Sécurité routière : 80 morts en 2025, les trottinettes électriques pointées du doigt

Sophie Lambert

La montée des infractions et des accidents liés aux trottinettes électriques

Les comportements déviants en matière de mobilité urbaine ne cessent de croître, avec une recrudescence notable des infractions commises par les utilisateurs de trottinettes électriques dans les environnements urbains. Parmi ces transgressions, on retrouve fréquemment la circulation sur les trottoirs, le non-respect des feux de signalisation ou des priorités, des excès de vitesse, ainsi que l’absence d’équipements de sécurité indispensables. Il n’est pas rare de voir plusieurs utilisateurs se déplacer en même temps sur ces engins, ce qui augmente le risque d’accidents graves. La fréquence de ces délits dans les grandes villes est devenue alarmante, illustrant un usage parfois imprudent ou irresponsable de ces dispositifs de déplacement.

Les conséquences de ces comportements se traduisent tragiquement cette année encore par une escalade du nombre de victimes. Selon les chiffres, la mortalité liée à l’usage des engins de déplacement personnel motorisés (EDPM) a atteint un niveau tragiquement élevé, avec pas moins de 80 morts en 2025, ce qui représente une augmentation de 35 décès par rapport à l’année précédente. Ce phénomène attise l’inquiétude des autorités et des associations spécialisées en sécurité routière, qui soulignent la nécessité de mesures adaptées pour faire face à cette situation.

Une hausse préoccupante du nombre de décès depuis 2019

Le bilan publié par l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) confirme une hausse globale du nombre de victimes sur la route, avec une augmentation de 70 décès par rapport à 2019. En particulier, on observe une forte montée des pertes humaines parmi différents groupes d’usagers. Les cyclistes et les usagers d’engins de déplacement personnel motorisés voient leur part dans la mortalité routière augmenter de manière significative : ils représentent en 2025 environ 8 % des morts, 21 % des personnes gravement blessées, et 32 % des blessés qui garderont des séquelles persistant un an après l’accident. Ces chiffres témoignent d’un glissement vers une situation de plus en plus préoccupante pour la sécurité de tous.

L’analyse des causes principales révèle que cette hausse des décès est en grande partie liée à une augmentation des accidents impliquant la marche à pied (+ 45 morts par rapport à 2024 et + 18 par rapport à 2019), aux véhicules terrestres à moteur (VT) (+ 45 morts par rapport à 2024 mais une baisse de 59 décès par rapport à 2019), ainsi qu’aux usagers de trottinettes électriques (+ 35 morts par rapport à l’année précédente et + 70 par rapport à 2019). La confluence de ces tendances souligne la nécessité de renforcer la vigilance et la prévention pour limiter le nombre de drames sur la voirie.

La réponse professionnelle face à une situation alarmante

Selon l’organisme professionnel Mobilians, l’augmentation du nombre de victimes ne doit pas être considérée isolément. Pour eux, cette augmentation s’inscrit dans un contexte où la pratique des modes de déplacement alternatifs, notamment la trottinette électrique, connaît une croissance exponentielle. En seulement quelques années, ce mode de transport est devenu une composante majeure de l’espace public, passant de quelques milliers d’utilisateurs en 2019 à près de 4 millions à l’heure actuelle. La multiplication de ces usagers entraîne mécaniquement une hausse du risque d’accidents, ce qui nécessite de réfléchir à des stratégies efficaces pour encadrer cette évolution.

Les acteurs de la sécurité routière et les autorités publiques débattent actuellement de solutions concrètes à mettre en place. Parmi celles-ci, la proposition d’immatriculation des trottinettes électriques apparaît comme une piste sérieuse. En Espagne, par exemple, cette mesure a été adoptée dans le but d’identifier précisément les appareils et de renforcer la lutte contre les comportements dangereux. Identifier chaque engin permettrait d’établir une responsabilité claire en cas d’incident et d’enquêter efficacement pour sanctionner les infractions. La responsabilisation des conducteurs est souvent évoquée comme un levier clé pour améliorer la sécurité et inciter à une conduite plus raisonnable. La réglementation doit donc évoluer pour trouver un équilibre entre intégration du mouvement et prévention des risques.

En conclusion, face à cette croissance de la violence routière et des infractions, une adaptation du cadre réglementaire semble incontournable. Que ce soit par la responsabilisation, la surveillance accrue ou la mise en place de mesures techniques telles que l’immatriculation systématique, il est urgent d’agir pour préserver la sécurité de tous les usagers de la route. La question de la cohabitation et du partage de l’espace public demeure centrale, comme l’illustrent déjà d’autres pays européens, notamment l’Espagne. La clé pour avancer consiste à instaurer des règles claires et à garantir une responsabilisation effective des utilisateurs d’engins électriques afin que leur pratique ne se fasse pas au détriment de la sécurité de chacun.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.