointe de déception.

Les effets durables de la greffe

Sa nouvelle vie reste cependant marquée par les restrictions qu’elle doit suivre pour préserver sa santé. En effet, étant immunodéprimée, Sophie doit adopter un mode de vie très prudent. Elle évite les endroits bondés, ne se rend pas chez les personnes malades, et porte un masque en permanence lorsqu’elle doit sortir. Son système immunitaire étant fragilisé, elle doit faire preuve d’une vigilance constante pour éviter toute infection. Elle explique que cette dynamique d’adaptation est devenue une partie intégrante de sa routine. Elle doit accepter que sa vie d’après ne sera plus jamais la même qu’avant sa maladie, et qu’elle doit continuer à modifier ses habitudes et ses projets. La maladie a laissé une empreinte indélébile, mais lui a aussi permis de prendre conscience de l’importance d’une vie saine et de l’altruisme nécessaire pour sauver des vies.

Une gratitude hors normes envers les donneurs d’organes

« Je ne remercierai jamais assez les personnes qui ont consenti à donner leurs organes », confie Sophie avec sincérité. Ces donneurs anonymes, qui font preuve d’un courage et d’une générosité extrêmes, lui ont offert une seconde chance de vivre. Pour elle, leur acte désintéressé est un véritable sacrifice et un geste d’une noblesse rare. « Sans eux, tout cela n’aurait pas été possible. Leur geste me donne aujourd’hui la possibilité de continuer à profiter de ma famille, de mes amis, et de la vie en général », souligne-t-elle. Son opiniâtreté et sa gratitude restent une source d’inspiration dans son combat quotidien.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.