Comprendre et accompagner la frustration chez l’enfant : un enjeu essentiel pour son développement
La frustration est une émotion que les parents et les enfants vivent quotidiennement, mais sa gestion demeure un défi commun. Pour les adultes, il s’agit principalement d’établir un cadre clair et de veiller à le faire respecter. De leur côté, les enfants sont confrontés à la difficulté d’apprendre à accepter un refus, une interdiction ou une opposition, souvent source de colère ou de déception. Pourtant, selon Valérie P., une psychologue spécialisée dans le domaine de l’enfance et de l’adolescence, cette expérience de frustration joue un rôle fondamental dans l’évolution de l’enfant. Elle insiste sur le fait que cette émotion, bien que désagréable, est nécessaire à son bon développement.
Pour apprendre à connaître ses limites
L’enfant a besoin d’expérimenter des restrictions, mais celles-ci doivent être clairement expliquées et comprises pour qu’il puisse en tirer des enseignements. La question centrale est donc d’aider l’enfant à comprendre que le monde ne lui doit pas tout, qu’il doit parfois faire face à des refus ou des obstacles, et qu’il ne peut pas tout obtenir facilement. L’objectif est de lui faire réaliser que tout ne peut pas être acquis sans effort, en lui permettant de découvrir par lui-même que certains comportements ou souhaits doivent rester limités. La psychologue précise que cette démarche consiste à lui faire assimiler que ses limites personnelles et celles des autres existent, et qu’il doit respecter ces frontières pour mieux interagir dans la société.
Frustration et sentiment de sécurité : comment faire le lien ?
La gestion de la frustration par une parentalité ferme et encadrée contribue paradoxalement à renforcer la sécurité affective de l’enfant. En étant confronté à la déception et au refus, l’enfant apprend à gérer ses émotions tout en développant son autonomie et sa capacité à prendre des initiatives. Au-delà de l’instant présent, cette approche contribue également à façonner sa perception de l’échec. Plutôt que de craindre la défaite ou l’absence de réponse immédiate, l’enfant apprend à intégrer ces expériences comme faisant partie intégrante de la vie. Cela lui permet d’acquérir une résilience plus durable face aux difficultés et de renforcer sa persévérance. À plus long terme, cette capacité à faire face à l’adversité lui servira tout au long de sa vie, y compris à l’âge adulte.
Rester fidèle à ses principes face à la colère
Face à un enfant en colère ou frustré, l’enjeu essentiel pour les parents réside dans leur capacité à maintenir leur cadre tout en étant à l’écoute. Il ne faut pas céder face à la première crise de colère, mais il est tout aussi crucial d’expliquer clairement le pourquoi du non. Par exemple, si l’enfant réclame une glace en pleine sortie au marché, il faut lui rappeler que la décision a été prise avant de partir, parce que ce n’est pas l’heure ou parce que cela n’entre pas dans le plan. L’idée est aussi d’ouvrir une possibilité pour un autre moment opportun, si cela est envisageable. La psychologue recommande d’accueillir la colère avec bienveillance, en lui reconnaissant sa légitimité et en exprimant une attitude compréhensive : « Tu as le droit d’être énervé » ou « Je comprends que tu sois déçu ». Cela ne signifie pas qu’il faut céder à la demande immédiate ou céder face à une larme, mais plutôt que l’écoute et la reconnaissance doivent accompagner une gestion ferme du cadre. Enfin, il est essentiel de garder en tête que ce n’est pas en ornementant la vie de l’enfant avec des possessions ou des plaisirs constants qu’il sera vraiment heureux. La construction d’une bonne gestion de la frustration contribue à son épanouissement et à son bonheur pour le futur.
Source : Entretien avec Valérie P., psychologue spécialisée en enfance et adolescence. 11 août 2025